Quand un curé sauve l’honneur d’une jeune paroissienne

Contexte: Deux villages séparés par l’imposant Mont Ventoux.

En mars 1779, le curé Brémond de Malaucène (Vaucluse) envoie un courrier à son homologue de Vercoiran (Drôme provençale) afin d’aider une de ses jeunes paroissiennes…

Registre BMS de Vercoiran 1718-1792 p. 200 5Mi 314/R5 AD Drôme

Registre BMS de Vercoiran 1718-1792 p. 201 5Mi 314/R5 AD Drôme

Registre BMS de Vercoiran 1718-1792 p. 202 5Mi 314/R5 AD Drôme

Le mariage fut célébré le 18 mai 1779 à Malaucène

Mariage Malaucene

Registre des mariages 1775-1792 – Malaucène – AD Vaucluse p.20/66

Tout est bien qui finit bien, enfin du moins, aux yeux de l’Église…

Une tentative de mariage clandestin – Bédarrides -1748

 

Paroisse Catholique de Bédarrides – Mariages 1739-1761 p. 18/46 d

 » L’an 1748 et le 19 juin une femme qu’on a cru etre une nomée
Brigide Bouchere  a Orange est venue fraper par trois fois a ma porte
et m’etant mis a la fenetre, elle m’a prié de luy aller dire une messe a St etienne
disant qu’elle etait etrangere et souhaitait se retirer a la fraicheur, apres
avoir resisté d’y aller, ayant promis de l’aller dire pour un malade, j’y
ay consenti de fin, cette femme me propose toujours pour accomplir sa
neuvaine, je suis allé donc a la di(t)e chapelle en campagne avec cette femme
etrangere et deux clercs qui etaient le pere Claude Dunoy et le pere Joseph
Isnard, deux femmes du pays, la femme de German et la femme de Dominique
Nourry; un moment apres suivi Barthelemy Durrand et le pere Antoine
chartreux. Ayant commencé la messe X il rentra  dans l’eglise une fille
qu’on dit etre la niece de cette Brigitte fille d’un certain Marc Boucher
pour lors a Sarrians, et avec elle trois hom(m)es, ou jeunes hommes; il se mirent
tous aupres du balustre et apres l’ité missa est le jeune hom(m)e et la fille
s’avancerent aupres du marchepied de l’autel en ayant dit l’un après l’autre
a voix haute qu’ils se vouloient pour mary et pour femme; ils attendirent la
benediction que je donna par lot! voulant leur faire appercevoir que
je ne vouloi pas les unir ni les benir ni approuver leur mariage et
tout de suite ils sortirent pendant le dernier evangile de la chapelle
ou ils traversèrent les champs pour se rendre au chemin de  Sarrians. Les
deux témoins portant un fusil chacun, l’un des temoins s’appelle Jerome
Saurel cordonnier a Orange, l’autre temoin et le pretendu epoux sont inconnus.
Les personnes qui les virent passer sont François Marmillot et Esprit Touler
Ainsi la vérité. Vinard Vicaire

Lien vers le texte numérisé  AD Vaucluse, Paroisse catholique de Bédarrides, mariages 1739-1761 p. 18/46 d

 

Carte de Cassini Bédarrides-Sarrians

Pour aller plus loin:

  • AGRESTI Jean Philippe Les régimes matrimoniaux en Provence à la fin de l’Ancien Régime, Presse Universitaire d’Aix-Marseille, 2009 Lien vers le document
  • DUVILLET Amandine Du péché à l’ordre civil, les unions hors mariage au regard du droit (XVIe – XXe siècle) -Université de Bourgogne, 2011 Lien vers le document
  • M. DURAND de MAILLANE, 1761, Dictionnaire de Droit canonique et de pratique bénéficiale Lien vers le document

Lou Cacho fiò

Alègre! Alègre!

Mi bèus enfant, Diéu nous alègre!

Emé Calèndo tout bèn vèn …

Diéu nous fague la gràci de vèire l’an que vèn,

E se noun sian pas mai, que noun fuguen pas mens!

 

Frederic MistralDepuis septembre, je prends des cours de provençal avec Michelle. Un pur bonheur! Jeudi dernier, nous avons travaillé sur un texte de Frédéric Mistral, concernant la veillée de Noël. Je ne résiste pas au plaisir de vous en partager un extrait, dont la dernière phrase (ci dessus) résonne encore de nos jours lors du traditionnel repas familial de Noël.

 

 

 

Tous ensemble, nous allions joyeusement chercher la « bûche de Noël », qui — c’était de tradition — devait être un arbre fruitier. Nous l’apportions dans le Mas, tous à la file, le plus âgé la tenant d’un bout, moi, le dernier-né, de l’autre ; trois fois, nous lui faisions faire le tour de la cuisine ; puis, arrivés devant la dalle du foyer, mon père, solennellement, répandait sur la bûche un verre de vin cuit, en disant :

Allégresse ! Allégresse,
Mes beaux enfants, que Dieu nous comble d’allégresse !
Avec Noël, tout bien vient :
Dieu nous fasse la grâce de voir l’année prochaine.
Et, que si nous ne sommes pas plus, que nous ne soyons pas moins.

Et, nous écriant tous : « Allégresse, allégresse, allégresse ! », on posait l’arbre sur les landiers et, dès que s’élançait le premier jet de flamme:

À la bûche,
Boute feu !

disait mon père en se signant. Et, tous, nous nous mettions à table.

– Frederic Mistral – Memòri e raconte – 1906

Bûche

Ainsi, la veillée de Noël commençait par la coutume païenne du Cacho-fiò, relative au solstice d’hiver. L’allumage rituel du calendau (bûche de Noël en provençal) correspondait au rite du feu neuf, le feu du premier soleil de la nouvelle année.

Après avoir fait trois fois le tour de la cuisine ou de la table (nappée de trois nappes blanches, là encore un symbole de la Trinité), le plus ancien et le plus jeune (lou caganis) de la maison portaient ensemble au feu une bûche d’un arbre fruitier coupé de l’année. Ensuite on pouvait se mettre à table pour le gros souper traditionnel (avec ses treize desserts). Dans cette société très superstitieuse, la bûche devait brûler trois jours et trois nuits. Une fois calcinée, elle devenait miraculeuse. Ses cendres et morceaux de charbon étaient ensuite placés dans les étables pour protéger le bétail des maladies.

Musée Arlaten - Arles

Quelles sont les traditions de vos régions?

Bonnes fêtes à tous et a l’an qué ven! 

Creche traditionnelle - JL BATTU

Creche traditionnelle – JL BATTU

Les papeteries de Gromelle

Vue générale de l’usine

batiments gromelle sans continentale noms

Dimanche dernier, j’ai enfin pris le prétexte d’une balade à vélo pour aller photographier l’ancienne usine de Gromelle, à quelques kilomètres de mon domicile.

Le site de Gromelle, situé à cheval sur les communes de Vedène et de St Saturnin-lès-Avignon, est considéré comme l’un des sites industriels les plus anciens de Vaucluse. En effet, la proximité du cours d’eau de la Sorgue, via le canal de Vaucluse, a permis très tôt l’installation d’une activité industrielle sur le site de Gromelle, patronyme connu dès le XIIe siècle. Plusieurs activités se sont succédées sur ce site : moulin à blanchir les toiles au XIVe siècle, papeterie au XVIIe siècle, moulin à blé, et fabrique de poudre de garance de la fin du XVIIIe siècle à 1865. En 1835, une ordonnance royale (sous le règne de Louis Philippe) autorise les sieurs Poncet à convertir le moulin à farine faisant partie de leur usine de Gromelle, situé sur le canal de Vaucluse et à remplacer les deux roues horizontales de ce moulin par deux roues à aubes verticales (source : bulletin des lois 1er semestre 1835). Les recensements entre 1836 et 1851 ne font pas mention d’activités industrielles. La population est largement composée de cultivateurs et de journaliers. Pourtant l’ère industrielle pénètre les campagnes françaises et le recensement de St Saturnin pour l’année 1856 (et uniquement dans celui-ci) mentionne de nombreux garanciers. La production de garance, trop chère, est rapidement abandonnée. en 1865, une reconversion industrielle des moulins s’opère et le site de Gromelle, racheté par les industriels marseillais Chancel père et fils, redevient une usine de papeterie. D’ailleurs le Vaucluse compte 13 papeteries en 1867. Les Chancel sont déjà propriétaires de la papeterie d’Albergaty sur la commune voisine d’Entraigues. Les industriels placent à sa direction Louis Antoine Frian FAVIER (1823-1888) puis son fils Louis François (1846-). Ce dernier dépose en mai 1885 un brevet pour 15 ans concernant un système de raffineur méthodique pour pâtes à papier.

Cadastre napoléonien

Ailleurs en France, les employés des papeteries sont très largement fournis par les campagnes environnantes de l’usine. Dans le Vaucluse, département agricole, la plupart des ruraux gagnent suffisamment et estiment avoir assez à faire de s’occuper de leurs terres pour ne pas aller compléter leurs revenus à l’usine. Aussi, bien que disséminées en pleine campagne à l’écart des agglomérations, les fabriques de papier des bords de la Sorgue ont embauché beaucoup d’étrangers à partir des années 1910 (¼ d’italiens dans le cas de Gromelle en 1911). La main-d’œuvre rurale tient encore la première place. Cela signifie que la plus grande partie du personnel est formée de paysans, presque tous propriétaires, qui continuent de s’occuper très activement des travaux de la terre. L’influence de la loi de huit heures a encore accentué cette tendance, puisque les paysans peuvent disposer à leur gré des deux tiers de la journée, surtout lorsque leur faction ne les immobilise à l’usine qu’entre 20h et 4 heures. L’ouvrier papetier reste un propriétaire exploitant. Et lorsque l’on a affaire à de véritables salariés industriels, on voit souvent les patrons essayer de créer en eux cet état d’esprit paysan, et de leur donner cette situation de petit propriétaire, en leur cédant des maisons, des jardins, de vrais champs. Ainsi est créé le hameau de Gromelle, réunissant des maisons d’ouvriers et une école libre mixte dès 1867.

Les graphiques ci-dessous mettent en lumière une partie des effectifs de l’usine résidant sur les communes de St Saturnin et de Vedène pour les années 1906-1911.

Certains des employés de l’usine reçoivent des médailles d’honneur en récompense de leur ancienneté et de la qualité de leur travail.

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Lors de la première guerre mondiale, en me basant sur les recensements de 1911, l’usine a vu 19 de ses ouvriers mobilisés. 5 ont été gravement blessé et 4 ont été tué au Front.

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Le site de Gromelle n’est pas épargné par les accidents. Un incendie se déclare dans la nuit du 17 mai 1878 et détruit une partie de la fabrique de papiers peints de Gromelle. Les secours n’ont pu être portés immédiatement, par crainte de l’explosion de l’usine à gaz. Les tuyaux ont pu être heureusement coupés et le sinistre circonscrit.

L’Ouest éclair – 4 aout 1933

L’usine est également le théâtre d’un terrible accident le 3 aout 1933.

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En février 1983, les employés rachètent leur usine et créent une coopérative. La papeterie cesse définitivement son activité en juillet 2013.

Pour en savoir plus:

  • L’industrie de la papeterie dans le Sud-Est de la France article de Raoul Blanchard, 1926 dans la revue de Géographie Alpine
  • Vidéo du site postée par Guifeme en mars 2016 https://www.youtube.com/watch?v=IaScImfl1Wk

L’incendie de Sallanches – 19 avril 1840 – Haute Savoie

Extrait de l’affiche appelant aux dons

Contexte: A la fin du registre des naissances de Loisieux, le curé Monet relate l’incendie de Sallanches qui a provoqué une grande émotion en 1840. L’incendie fera 51 morts.

Les malheurs d’une Ville détruite en deux heures, au milieu de la joie innocente d’un jour de fête, ont produit de vives impressions dans tous les cœurs. Le nombre des victimes a fait frisonner d’horreur; le nombre des malheureux errans dans toit paternel excite puissamment une commisération générale.

 

 

BMS de Loisieux 1825-1837 p31/84 4E1687

Le 19 avril 1840, jour de pâques, la ville de Sallanches en Faucigny, a été entièrement détruite par un incendie en trois heures de tems. S.M. Charles Albert a fait un don de 25 000 livres et toutes les paroisses du Duché y ont concourues suivant leurs moyens. Mr le général comte de Sales y fut envoyé pour répartir à chacun ce qu’il convenoit et pour faire rebâtir la ville un peu plus bas à cause des innondations d’un torrent nommé Sallanches qui causoit souvent de grands dégats.
Paris, Lyon, Londres, Bâles, Genêve ont fait de grands dons.

Pour en savoir plus:

{ Le Mur de la Peste }

Avez-vous déjà entendu parler du Mur de la Peste ? Bien connu des vauclusiens, ce mur édifié lors de l’épisode de la Peste de Marseille a eu l’ambition d’être une ligne sanitaire, un rempart pour limiter la propagation de cette terrible épidémie.

Carte extraite du Pays d’Apt malade de la Peste – tracé de la ligne et du mur entre le pays d’Apt et le Comtat

Je ne reviendrais pas sur les circonstances bien connues de l’arrivée de la Peste à Marseille via le voilier trois-mâts « Grand Saint Antoine » en juin 1720.

Le 14 février 1721, la décision est prise par les autorités pontificales d’établir une ligne sanitaire commune entre la France et le Comtat pour protéger Avignon. Il convient de noter que c’est à la demande du Royaume de France et cette intervention de l’État est la première du genre dans une crise sanitaire. Notons également que Le régent Philippe n’est pas mécontent d’imposer sa volonté au pape Grégoire XI sur les terres du Comtat.

Muraille restaurée – photo ©altituderando.com

Concrètement, la ligne était composée d’un fossé de six pieds (1,95m) de large et de profondeur entre Saint Ferréol (près de Mérindol) et Cabrières, et d’un mur de 30 km conçu par l’architecte carpentrassien Antoine d’Allemand, construit en pierres sèches de Cabrières au col de Lagas près de Monieux. La hauteur de ce mur est de six pieds (1m95) par 2 pieds (0.65m) de large. Son but est d’empêcher toutes relations et communications entre le Comtat Venaissin et le Dauphiné encore épargné.

Au cours des recherches effectuées pour mon mémoire de fin d’année, j’ai été confrontée aux parcours des parents de Joseph PONS et de Delphine PEZIERE, mes ancêtres, ayant vécus à cette période et confrontés à cette épidémie dans deux villages proches du Mur.

 

Deux destins, deux villages voisins et pourtant deux juridictions : Les PEZIERE de Méthamis (les Métamies sur la carte de Cassini) dépendant du Comtat Venaissin, sous autorité papale et les PONS de Monieux (Monjeu sur cette même carte), appartenant au Comté de Sault sur le territoire des terres adjacentes de Provence.

Carte de Cassini

Vous retrouverez l’histoire des PEZIERE à travers le destin de Rose CARTOUX, mère de Delphine ici: https://nosabsentspresents.com/2018/05/08/une-femme-un-destin-rose-cartoux-1691-1761/

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Anthoine PONS (1688-1729) et Anne Marie CASTOR (1696-1768), ménagers, vivent à Monieux lorsque l’épidémie de peste se déclare. Dépendant du Comté de Sault, le village de Monjeu, tel qu’il est nommé du XVIIe au XIXe siècle, est cramponné au flanc sud-est du Mont Ventoux à 650m d’altitude.

Monieux

En mars 1721, les autorités pontificales et françaises mobilisent 500 hommes pour la construction de la ligne. Chaque village se voit assigner un nombre d’hommes et une quantité de matériaux à fournir. Sans aucun doute, Anthoine a participé aux travaux (Aucune liste d’hommes mobilisés dans les archives communales – AD Vaucluse, Monieux, GG 5-7). Le chantier était actif nuit et jour. Il avançait pourtant peu, les ouvriers n’étant guère payés. En mai, le travail fut réorganisé et les ouvriers mieux rétribués. Chaque communauté se voit attribuer la responsabilité de la construction d’un tronçon de mur. Un millier de soldats du Pape furent dépêchés sur place pour les encadrer. Fin juillet 1721, 27 km de murs en pierres sèches (sans mortier, selon une technique propre à la région) étaient achevés, augmentés de 40 guérites, de 50 corps de garde pour les sentinelles militaires affectées à la surveillance ainsi que 10 cabanes abritant les chevaux et les provisions.

Muraille restaurée avec guérite – photos ©altituderando.com

Il n’existe pas de registre indépendant où les morts de la Peste seraient enregistrés pour Monieux, contrairement à d’autres communes proches (St Saturnin lès Apt ou Apt par exemple). Les registres paroissiaux pour la période septembre 1720—décembre 1722  n’enregistrent pas de pics de décès particuliers, sauf pour les mois de septembre et octobre 1720 avec respectivement 6 et 9 décès, mais cela reste toujours cohérent avec la mortalité infantile et l’âge de « vieillesse » de l’époque. Le mur a donc bien protégé le village. On note même la naissance d’une fille du couple en janvier 1721, sans décès précoce, pourtant en pleine période de disette dans la région.

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L’épidémie s’éteint progressivement en Provence tandis qu’elle entre en Avignon en août 1721. La situation s’inverse alors et les troupes françaises remplacent les troupes pontificales en s’installant de l’autre côté du mur pour protéger le pays d’Apt enfin débarrassé du fléau. La peste s’étend à l’ensemble du Comtat et s’amplifie jusqu’en juillet 1722. Le Comtat se retrouve prisonnier de son propre mur. Isolé du reste de la Provence, les vivres manquèrent et la disette guettait les survivants. Toutefois il convient de noter que le cordon sanitaire fut souvent rompu, les troupes du régent étant incapables d’arrêter la contrebande.

L’épidémie s’éteignit progressivement à partir de septembre 1722. Fin février 1723, les lignes sanitaires sont levées et les troupes françaises quittent le pays.

Quel bilan retenir ? Cet épisode de Peste a fait près de 120 000 morts en Provence selon les comptes généraux tenus par l’administration dont 40 000 à 50 000 pour la seule ville de Marseille (Thierry Sabot, nos ancêtres et la peste). L’épidémie aurait tué environ 25% de la population du Comtat. Les communautés mettront des années à rembourser les emprunts contractés au cours de l’épidémie pour financer entre autres, la construction du mur, les vivres des troupes, le paiement des médecins et des remèdes, etc…

Le mur, appelé « ligne de la malédiction » par les habitants, laissé totalement à l’abandon à partir de 1723, est réhabilité en partie de nos jours grâce à l’association Pierres sèches en Provence (depuis 1986).

 

 

Pour en savoir plus:

Article publié le 8/07/2018 sur http://www.cosson-genealogieblog.fr/2018/07/08/le-mur-de-la-peste-par-aurelie-battu-peyron-travaux-detudiants/

 

#Généalogie30 Jour 3: Saison

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J’adore l’hiver! Son froid sec, l’air vivifiant. La plage l’été? Très peu pour moi, je préfère plutôt partir moins souvent en vacances mais m’évader en novembre ou février au Canada ou encore en Norvège. Bizarre pour une fille du Sud, non?

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L’hiver. Cette saison tant redoutée par nos ancêtres. Ils y étaient plus sensibles que nous, vivant directement au contact des éléments. Avec un peu de chance, nous pouvons trouver au fil des registres quelques curés bavards donnant des indices sur cette période.

Le grand hiver de 1709 est bien connu des historiens et des généalogistes. Comment en être autrement avec ses quelques 600 000 morts.

Un autre « grand hiver » avait marqué nos ancêtres dans les décennies précédentes. L’hiver 1693-1694, suivi d’une grande famine. La France d’alors, qui comptait près de 20 millions d’habitants, dénombra 1.300.000 personnes mortes de faim ou de froid, sans compter la mortalité « normale », selon l’historien Emmanuel Leroy-Ladurie. Triste époque…

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A Loisieux, petit village de Savoie, les chiffres sont édifiants:

famine Loisieux

Les ouailles du curé Gariod se tournent alors vers Dieu:

AD de Savoie – Loisieux 1694

Le septième février mil six cent quatre vingt quatorze, jour de dimanche et les deux jours suivans, nous avons fait des prières générales et donnés la bénédiction du St Sacrement pour demander à Dieu quil luy pleult appaiser le grand froid quil faisoit apprehendans que la gelé qui duroit si long temps ne gaste les arbres et les vignes et e(s)st ensuite de lordonnance de Monseigneur de Belley nostre evesque. Gariod curé

Photos: Fontaine du château de Saint Didier (Vaucluse) en février 2012

L’alphabétisation de la famille PONS #Généalogie30 Jour 2

En ce deuxième jour du Challenge30, j’ai longuement hésité entre vous présenter les plus belles signatures retrouvées au fil des actes (j’en fait la collection ^^) ou me pencher rapidement sur l’alphabétisation de la famille PONS. J’ai opté pour la seconde option. Il ne s’agit pas d’une grande étude, que j’espère mener ultérieurement, mais un petit aperçu des indications laissées par nos ancêtres.

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Les membres de la famille PONS étaient-ils instruits? Du moins, avaient-ils une éducation primaire? Savaient-ils lire ou à minima écrire?

La meilleure façon de procéder et d’ailleurs la seule que j’ai trouvée est de parcourir l’ensemble des actes de mariages et de naissance d’enfants de mes aïeuls. La signature et quelque fois la mention « sachant lire et écrire » me permettent de me faire une petite idée de l’alphabétisation des membres de mon arbre.  Mais quel niveau d’alphabétisation représente une signature? En sachant qu’un enfant est capable de reproduire quelques lettres, bien avant de savoir réellement lire ou écrire… Elle correspond au stade élémentaire.

La génération née sous Louis XIV semble avoir eu un peu d’éducation. Sur l’acte de mariage d’Anthoine PONS et d’Anne Marie CASTOR, le 5 décembre 1714, les signatures du marié, du père et du frère de la mariée sont inscrites en une écriture relativement fluide et peu hésitante.

Il y a une cassure pour les deux générations suivantes, contemporaines de Louis XV. Joseph et son fils Jean Joseph ne savent pas signer. Les données nationales à la veille de la Révolution donnent une alphabétisation de 47% pour les hommes et de 27% pour les femmes. Les parents de Jean François ne savent donc pas écrire, quant au père de Marie Anne, la graphie est hésitante, comparée à celle de ses enfants, qui semblent avoir bénéficié d’une éducation primaire, autant les garçons que les filles.

A partir de 1833, la loi Guizot impose aux villages de plus de 500 habitants d’ouvrir une école de garçons, et en 1836, propose à ces mêmes communes d’ouvrir une école pour filles. A cette date, Saint Saturnin lès Apt, village où les PONS sont établis compte 5 instituteurs: 1 communal, 2 instituteurs libres et 2 institutrices.

La Loi Falloux de 1850 oblige les villages de plus de 800 habitants à ouvrir une école pour filles. Le nombre d’instituteurs passe à 6 dont 1 institutrice et 2 religieuses.

Vers 1875, ces lois montrent des résultats probants puisque l’alphabétisation moyenne sera de 78% pour les hommes et de 66% pour les femmes. St Saturnin possède alors 7 instituteurs. En 1891, leur nombre grimpe à 10 (dont 5 femmes).

A la génération suivante, l’alphabétisation semble acquise.

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L’étude des signatures est passionnante et apporte son lot d’informations: émotion face au notaire ou devant le maire le jour des noces, vieillesse et fatigue sur un testament, alphabétisation, volonté de se démarquer par des fioritures ou encore lettres bâtons difficilement tracées. Laissons les nous parler….

Quand une donation dénoue un mystère généalogique … St Saturnin lès Apt-1837

En se penchant plus en détail sur les actes de baptême, de mariage ou de décès de nos ancêtres, nous pouvons déceler des liens profonds unissant parfois des familles, des amis. La recherche suivante en est l’exemple:

Dans un article précédent (quand un paysan provençal organise sa retraite), je vous ai détaillé les lots reçus par les différents enfants de Jean Joseph PONS. Le lot de sa fille ainée, Marie PONS, indique une rente.

Trouvant singulier que Marie soit un peu plus avantagée que sa sœur, j’ai effectué une recherche à propos du bail à ferme mentionné.

Je retrouve l’acte aux Archives Départementales du Vaucluse. Jean Joseph y apparaît comme le « donnataire » d’Anne JUSSIAN. Qui est cette Anne JUSSIAN et pourquoi a-t’-elle fait don de ce bail à Jean Joseph? Une rapide recherche dans les registres NMD de St Saturnin lès Apt m’indique qu’elle y est décédée le 4 octobre 1807 au hameau du Travignon.

 

  • Premier indice, Jean Baptiste CLEMENT et Jean Joseph PONS, ses voisins, sont les témoins sur son acte de décès.

  • Deuxième indice, son nom de famille, JUSSIAN, ne m’est pas inconnu puisqu’il est le même que celui de la belle-mère de Jean Joseph, Luce JUSSIAN. Serait-elle une parente? J’entreprends donc de remonter leurs arbres pour trouver un quelconque lien. Effectivement, elles sont cousines au sixième degré, ayant les mêmes arrières-grands-parents. Elles se marient d’ailleurs le même jour (5 mars 1764).

  • Troisième indice, une relecture des actes de baptêmes des enfants PONS me permet de dire que Marie PONS, fille de Jean Joseph, a pour marraine Anne JUSSIAN.

 

Il apparaît donc évident que ce bail à ferme, et la rente qu’il génère, est un cadeau d’Anne JUSSIAN à sa filleule Marie PONS. Jean Joseph, en tant que tuteur légal de sa fille en dispose. Marie récupère ce don lors de la donation de 1837.

Signature copie