La vie de vos ancêtres à portée de clic: décryptage d’une enquête. Le cas Sabine MOYNE

Depuis quelques mois, en vue d’une étude sociologique sur ma commune d’adoption, St Saturnin lès Avignon, entre 1850 et 1950, j’indexe méthodiquement les registres NMD (Naissances-Mariages-Décès) du village. Parfois, un acte retient mon attention et j’ai envie de creuser un peu plus. J’essaie alors de dessiner le destin d’une personne en particulier. Hors du réseau des généalogistes amateurs ou professionnels, on me dit souvent que les recherches généalogiques sont trop compliquées, entre autre par manque de temps ou d’envie, le manque de connaissances vis-à-vis des sources disponibles, de se déplacer aux archives etc. etc. Alors voici ce que l’on peut trouver du parcours d’un ancêtre, bien au chaud chez soi, accompagné d’un bon café lorsqu’on a la chance d’avoir un département qui a numérisé certaines archives.

Mon choix s’est porté sur Sabine MOYNE. Pourquoi cette femme? En indexant les registres, j’ai relevé un acte de décès d’un jeune soldat, Joseph Augustin ROLLAND, 24 ans, décédé à Phu Lang Thuong en juin 1885. Pas vraiment courant pour une commune du Sud de la France peuplée de cultivateurs bien ancrés sur leurs terres. L’histoire aurait pu s’arrêter là. Quelques pages plus loin, voici le décès du père de ce soldat, un cultivateur de 53 ans. Bon, la vie n’était pas simple à l’époque mais un décès dans la cinquantaine, ce n’est pas très courant non plus. L’année suivante, nouveau drame pour la famille, décès d’un second fils à 23 ans. Je pense alors à la maman, toujours en vie au décès de ce fils. L’instinct maternel, l’intuition peut être… J’ai envie d’en savoir un peu plus sur elle. Dans cet article vous trouverez tout d’abord un « résumé » de la vie de Sabine. Vous trouverez ensuite le fil de mes recherches, pas toujours dans un ordre logique mais telles que je les ai entreprises.

Une nouvelle fois, je remercie les AD Vaucluse pour leur travail de numérisation.

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Mormoiron

Sabine MOYNE nait le 11 avril 1837 dans une grange d’habitation de Mormoiron (Vaucluse), quartier de la Briguière, entre vignes et forêts, au pied du Mont Ventoux. Fille d’André Philippe, cultivateur, et d’Élisabeth DENIER, tous deux âgés de 43 ans à sa naissance, elle sera la dernière enfant du couple. Sabine a 7 frères et sœurs dont 6 toujours en vie à sa naissance. Sa sœur ainée Marie Élisabeth épouse un cultivateur de Mormoiron et quitte la maison familiale quelques mois après la naissance de la petite fille (mai 1838). En 1849, un premier drame assombrit la vie de Sabine. Cette année-là, le choléra, après avoir remonté le Rhône depuis Marseille, atteint le village. Un pic de décès est noté en juillet et aout. Probablement affaiblie, Marie Paule, 20 ans, décède en septembre. Sa mère la suit dans la tombe un an après en octobre 1850. Nul doute que Marie Joséphine, fille ainée célibataire alors âgée de 30 ans, remplace sa mère auprès de ses deux plus jeunes sœurs. Le choléra fait de nouveau son apparition en 1854 et André Philippe y succombe en juin, laissant ses enfants orphelins. Sabine a alors 17 ans. Les quatre grands-parents sont décédés. La vie se réorganise très vite. Tandis que son frère reste à Mormoiron pour y fonder une famille, Marie Joséphine part vivre et travailler au Thor, commune vauclusienne située à 25 km de Mormoiron (un trajet de 5h à pied), qui recherche de la main-d’œuvre pour son industrie florissante de la garance. Nous pouvons penser qu’elle emmène avec elle ses trois jeunes sœurs. Marie Joséphine épouse dès novembre un cultivateur de St Saturnin lès Avignon, le village voisin, JEAN Xavier dit Itier. Ses sœurs restent domiciliées au Thor tout en venant régulièrement à St Saturnin. Sabine apparait pour la première fois sur les registres de cette ville le 29 octobre 1856, lorsqu’elle épousa Pierre Philippe ROLLAND, un jeune cultivateur de 24 ans. Mineure, un conseil de famille se tient pour donner son approbation auprès du juge de paix de Mormoiron (16 octobre 1856). Par la suite, Pauline y épouse également Sébastien REQUIN, cultivateur d’Entraigues, commune voisine, en janvier 1860. Cette dernière s’installe dans la famille de son nouvel époux. Leur dernière sœur, Marie Colette restera célibataire.

carte secteur

Mais revenons-en à Sabine. Après son mariage, le couple aura rapidement des enfants. Marie Léonie en 1857 puis Jean Joseph en 1859. Alors enceinte, Sabine connait sa première douleur de mère en perdant Jean Joseph âgé de 14 mois en septembre 1860. Un petit Joseph Augustin viendra au monde quelques mois plus tard (mars 1861), suivi de Xavier Léandre (1862), Étienne (1864) et de Julie Sophia (1866).  Cette naissance signera la fin d’une période heureuse. Les treize prochaines années verront s’enchainer les grossesses et les deuils. Pourtant Sabine est en pleine fleur de l’âge. De ses 31 à ses 43 ans, 6 enfants naitront et ne dépasseront pas l’âge de 2 ans. En parallèle, le destin continue à  s’acharner sur la famille. Ses deux sœurs décèdent en peu de temps. Pauline Véronique tout d’abord, en avril 1869. La petite fille de cette dernière sera recueilli par Marie Joséphine, restée sans enfant. C’est ensuite Marie Colette, célibataire, qui décède à St Saturnin en novembre 1870. Puis c’est au tour de Marie Léonie, sa fille ainée, de décéder à  l’âge de 23 ans en 1881. Le choléra entame de nouveau sa marche mortifère en Provence les années suivantes et frappe Julie Sophia en juillet 1884, 17 ans.  Sabine voit partir son fils ainé Joseph Augustin au service armé. Ce dernier est envoyé dans le corps expéditionnaire du Tonkin. Une épidémie de fièvre typhoïde sévit au sein de son unité et l’emporte loin des siens, en l’hôpital militaire de Phu Lang Thuong.  La nouvelle ne sera connue qu’en septembre. Peut-être en est-ce trop pour Pierre Philippe.  Perdre son fils ainé sur lequel il avait fondé ses espoirs  a eu raison de son cœur. Il décède quelques semaines plus tard le 4  novembre 1885. Ses deux autres fils, Xavier et Étienne seront exemptés de service. Étienne car son frère Joseph est encore au service lorsqu’il doit effectuer le sien en 1884. Concernant Xavier, aucune fiche matricule n’a été retrouvé le concernant, probablement car ce dernier a dû être exempté pour cause de faiblesse. Il décède d’ailleurs en aout 1886 à l’âge de 23 ans.

Ainsi en 1886, à 49 ans, Sabine contemple sa maisonnée triste et vide. De ses 12 enfants, seul Étienne a survécu. Le jeune homme de 21 ans, maçon, fait vivre sa mère. Cette dernière trouve également un peu de soutien et de compagnie avec sa sœur Marie Joséphine, domiciliée dans le centre du village, jusqu’au décès de cette dernière en 1900.

Étienne trouve ensuite un emploi dans l’usine d’Éguilles, fabrique de tôles légères située à Vedène, commune voisine. C’est dans cette commune qu’il fera la rencontre d’Émilie COUPARD.  Le jeune couple se marie  le 17 juin 1897 à Vedène. Après avoir vécu en la maison paternelle au début de leur union, le couple s’installe avec Sabine à Vedène, quartier de Cheval Blanc, près de la famille d’Émilie.

Sabine aura la joie d’avoir 3 petits-enfants: Marie Lucie Joséphine (née en 1898), André Jean Pierre (né en 1899 et décédé à 11 mois en 1900) et André Paul Marius (né en 1900). Autre « consolation », Étienne, alors âgé de 50 ans, ne participera pas à la Première Guerre Mondiale. Toutefois, son petit-fils André Paul Marius répétera le schéma de ses oncles. Engagé volontaire à 17 ans en aout 1918, ce dernier se plaît au sein de l’Armée et déclare vouloir continuer son service militaire après la fin des hostilités. Il sera nommé brigadier armurier au sein du 10e Régiment d’artillerie coloniale. Toutefois, sa fiche matricule indique son décès  le 9 janvier 1923 à Vedène, à l’âge de 23 ans, sans en mentionner la cause.  La vie épargnera à Sabine cette peine puisqu’elle décède dans cette commune le 10 juin 1920 à l’âge honorable de 83 ans.

 

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L’enquête

Ressources: un ordinateur, une connexion internet, un abonnement FILAE (ou un peu plus de patience), Gallica, des archives numérisées, et un logiciel type HEREDIS ou un compte Généanet

Voici les éléments dont je dispose au début de l’enquête: un couple, Sabine MOYNE et Pierre Philippe ROLLAND, leurs âges et deux de leurs fils, Joseph Augustin et Xavier Léandre avec leurs âges au décès.

Première étape: rechercher l’acte de mariage du couple avec Filae lorsqu’on a un abonnement ou bien par déduction, le fils Joseph Augustin étant né vers 1861 (recherches dans les tables décennales +/- 10ans avant maximum, soit entre 1851 et 1862).

Mariage du couple le 29 octobre 1856 à St Saturnin

–> Données recueillies: Date et lieu de naissance et de domicile des époux, identités des parents

Nous avons de la chance car le couple s’est marié dans la commune où sont nés les enfants. Autrement, il faut chercher les publications des bans, qui donnent le nom des communes de naissance des deux futurs et rechercher de préférence dans la commune de la future épouse.

Pour confirmer toutes ces données, je recherche les actes de naissance de chaque époux.

Quelques mots sur l’histoire de Pierre Philippe ROLLAND : sa mère meurt  lorsqu’il a 5 ans. Il a une sœur ainée, Augustine (1827). Son père se remarie en 1844 avec Marie Ursule PONS, originaire de Caromb. Mélanie (1847) et Théophile (1856-1857) naitront de cette nouvelle union. Augustine se marie avec Joseph BLOUVAC, un cultivateur du village en 1846 et aura une fille, Catherine (1848). En 1854, le choléra frappe le Vaucluse. La famille ROLLAND n’est pas épargnée puisque Augustine et Mélanie succomberont à la maladie en aout.

Nous avons du mal à nous représenter, à notre époque, quel a pu être le retentissement d’un tel fléau sur une famille. Ci-dessous, un schéma pour mesurer l’impact du choléra sur les proches du couple à travers ses quatre vagues successives

Impact Choléra

Deuxième étape: retrouver tous les enfants du couple.  Recherche dans les tables décennales les naissances et éventuels décès puis recherches des actes individuels.  En parallèle, je cherche la famille sur les recensements du village de 1856 à 1886 (2M 216).

Un moyen d’obtenir des renseignements complémentaires sur les garçons est de rechercher leurs fiches matricules.

  1. Joseph Augustin : classe 1881 matricule 1476 bureau d’Avignon R1162 / recherche sur l’épidémie de fièvre typhoïde ayant touché l’Armée française au Tonkin en 1885 sur Gallica
  2. Xavier Léandre: classe 1882, fiche matricule introuvable
  3. Étienne: classe 1884 matricule 245 bureau d’Avignon- Étienne est réformé en 1909. Il est donc décédé après cette date.

FRAD084_01R1162_1881_0007 Fiche Matricule

Troisième étape: rechercher les parents de Sabine et son éventuelle fratrie

Pour avoir une première idée du schéma familial de Sabine, je recherche sa famille dans le recensement de 1846 du village de Mormoiron (6M 168).

recensement Mormoiron 1846 a

recensement-mormoiron-1846-b.jpg

Je m’intéresse tout d’abord au premier prénom indiqué, Delphine, avec la précision « fille cadette » (sous-entendu qu’il y a une fille ainée?). Le recensement indique son âge, 25 ans en 1841. Il faut faire attention à l’âge indiqué sur les recensements, il n’est pas rare qu’il soit différent de quelques années, en plus ou en moins, de l’âge réel. Rien sur Filae, ni dans les TD de Mormoiron entre 1810 et 1820.  Il y a par contre un acte de naissance au nom de Marie Joséphine, avec les mêmes parents. Deux hypothèses: soit cette Marie Joséphine est décédée avant 1841, soit Delphine s’est transformé en Joséphine, ou encore c’est un « surnom » devenu prénom usuel.  Il me semble que j’ai déjà rencontré une Marie Joséphine MOYNE sur les registres de St Saturnin lès Avignon cette fois. En effet, suite à l’indexation des registres de cette commune, seules deux femmes ont porté ce nom sur la période donnée. Je retrouve les données enregistrées sur mon logiciel HEREDIS. Sur son acte de décès, le 14 février 1900, un des deux témoins est Étienne ROLLAND, neveu de la décédée. Marie Joséphine est donc bien la sœur de Sabine. Grâce à Filae, je retrouve rapidement 4 documents la concernant, 4 publications de bans dans deux communes différentes: Mormoiron et Le Thor. L’acte de mariage est rapidement retrouvé. Marie Joséphine a épousé un certain Xavier JEAN dit Itier à St Saturnin le 15 novembre 1854. « Itier JEAN » est également un des témoins au mariage de Sabine et Pierre Philippe, prénom ou surnom que j’avais pensé mal transcrire au départ. La Delphine du recensement est donc bien cette Marie Joséphine.

Concernant le reste de la fratrie, les actes de naissance sont facilement retrouvés dans les registres de Mormoiron. Leurs parcours sont par contre plus compliqués à retrouver.  Si on s’en tient au recensement, Sabine aurait eu 4 autres frères et sœurs: François Marc (1823), Marie Colette (1826), Marie Paule (1829) et Pauline Véronique (1833).  Le dépouillement des actes m’indique qu’un frère supplémentaire, Marc Barthélemy (1819-1819) est né et décédé avant la naissance de Sabine.

tableau de bord Recensements fratrie

Après une rapide recherche sur FILAE, nous apprenons que Colette est décédée célibataire à St Saturnin en 1870 à l’âge de 46 ans, et que Pauline Véronique s’est mariée à St Saturnin en janvier 1860 avec Sébastien REQUIN. Ne trouvant rien d’autre, notamment sur leurs décès et d’éventuels mariages ou remariages, je me tourne vers une source trop peu utilisée: les tables de successions et absences.  C’est en effet un des moyens pour retrouver un décès hors période de l’état civil numérisé (arrêt en 1912 en général pour les AD de Vaucluse et 1923 pour les tables décennales) est de chercher dans les répertoires des successions et absences (qui sont numérisées jusqu’en 1923 en Vaucluse). Ces tables sont dressées par l’enregistrement du bureau correspondant au lieu de décès de la personne recherchée, et sont classées par ordre alphabétique. Plusieurs bureaux existent en Vaucluse. Par exemple, pour un décès à Mormoiron, il faut se tourner vers le bureau de Mormoiron, pour un décès à St Saturnin, vers le bureau de l’Isle sur la Sorgue et pour un décès à Vedène, vers le bureau d’Avignon, etc. etc.  Ces tables nous renseignent sur la profession, l’âge, la date et le lieu du décès,  le statut marital, et les héritiers s’il y en a.

2 exemples:

François Marc : renseignement apporté: date du décès / Bureau de Mormoiron, AD Vaucluse, 19 Q 7834, 1895-1912

Table succ et absences Mormoiron 1895-1912 François Marc

Marie Colette: bureau de l’Isle sur la Sorgue,  AD Vaucluse,  19Q6904, 1867-1872

Marie Colette

Grande découverte grâce à ce document: Sabine a une sœur ainée, Marie Élisabeth, née en 1816, qui a épousé Hyppolite Joseph CARITOUX en mai 1838. Ensemble ils auront 6 enfants (d’où le terme de fille cadette pour « Delphine » sur le recensement vu plus haut).

Grâce à aux indices découverts sur la fiche de Marie Colette, et un peu plus loin dans mes recherches, je remarque dans le recensement de 1872 de St Saturnin que Marie Joséphine, sans enfant, vit avec son mari et sa nièce REQUIN Delphine, âgée de 10 ans. Par déduction, je recherche donc une naissance à ce nom à Entraigues dans les années 1862. BINGO. Grâce à FILAE, je poursuis mes recherches et je trouve son mariage en 1899 à Avignon avec BERINGUIER Louis. On y apprend que la jeune femme est cuisinière, et plus important concernant notre volonté de raconter l’histoire de Sabine, que sa mère Pauline Véronique est décédée à Calvisson (Gard) le 29 avril 1869.  En recherchant le parcours de ces deux enfants, et au fil des sources disponibles (recensements, mariages) nous pouvons dire que Delphine a été placé chez sa tante Marie Joséphine enfant, et que leur père a un domicile inconnu en 1888 lors du mariage de Joseph. Aucune trace de Joseph entre le décès de sa mère et son mariage.  Les liens entre cousins restent forts puisque Étienne est témoin lors de ce mariage. Joseph  décède à l’âge de 28 ans le 23 septembre 1889 à Monteux.

Le frère de Sabine, François Marc perd sa fille unique prématurément. En effet, veuve, Delphine décèdera à l’âge de 43 ans en 1904 à Marseille

Quatrième étape: la vie de Sabine et d’Étienne après le décès de Pierre Philippe.

Au décès de Pierre Philippe, Sabine et son fils Étienne restent dans la maison familiale. Je ne trouve pas d’actes de décès concernant Sabine sur la période numérisée, ni d’acte de mariage ou de décès concernant son fils Étienne (notamment pas de mariage en mention marginale sur son acte de naissance) sur la commune de St Saturnin.  Je me tourne alors de nouveau vers les tables de successions et absences du bureau de l’Isle sur la Sorgue au cas où, par manque d’attention, son décès m’aurait échappé dans les registres de St Saturnin lès Avignon, ou si elle est retournée vivre au Thor, (dépendant du bureau de l’Isle aussi). Rien. J’imagine alors qu’Étienne s’est marié et qu’il a installé sa mère dans son nouveau foyer. Statistiquement, bon nombre de jeunes hommes ou de jeunes femmes de St Saturnin, lorsqu’ils n’épousent pas une personne du village, se marient avec des Vedénais, commune voisine. Vedène est rattachée au bureau d’Avignon. J’entreprends donc des recherches dans les registres d’enregistrement de cette localité. Manque de chance, les numérisations s’arrêtent en avril 1908. Il ne me reste donc qu’à croiser les doigts et à espérer que Sabine est décédée avant 1923. Je me lance dans les tables décennales de Vedène. Jackpot! Je trouve l’acte de décès de Sabine en date du 10 juin 1920. J’en profite pour chercher un éventuel mariage d’Étienne, rapidement trouvé grâce aux TD: 19 juin 1897, avec Émilie COUPARD. Sabine ne signe pas sur l’acte de mariage de son fils. Nous apprenons que ce dernier exerce la profession de maçon.

Petit mystère: malgré de multiples vérifications, Sabine et Étienne ne sont pas présents sur le recensement de St Saturnin en 1896. Par contre, la présence du jeune couple et de Sabine sur le recensement du village en  1901 est confirmée. Étienne, sa famille et Sabine ont dû s’installer à Vedène après la naissance de leur troisième enfant puisqu’ils sont tous domiciliés au quartier de Cheval Blanc à Vedène en 1906.

quartier cheval blanc - Vedene

Cinquième étape: la descendance d’Étienne. Pour la retrouver, je me penche dans les registres NMD de St Saturnin et de Vedène.

3 enfants naissent du couple

  • Marie Lucie Joséphine, née en 1898 à St Saturnin. Aucune trace d’un mariage, même à un âge « avancé ». J’imagine donc qu’elle est morte célibataire. Si tel est le cas, la lignée de Sabine se serait éteinte avec elle.
  • André Jean Pierre, né en juillet 1899 et décédé en juin 1900 à St Saturnin
  • André Paul Marius, né en novembre 1900 et décédé en janvier 1923. Grâce au Grand Mémorial, la découverte de sa fiche matricule est rapide. Classe 1919 matricule 1198 Bureau d’Avignon

ROLLAND André

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Voilà pour une rapide enquête sur Sabine MOYNE, une parfaite inconnue réalisée sans bouger de chez moi, grâce aux efforts de numérisation des AD de Vaucluse. De nombreux autres aspects seraient à découvrir ou à approfondir en se rendant physiquement aux Archives départementales, comme le compte rendu du conseil de famille lors de son mariage, la recherche d’éventuels achats ou ventes immobilières, un éventuel testament et le compte rendu des différentes successions.

J’espère que ce long article prouvera aux néophytes que rien n’est impossible en généalogie et surtout que cela vous donnera envie de suivre la trace de vos ancêtres. Lancez-vous! Peut-être vais-je vous transmettre le virus…

tableau de bord des recherches

4 novembre 1918: il y a 100 ans, Claire Béatrix PONS succombait à la grippe espagnole

 

 

 

Claire Béatrix PONS, mon arrière arrière grand-mère, nait le 1er février 1875 à St Saturnin lès Apt, ferme de Garbis. Elle est la fille ainée de Joseph et de Marie Rose PONS, cultivateurs dont les familles sont établies au village depuis plusieurs générations.

Claire rencontre Philippe BOURGUE, ferblantier d’Apt, probablement lors du mariage de sa cousine Rose GAILLAC (elle même voisine de Philippe) à Marseille le 25 juin 1903. Ils se marient à Apt le 9 novembre 1907. Claire est alors âgée de 32 ans. Depuis l’abandon du costume traditionnel vers les années 1880, la mariée était vêtue d’une robe blanche, la tête couverte d’un voile retenu par une couronne de fleurs d’orangers, qui était ensuite conservée sous un globe dans la chambre à coucher des époux.

Rue des Marchands, Apt – 1905

Après leur mariage, le couple s’installe au n°5 rue des marchands à Apt, où Philippe possède son atelier de ferblanterie. Leur fille Marie Rose naît peu de temps après, le 23 septembre 1908. Le couple mène une vie confortable de commerçants.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Claire et Fortuné avant la Guerre

Fortuné PONS, frère de Claire, célibataire, est mobilisé le 3 aout 1914. Alors âgé de 38 ans, il intègre le 118e Territorial d’Avignon. Philippe, né en 1864 et âgé de 50 ans échappe à la mobilisation.

 

 

 

 

 

 

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La fin de l’année 1918 apporte un soulagement quant à la fin imminente de la guerre. Mais au même moment, une épidémie meurtrière sévit en Provence, (et pas seulement), épidémie arrivée en France avec les troupes américaines selon toute vraisemblance et qui se propagea rapidement à toute l’Europe.

Alors que les pays belligérants avaient établi un « black-out » sur l’épidémie pour ne pas alarmer les populations, l’apparition de la maladie à Barcelone en mai et juin, puis bientôt dans toute l’Espagne, pays non touché par la guerre, ne fut pas dissimulée par la presse, qui révéla que le roi et la plupart de ses ministres étaient atteints. Ainsi, les journaux français parlaient de la « grippe espagnole » qui faisait des ravages en Espagne sans mentionner les cas français qui étaient tenus secrets pour ne pas faire savoir à l’ennemi que l’Armée française était affaiblie. Ce fut la raison pour laquelle cette épidémie fut alors connue dans le monde sous le nom injustifié de « grippe espagnole ».

Nombre de décès grippaux pour 10 000 hab. (sept 1918—avril 1919)

L’épidémie commence fin août, sévit durant l’automne et décline en décembre. Le pic de la mortalité est atteint mi-novembre. Bien que la famille PONS – BOURGUE ait été relativement épargnée par la Grande Guerre puisqu’elle ne compte aucun décès dans les tranchées, elle est toutefois atteinte par l’épidémie.

Est-ce,  comme me l’a rapporté Marie Rose Bourgue, son père qui l’aurait amené dans ses bagages en revenant de la foire de Marseille, ou bien la proximité avec certains voisins malades, ou encore, et c’est bien plus plausible, Fortuné, tombé malade dans les tranchées comme indiqué sur sa feuille matricule sans indication de la maladie, envoyé se faire soigner dans son foyer, les hôpitaux militaires étant submergés ?  En effet, la grippe espagnole touche beaucoup les soldats, victimes épuisées par près de 4 ans de combat dans les tranchées. La grippe aurait touché 402 000 soldats de septembre à novembre, et la mortalité aurait été de 30 282 cas soit 7.5%.

Le 29 septembre 1918, Fortuné est évacué malade (il ne retournera dans son unité que le 4 décembre, après l’Armistice).

Claire et Marie Rose tombent malades à leur tour. Un petit lit est installé dans la chambre parentale et les deux malades, côte à côte sont soignées avec les remèdes du temps. La maladie commençait de façon très classique, après une courte incubation de 24 à 48h, par une hyperthermie brutale atteignant souvent 40°C ou plus, des céphalées, des courbatures, des frissons et une rhinopharyngite. Les formes bénignes se limitaient à ces symptômes. Mais pour d’autres patients, des manifestations pulmonaires graves s’installaient rapidement, parfois dès les premières 24h, voire même avant les signes typiques de la grippe, ce qui rendait le diagnostic difficile. Une atteinte rénale sévère, des signes cérébraux, somnolence ou délire, étaient fréquents. L’état de Claire empire et elle décède le 4 novembre 1918 à l’âge de 43 ans. Alitée près d’elle, Marie Rose, âgée de 10 ans, en réchappera, mais restera marquée à vie par cet épisode.

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Les réactions de l’opinion publique, sont restées longtemps étonnamment discrètes. Aucune panique comme celles qu’avaient provoquées les épidémies de choléra du siècle précédent, pourtant moins mortifères. Il est vrai que le public était peu informé de l’extension et de la gravité de la maladie puisque les journaux avaient l’ordre de ne pas en parler. Les familles s’inquiétaient beaucoup plus des risques que couraient les maris et les fils sur le front. Et puis l’Armée allemande était en repli sur tous les fronts et l’on entrevoyait la fin de la guerre. Les bonnes nouvelles occultaient les mauvaises. Ainsi, le 6 juillet 1918, les lecteurs du Matin pouvaient se réjouir car les français avaient un nouvel allié. « En France, (la grippe) est bénigne ; nos troupes, en particulier, y résiste merveilleusement. Mais de l’autre côté du Front, les Boches semblent très touchés. Est-ce le symptôme précurseur de la lassitude, de la défaillance des organismes dont la résistance s’épuise ? Quoi qu’il en soit, la grippe sévit en Allemagne avec intensité. »

Quel bilan ? 1 milliard de malades, 20 à 40 millions de morts à travers le monde, près de 408 000 victimes en France. C’est dans le quart Sud Est de la France que la grippe sévit le plus durement. Les statistiques préfectorales indiquent que le département voisin des Hautes Alpes fut le plus touché avec 101 décès pour 10 000 habitants. Retenons qu’en quelques mois, la pandémie fit plus de victimes que la Première Guerre Mondiale.

Décès grippaux pour 10 000hab/département (sept 1918-avril 1919)

Acte de décès de Claire PONS

Pour en savoir plus:

– Une tragédie dans la tragédie, la grippe espagnole en France (avril 1918-avril 1919) https://www.persee.fr/doc/adh_0066-2062_2001_num_2000_2_1982

Une femme, un destin: Rosette TAMISIER (1816-1899)

Une fois n’est pas coutume, je vous raconte aujourd’hui le destin de Rosette TAMISIER, qui ne fait pas partie de mes ascendants, mais que j’ai rencontrée au fil de mes recherches sur St Saturnin lès Apt.

 

Par opposition aux mouvements de déchristianisation amorcés après les révolutions de 1830 et 1848, le XIXe siècle fut le temps des stigmatisés et des illuminés. Rosette TAMISIER fait-elle partie de ceux là?

A vous d’en juger…

Sept ans avant Lourdes, Saint Saturnin-lès-Apt aurait pu connaitre le même destin. En 1851, le village est au cœur d’un fait divers au retentissement national. Une modeste servante d’auberge, Rosette TAMISIER, affirme avoir vu perler des gouttes de sang des plaies du Christ par six fois, entre 1850 et 1851, personnage principal d’une Pièta accrochée dans une des chapelles du village.

signature

 

 

 

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AD Vaucluse Saignon naissances 1816-1818 p 9/34

 

Marie Rose, dite Rosette TAMISIER nait le 7 septembre 1816 à Saignon (Vaucluse), fille de Jean Joseph et de Delphine BOREL, cultivateurs. Elle aura 5 frères et sœurs.  Enfant, elle parle d’étranges et merveilleuses visions qu’elle auraient eues durant certaines nuits. Elle apprend à lire et à écrire. En 1833, à l’âge de 15 ans, elle ouvre une école gratuite pour les petites filles de son village. Dévote, elle devient novice auprès des religieuses de la Présentation de Marie à l’âge de 18 ans, mais se fait renvoyer rapidement sous prétexte d’une santé fragile. En réalité, sa personnalité mystique (déjà) n’est pas bien vu au sein du couvent.

 

 

 

 

En 1851, Rose, est alors âgée de 35 ans, bien qu’elle prétend en avoir 33, l’âge du Christ. Elle n’apparait ni sur le recensement de Saignon, ni sur celui de St Saturnin lès Apt, où vit sa cousine et son époux Antoine JEAN, cafetier-aubergiste. Nous apprendrons grâce aux différents témoignages recueillis lors de son futur procès qu’elle quitte Saignon pour s’installer à St Saturnin chez sa cousine JEAN en novembre 1850, juste avant les premiers « miracles ».  Dés son installation au village, la jeune femme  a pris l’habitude de venir prier dans la chapelle du calvaire de St Saturnin, petite chapelle construite près des ruines du château médiéval s’élevant au sommet du rocher dominant le bourg, avec son amie Joséphine et sa cousine . Elle prie au pied d’un autel surmonté d’un tableau en piteux état,  représentant la « descente de la croix ». Ce tableau saigne à six reprises, entre le 10 novembre 1850 et le 5 février 1851, que Rose soit seule ou accompagnée. La nouvelle se répandit rapidement, notamment grâce au curé du village, et de très nombreuses personnes affluent au village. La jeune femme revendique aussi l’apparition de stigmates aux mains et aux pieds. Ces miracles ne font pas l’unanimité. Le propre père de Rosette déclare « si nous étions en carnaval, je penserais qu’elle fait ses mascarades« .

Le 20 décembre 1850, l’archevêque d’Avignon Monseigneur Debelay se déplace jusqu’au village, et, en présence du sous-préfet d’Apt et de centaines de témoins, le miracle attendu se produit avant la messe. L’archevêque tient des propos prudents tandis que le sous-préfet et les témoins croient au miracle. L’archevêque fait desceller le tableau, qui est intact, tant à l’endroit qu’à l’envers. Il s’entretient ensuite avec Rose, puis, de retour en Avignon, nomme une commission d’enquête. Ses membres arrivent à Apt le 20 janvier 1851. Les conclusions sont sans équivoque: il n’y a pas eu de miracle. Toute cette agitation interpelle la Justice, qui interroge Rosette le 8 février 1851, menant à son arrestation.

La descente de la Croix – Reproduction du tableau aujourd’hui disparu

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La Cour d’appel de Nîmes (Gard) se déclare incompétent pour juger l’affaire le 29 juillet 1851.  Le procès est renvoyé devant le tribunal correctionnel de Carpentras (Vaucluse) et débute en septembre de la même année. L’affaire trouve alors un écho au niveau national. Sur Gallica nous retrouvons de nombreux articles traitant de l’affaire. Rose prétend ne pas expliquer les phénomènes sans invoquer de miracle.

 

L’accusée Rose Tamisier est introduite ou plutôt elle est portée dans la salle, car une douleur à la jambe l’empêche d’en faire usage. Sa figure assez commune, ses traits heurtés qui ne sont rien moins que jolis, sont loin de produire sur le public l’effet qui lui avait valu une si grande réputation dans l’arrondissement d’Apt. Elle n’a de remarquable que le regard qui a quelque chose de fascinateur. De dessous ses grands orbites caves et noirs, ses yeux lancent quelquefois des éclairs magnifiques. Son maintien décent, la tranquillité qu’elle fait paraitre, tout nous indique une personne qui a le sentiment du personnage qu’elle a la prétention de représenter. Son costume est presque monastique, ses habits sont entièrement noirs; elle porte un bonnet blanc à très-longues barbes. Abbé ANDRE

 

Pas moins de 39 témoins seront entendus par le tribunal. Le détail de leurs témoignages est rendu dans l’ouvrage de l’abbé GRAND. A la fin des débats, le tribunal de Carpentras se déclare également incompétent. Le parquet fait appel et suite à un nouveau procès,  la cour d’appel de Nîmes en novembre 1851 déclare Rose coupable d’escroquerie et outrage à la morale publique et religieuses. Les motifs de la condamnation sont vol de la grande hostie du tabernacle de l’église de Saignon (dont elle avait la clef) et apposition du sang sur un tableau pour faire croire au miracle. Elle est condamnée à 6 mois de prison, maximum de la peine encourue, et à 16 francs d’amende. L’Église l’excommunie jusqu’à ce qu’elle reconnaisse sa supercherie.

N’ayant pas les moyens de payer les frais de justice, Rosette n’est libérée qu’en décembre 1852, au bénéfice d’une grâce de Napoléon III. Le Vatican classa l’affaire dans les faux miracles. On n’entendra plus jamais parler de Rose, qui ne changera pas de version, malgré son excommunication. Elle restera célibataire et  finira ses jours à Saignon où elle décédera à l’âge de 82 ans le 23 février 1899.

 

AD Vaucluse, Saignon, Décès 1893-1902 p.38/56

De nombreuses questions restent en suspens à la fin de cet article:

  • La personnalité de Rosette aurait mérité un examen plus poussé. Naïve, affabulatrice, illuminée, simple menteuse et prétentieuse? La jeune femme a-t’elle était la seule coupable dans cette affaire? Est-elle allée trop loin dans son mensonge pour avouer sa faute sans honte ou bien fut-elle réellement convaincue de ces miracles?
  • Que penser du curé GRAND de St Saturnin lès Apt, désirant construire une église plus prestigieuse en son bourg et profitant des dons affluant de la France entière?
  • Et du cousin de Rosette, qui, voyant affluer une foule de curieux dans son auberge, la renomma « l’Auberge de la Sainte »?
  • Quel rôle a joué la secte de Pierre Michel VINTRAS (piste évoquée par l’abbé ANDRE) dans la mise en scène des miracles?
  • Sans parler des revenus tirés de la vente des gouttes de sang, vendues 25 francs pièce.

Le mystère reste entier, tous les protagonistes étant décédés depuis bien longtemps à présent.

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Vingt ans plus tard, l’affaire Tamisier est toujours présente dans les mémoires vauclusiennes.

La Revue artistique, édition du 1er novembre 1872

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En savoir plus:

Une femme, un destin: Rose CARTOUX (1691-1761)

Vue sur la plaine de Méthamis

 

Au fil des registres se dessinent les vies de nos ancêtres et parfois certains destins marquent plus que d’autres. Celui de Rose CARTOUX en fait partie et les drames de sa vie ont hanté quelques-unes de mes nuits. Découverte au fil de mes recherches pour mon mémoire du DU de Nîmes, je ne devais pas m’attarder sur cette ancêtre, devant prioritairement me concentrer sur la lignée agnatique des PONS. Que voulez-vous, la curiosité a été plus forte.

 

 

 

 

Rose CARTOUX naît à Méthamis, charmant village rural le 6 juillet 1691. Méthamis, Métannes ou les Métamies selon les époques et les documents, fief des Thézan du XVe siècle à la Révolution, domine les gorges de la Nesque à 380m d’altitude. Méthamis appartient au Comtat Venaissin et de ce fait, les actes sont rédigés en latin pour la période contemporaine à Rose.

 

AD Vaucluse, paroisse catholique de Méthamis, baptêmes 1675-1696 p. 29/42

Fille de Pierre CARTOUX et de Lucie JEAN, Rose a 5 frères et sœurs. Elle se marie à 24 ans avec Marc SEGNORET, cultivateur lui aussi, le 18 novembre 1715. Mariage probablement précipité puisque moins de deux mois plus tard naît leur fille Rose (13 janvier 1716). Trois autres enfants naissent dans les années suivantes: Jean Pierre en janvier 1717, Michel en avril 1719 et Simon en janvier 1721.

 

AD Vaucluse, paroisse catholique de Méthamis, mariages 1697-avril 1734 p.18/49

Hélas, les années sombres se profilent déjà à l’horizon. Méthamis voit l’arrivée de la Peste  sur ses terres en juillet 1721. Pourtant dès février, les autorités pontificales avaient décidé d’établir une ligne sanitaire commune entre le royaume de France et les terres du Comtat Venaissin afin de stopper et de se protéger de l’épidémie : le mur de la Peste était établi à quelques kilomètres du village. Fin juillet, 27 km de murs étaient déjà édifiés, augmentés de dizaines de guérites et de corps de garde pour les sentinelles militaires. Et pourtant, en l’espace d’un mois Rose perd ses trois aînés. Tout d’abord Jean Pierre, le 18 juillet, âgé de 3 ans. Puis Rose, le 23 juillet, âgée de 5 ans et enfin Michel le 18 août.

La peste touche Avignon en août. La situation s’inverse alors et les troupes françaises remplacent les troupes pontificales en s’installant de l’autre côté du mur pour protéger le pays d’Apt enfin débarrassé du fléau. La peste s’étend à l’ensemble du Comtat désormais et s’amplifie jusqu’en juillet 1722. Le Comtat étant isolé, les vivres manquèrent et la disette guettait les survivants. L’épidémie s’éteignit progressivement à partir de septembre 1722 et fin février 1723 les lignes sanitaires furent levées.

Eglise de Méthamis

La Faucheuse n’en avait pas fini avec la famille de Rose. Affaibli par les privations, son petit Simon décède en mai 1724 à l’âge de 3 ans. Dans quelle détresse morale a t’elle pu se trouver au retour du cimetière? Quand, en poussant la porte de sa petite maison de pierre, les rires de ses 4 enfants furent remplacés par un lourd silence. Notre vision contemporaine de la maternité est quelque peu ébranlée par les mœurs de l’époque puisque en ces temps, il n’était pas question de s’apitoyer trop longtemps sur son sort, ou bien encore (et c’est plus probable) la nécessité voulait que la vie continue tout de même. Quoiqu’il en soit, Rose tombe enceinte rapidement. Une petite Élisabeth voit le jour en avril 1725. Hélas, le « bonheur » fut de courte durée puisque Marc décède en mai, à l’âge de 40 ans. Rose se retrouve ainsi veuve à 33 ans avec un nourrisson de 3 semaines. Probablement qu’elle trouve un peu de secours auprès de sa mère, toujours vivante, et de son beau père.

 

 

AD Vaucluse, paroisse catholique de Méthamis, mariages 1697 – avril 1734 p.34/49

En difficulté, Rose n’a d’autres choix que de refaire sa vie en se mariant 20 mois plus tard avec son cousin Marc PEZIERE. Leurs mères respectives sont sœurs et une dispense au 3e degré de consanguinité délivrée par l’évêque de Carpentras a été nécessaire. Ensemble ils auront trois filles: Brigitte née en 1728, Marie Marguerite née en 1732 et Delphine, née en 1734, mon aïeule qui aura elle aussi un destin particulier (mais cela est une autre histoire).

 

 

 

 

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Rose restera toute sa vie à Méthamis et y décédera en novembre 1761 à l’âge honorable de 70 ans.

 

AD Vaucluse, paroisse catholique de Méthamis, Sépultures juin 1757 – novembre 1775 p.8/40

Eglise de Méthamis, face Nord

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