« Les Pons, une famille des Monts de Vaucluse »

Voici le lien vers mon mémoire du DU de Généalogie et Histoire des familles de Nîmes, promotion à distance 2017/2018.

Les PONS, une famille des Monts de Vaucluse – Aurélie BATTU

Avec le temps, je pense encore l’enrichir et corriger d’éventuelles erreurs. J’attends vos commentaires 🙂

Bonne lecture!

 

{ Le Mur de la Peste }

Avez-vous déjà entendu parler du Mur de la Peste ? Bien connu des vauclusiens, ce mur édifié lors de l’épisode de la Peste de Marseille a eu l’ambition d’être une ligne sanitaire, un rempart pour limiter la propagation de cette terrible épidémie.

Carte extraite du Pays d’Apt malade de la Peste – tracé de la ligne et du mur entre le pays d’Apt et le Comtat

Je ne reviendrais pas sur les circonstances bien connues de l’arrivée de la Peste à Marseille via le voilier trois-mâts « Grand Saint Antoine » en juin 1720.

Le 14 février 1721, la décision est prise par les autorités pontificales d’établir une ligne sanitaire commune entre la France et le Comtat pour protéger Avignon. Il convient de noter que c’est à la demande du Royaume de France et cette intervention de l’État est la première du genre dans une crise sanitaire. Notons également que Le régent Philippe n’est pas mécontent d’imposer sa volonté au pape Grégoire XI sur les terres du Comtat.

Muraille restaurée – photo ©altituderando.com

Concrètement, la ligne était composée d’un fossé de six pieds (1,95m) de large et de profondeur entre Saint Ferréol (près de Mérindol) et Cabrières, et d’un mur de 30 km conçu par l’architecte carpentrassien Antoine d’Allemand, construit en pierres sèches de Cabrières au col de Lagas près de Monieux. La hauteur de ce mur est de six pieds (1m95) par 2 pieds (0.65m) de large. Son but est d’empêcher toutes relations et communications entre le Comtat Venaissin et le Dauphiné encore épargné.

Au cours des recherches effectuées pour mon mémoire de fin d’année, j’ai été confrontée aux parcours des parents de Joseph PONS et de Delphine PEZIERE, mes ancêtres, ayant vécus à cette période et confrontés à cette épidémie dans deux villages proches du Mur.

 

Deux destins, deux villages voisins et pourtant deux juridictions : Les PEZIERE de Méthamis (les Métamies sur la carte de Cassini) dépendant du Comtat Venaissin, sous autorité papale et les PONS de Monieux (Monjeu sur cette même carte), appartenant au Comté de Sault sur le territoire des terres adjacentes de Provence.

Carte de Cassini

Vous retrouverez l’histoire des PEZIERE à travers le destin de Rose CARTOUX, mère de Delphine ici: https://nosabsentspresents.com/2018/05/08/une-femme-un-destin-rose-cartoux-1691-1761/

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Anthoine PONS (1688-1729) et Anne Marie CASTOR (1696-1768), ménagers, vivent à Monieux lorsque l’épidémie de peste se déclare. Dépendant du Comté de Sault, le village de Monjeu, tel qu’il est nommé du XVIIe au XIXe siècle, est cramponné au flanc sud-est du Mont Ventoux à 650m d’altitude.

Monieux

En mars 1721, les autorités pontificales et françaises mobilisent 500 hommes pour la construction de la ligne. Chaque village se voit assigner un nombre d’hommes et une quantité de matériaux à fournir. Sans aucun doute, Anthoine a participé aux travaux (Aucune liste d’hommes mobilisés dans les archives communales – AD Vaucluse, Monieux, GG 5-7). Le chantier était actif nuit et jour. Il avançait pourtant peu, les ouvriers n’étant guère payés. En mai, le travail fut réorganisé et les ouvriers mieux rétribués. Chaque communauté se voit attribuer la responsabilité de la construction d’un tronçon de mur. Un millier de soldats du Pape furent dépêchés sur place pour les encadrer. Fin juillet 1721, 27 km de murs en pierres sèches (sans mortier, selon une technique propre à la région) étaient achevés, augmentés de 40 guérites, de 50 corps de garde pour les sentinelles militaires affectées à la surveillance ainsi que 10 cabanes abritant les chevaux et les provisions.

Muraille restaurée avec guérite – photos ©altituderando.com

Il n’existe pas de registre indépendant où les morts de la Peste seraient enregistrés pour Monieux, contrairement à d’autres communes proches (St Saturnin lès Apt ou Apt par exemple). Les registres paroissiaux pour la période septembre 1720—décembre 1722  n’enregistrent pas de pics de décès particuliers, sauf pour les mois de septembre et octobre 1720 avec respectivement 6 et 9 décès, mais cela reste toujours cohérent avec la mortalité infantile et l’âge de « vieillesse » de l’époque. Le mur a donc bien protégé le village. On note même la naissance d’une fille du couple en janvier 1721, sans décès précoce, pourtant en pleine période de disette dans la région.

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L’épidémie s’éteint progressivement en Provence tandis qu’elle entre en Avignon en août 1721. La situation s’inverse alors et les troupes françaises remplacent les troupes pontificales en s’installant de l’autre côté du mur pour protéger le pays d’Apt enfin débarrassé du fléau. La peste s’étend à l’ensemble du Comtat et s’amplifie jusqu’en juillet 1722. Le Comtat se retrouve prisonnier de son propre mur. Isolé du reste de la Provence, les vivres manquèrent et la disette guettait les survivants. Toutefois il convient de noter que le cordon sanitaire fut souvent rompu, les troupes du régent étant incapables d’arrêter la contrebande.

L’épidémie s’éteignit progressivement à partir de septembre 1722. Fin février 1723, les lignes sanitaires sont levées et les troupes françaises quittent le pays.

Quel bilan retenir ? Cet épisode de Peste a fait près de 120 000 morts en Provence selon les comptes généraux tenus par l’administration dont 40 000 à 50 000 pour la seule ville de Marseille (Thierry Sabot, nos ancêtres et la peste). L’épidémie aurait tué environ 25% de la population du Comtat. Les communautés mettront des années à rembourser les emprunts contractés au cours de l’épidémie pour financer entre autres, la construction du mur, les vivres des troupes, le paiement des médecins et des remèdes, etc…

Le mur, appelé « ligne de la malédiction » par les habitants, laissé totalement à l’abandon à partir de 1723, est réhabilité en partie de nos jours grâce à l’association Pierres sèches en Provence (depuis 1986).

 

 

Pour en savoir plus:

Article publié le 8/07/2018 sur http://www.cosson-genealogieblog.fr/2018/07/08/le-mur-de-la-peste-par-aurelie-battu-peyron-travaux-detudiants/

 

{ Le Travignon } Hameau fantôme

Le Travignon… un nom qui résonne depuis de nombreuses années dans mon esprit. Depuis toute petite, je me souviens en avoir entendu parler sans savoir exactement où le situer. « Dans la montagne » me répondait-on… A un certain stade de mes recherches toujours pour mon mémoire du DU de Nîmes, je décidais de me rendre sur place afin de mieux appréhender le quotidien de mes ancêtres, d’autant plus que le terme « village fantôme » lu au fil des pages internet m’intriguait au plus haut point.

Une fois sur place, au prix d’une heure de marche sur une piste de forêt, je fus saisis par ce lieu. Imaginer que des personnes habitaient, vivaient, travaillaient et mourraient dans ces murs me sembla une idée bien étrangère à notre conception actuelle de la vie, tant le hameau paraissait isolé dans la montagne.

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Les PONS et les CLEMENT ont vécu dans ce lieu. Juché sur une colline à 934 m d’altitude, le Travignon est le témoin d’une occupation autrefois plus dense du territoire. Entre 5 et 7 maisons constituaient le hameau. Le toponyme apparait en 1542. Deux hypothèses sur la signification du nom: Tra (au delà) -vignon (des vignes) ou l’hypothèse formulée par Emile OBLED Travi (carrefour) et le suffixe gnon: « touffe où pissent les loups ». Effectivement, les loups étaient bien présents dans les bois alentours.

Détail du cadastre napoléonien 1811 section H dite du Travignon feuille 2, AD Vaucluse 3P2 118/11

Les ressources y étaient limitées et la vie rude. Malgré cela, je sais par mon père que quarante personnes y vivaient au siècle dernier (XIXe), que mes parents entretenaient des relations amicales et suivies avec eux. Ils n’hésitaient pas à parcourir les sentiers et les kilomètres qui les séparaient pour passer la veillée les uns chez les autres. Il y avaient cinq familles: Pons, Clément, Castinel et deux Masselin.  » E. Empereur dans Jean Giono et Saint Saturnin

La vie y était difficile. Le village de St Saturnin se situe à environ 6km, accessible par un petit chemin de piste. Cela ne facilitait pas les échanges. Les besoins des habitants étaient réduits. Les discussions entre François MORENAS et un berger de St Saturnin en 1939 dans son ouvrage sur les Monts de Vaucluse donnent quelques idées de la vie quotidienne. Selon ce dernier, les habitants du Travignon allumaient le four toutes les trois semaines pour faire cuire leur pain de seigle. Ils se nourrissaient de châtaignes, de lactaires et de grisets cueillis sur le plateau tout proche. Ils avaient aussi quelques bêtes. La petite foret de Gayeoux approvisionnaient le hameau en bois de chauffage.

Toujours selon ce berger, les habitants du Travignon trouvaient le moyen d’entasser des pièces d’or et de bâtir des maisons avec le plâtre de Pérrial (quartier de St Saturnin) qu’ils préparaient eux-mêmes en cuisant le gypse en forme de poisson.

Les habitants descendaient « à la ville » les jours de foire pour la Sainte Luce et la Saint Sylvestre parce que c’était la morte saison. Ils échangeaient les pommes de terre contre le vin des coteaux, le lard contre l’huile d’olive des Gros Cléments (hameau du village voisin Villars). Ils cultivaient aussi un peu plus bas quelques lopins de garance, d’indigo et des chardons à carder la laine. Durant les longues veillées d’hiver, ils fabriquaient toutes sortes d’objets, comme des brosses avec les racines de doucette et des couverts en buis.

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Après le décès accidentel de son père en 1775, Jean Joseph PONS, né à Monieux (Vaucluse) en 1773, erre de village en villages avec sa mère et sa fratrie jusqu’au remariage de cette dernière avec un veuf de St Saturnin en 1781. Quelques années plus tard, en 1795, Jean Joseph épouse Marguerite Rose CLEMENT, issue d’une famille du Travignon. Ce sera le point de départ de l’implantation des PONS au hameau.

Jean Joseph et sa famille disposent de plusieurs parcelles: 3 au cœur du hameau, comprenant une maison, un grenier avec citerne d’eau potable (qui sera transformé plus tard en habitation pour l’un de ses fils, Honoré) et une aire de foulage des foins, ainsi que 7 parcelles autour du hameau composées de lande et de bois.

Vue aérienne du Travignon aujourd’hui

Le Travignon aujourd’hui

Une partie des parcelles des PONS autour du Travignon

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Le seul point d’eau du hameau était composé de deux citernes creusées dans la roche calcaire, situées sur une aire au dessus du hameau. Ces deux aiguiers étaient alimentés en eau de pluie par un ingénieux système de récupération des eaux de ruissellement.

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Avec le temps le hameau perd ses habitants. Le recensement de 1911 ne mentionne plus qu’un seul couple résidant au Travignon. Après 1914, le hameau est déserté.

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Le Travignon a bénéficié d’un regain d’intérêt, ou plutôt d’une redécouverte, grâce au balisage des chemins de la région par François MORENAS et Jean Giono. Ce dernier, écrivain pacifiste, eut une grande influence sur le mouvement des auberges de jeunesse, réseau mis en place en 1936. Elles avaient pour but l’organisation d’un tourisme nouveau, accessible à tous, avec la propagation d’idées de paix, de liberté et de retour à la terre. L’une des auberges, baptisée Regain, s’installe dans une ferme voisine du Travignon, au Puits du geai. La seconde guerre mondiale mit fin à cette expérience.

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Dans les années 1970, des pilleurs ont démoli les bâtisses du hameau pour leurs pierres. Aujourd’hui il ne reste que quelques ruines.

* 9 générations résumées en une photo * Mon fils devant les ruines de la maison de Jean Joseph PONS, son aïeul

Si vous passez par St Saturnin lès Apt pendant vos vacances, ne manquez pas, le temps d’une ballade, ce lieu hors du temps…

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Pour en savoir plus:
  • Pour se rendre au Travignon, suivez le guide: http://www.cheminsdesparcs.fr/pedestre/des-aiguiers-a-travignon/
  • Saint-Saturnin-lès-Apt, Histoire, Société, Patrimoine, d’Emile OBLED et M. WANNEROY, ed. Archipal, 2007
  • Circuits de découverte des Monts de Vaucluse dans le parc régional du Lubéron – Claude et François MORENAS, Jean GIONO, ed. Cheminements en Provence.

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{ Monieux }

Monieux, berceau des PONS. Au moins 5 générations y ont vécu avant « l’exil » vers St Saturnin lès Apt en 1781.
Dépendant du Comté de Sault, le petit village de Monilis tel qu’il est nommé au Moyen Age, est étendu sur 4712 hectares et est composé de plusieurs hameaux et lieux-dits. Cramponné au flanc sud-est du Mont Ventoux à 650m d’altitude, situé à l’entrée des Gorges de la Nesque, le village possède des murs d’enceinte et une tour de guet carrée du 12e siècle. Successivement appelé Monjeu au XVIIe puis enfin Monieux au XIXe siècle, cette dénomination viendrait de « Mont Jovis », Mont de Jupiter, un petit temple dédié à ce Dieu ayant pu dominer le site à l’époque gallo-romaine.
  « D’argent au loup ravissant d’azur, lampassé et armé de gueules »                                         Bordure de gueules ajoutée en 1983
Les Archives municipales de Monieux sont conservés aux AD de Vaucluse. Les registres BMS, bien que lacunaires [Baptêmes 1E79/1 1572-1583, 1585, 1590, 1593-1597), Mariages (AD 1E79/2 1601-1605), Sépultures (1E79/1 1597)] sont tenus dès mai 1572 pour les baptêmes. Nous y trouvons le premier acte de la lignée PONS, l’acte de baptême d’Honorat en mars 1585. Ces registres sont tenus en latin entre les années 1626-1629.

Détail du cadastre napoléonien – 1818 – section Q « le village » AD Vaucluse 3P 2-079/27

A la fin du XVIIe siècle, l’industrie locale de Monieux est dominée par le bois. En 1682 vivaient dans le bourg 8 menuisiers, 3 tourneurs, 2 tonneliers et 3 scieurs de long. Le bourg comptait également 20 tisserands. Il reste, le long de la Nesque, quelques beaux moulins.

 

Vue de Monieux

L’église paroissiale de Monieux est dédiée à St Pierre. Édifiée au XIIe siècle, l’église est située à l’extérieur des remparts. Au fil du temps, l’abside initiale a disparu et divers ajouts et modifications (surélévation du sol, construction de chapelles latérales aux 17e et 18e siècles, …) ont transformé l’église originelle mais le chœur surplombé d’une élégante coupole octogonale sur trompes témoigne encore de l’époque romane. Malmenée par le temps, un pan de murs s’est écroulé suite à un violent orage en 2017. L’association ANESCA collecte des dons pour permettre sa restauration (lien en fin d’article).
A Monieux, comme il était d’usage partout en France, certaines inhumations se faisaient dans des caveaux construits sous les chapelles latérales de l’église. Ces inhumations étant réservées à ceux qui pouvaient payer une forte somme d’argent, la somme étant dégressive proportionnellement à l’éloignement du Chœur.  Les corps enroulés dans des linceuls étaient déposés directement sur le sol, recouverts par une stèle faisant office de dallage. Une habitante de Monieux rencontrée dans l’église en février 2018 m’a confirmé que des ossements avaient été retrouvés lors de travaux.

Extrait de l’acte de sépulture de Jean Pierre PONS, AD Vaucluse, Monieux, BMS oct 1711-1713

En épluchant les actes de sépultures de la famille PONS, il apparait que seul Jean Pierre PONS (1626-1712) fut inhumé dans l’église. Tous les autres membres de la famille sont enterrés au cimetière, même Marie Anne CALLOT, son épouse, décédée avant lui. Le regroupement familial pour le dernier voyage n’apparait pas comme une préoccupation de l’époque.
En étudiant le registre de sépultures pour l’année 1712, date du décès de Jean Pierre, nous constatons que 5 lieux de sépultures sont possibles. Sur 34 décès, 22 personnes sont enterrés au cimetière, 6 dans un lieu inconnu (sans indication), 1 dans le cimetière de la succursale des Abeilles, 2 dans l’église (sans indication plus précise), et 1 dans le tombeau de ND des Grâces et 2 dans le tombeau de St pierre. Je suppose que les tombeaux correspondent aux chapelles latérales, les dalles tombales encore visibles étant situées à ce niveau.

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Le village possède aussi une chapelle originale, la chapelle romane St Michel de l’Anesca, composée d’une simple nef rectangulaire et d’une abside semi circulaire voutée qui a été construite dans un abri sous roche sous l’une des falaises des gorges de la Nesque. Elle a été remaniée plusieurs fois avant d’obtenir son architecture actuelle.
Le village est aussi le point de départ du célèbre « mur de la Peste », édifié en 1721, objet d’un prochain article.

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Photo aérienne des Gorges de la Nesque @Jean-Gérard HUGUET

Après les Gorges du Verdon, les Gorges de la Nesque sont certainement les plus spectaculaires de Provence. Gigantesque fissure aux allures de canyon, entaillant le plateau calcaire des Monts de Vaucluse, les gorges de la Nesque se déroulent sinueusement sur une vingtaine de kilomètres entre Monieux et Méthamis avec une dénivellation d’environ 300m entre ces 2 points.

 

Si vous séjournez en Provence lors de vos prochaines vacances, ne manquez pas la visite de ce charmant village…

 

En savoir plus:

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