12 juin 1944 – Le massacre de Valréas

maquis de provenceIl est connu que les trésors se cachent au fond des armoires. Il y a quelques jours, en rangeant la réserve de ma petite bibliothèque municipale, je suis tombée sur ce livre d’histoire locale. En ces temps de commémoration, je souhaite vous présenter un extrait concernant les évènements de Valréas. Attention, certains passages sont difficiles. Enfin, je précise que le texte ci-dessous est le point de vue de M. DURANDET sur ces évènements. D’autres sources ou témoignages, notamment ceux recueillis par l’association des familles de fusillés de Valréas apportent des éléments contradictoires. Blog de l’association des familles de fusillés de Valréas

Les Maquis de Provence – Christian DURANDET- 1974

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enclave ValréasLors du recensement de 1936, Valréas est une petite bourgade de 4 765 habitants. Avec trois autres communes du canton, Grillon, Richerenches et Visan, elles forment une enclave du Vaucluse en territoire drômois.

Libération de la ville

« Au soir du 7 juin 1944, les troupes alliées de débarquement se battent farouchement en Normandie. Après la confusion des premières heures et la contre-attaque allemande, il semble que le débarquement soit bien parti pour réussir.

C’est la raison qui pousse le Haut-Commandement Inter-allié à ordonner l’insurrection armée sur l’ensemble du territoire. Immédiatement répercuté, l’ordre arrive dans les villages, y compris dans le Nord-Vaucluse, région située aux contreforts du massif du Diois où l’activité des maquis a toujours été importante. De plus, ces sommets rocheux et boisés ne se trouvent qu’à quelques kilomètres du Vercors où les maquis sont parfaitement organisés et les contacts sont fréquents entre ces divers groupes.

Valréas est la ville la plus importante de la région. Il est donc décidé de libérer Valréas et, à l’aube du 8 juin, les groupes F.F.I. investissent la ville.

Les maquisards descendent par groupes de la montagne en chantant la Marseillaise. Certains sont en camions et brandissent d’immenses drapeaux tricolores. D’autres sont en voiture, mitraillettes au poing, le buste sorti par les portières. Certains encore arrivent à pied. Beaucoup sont très jeunes et tous rayonnent du même enthousiasme.

Les témoins racontent: Quand nous avons vu arriver les F.F.I. nous avons pensé que, cette fois, c’était vraiment la fin de la guerre. Les jeunes filles se précipitaient pour les embrasser, les vieux pleuraient de joie, les hommes les acclamaient. Oui, on pensait bien que c’était la fin.

Le premier groupe qui entre dans la ville se précipite vers la poste centrale. Sa mission est de couper totalement les communications téléphoniques et télégraphiques. En quelques minutes, le travail est fait. Valréas est désormais coupée du pays.

L’hôtel de ville est investi sans résistance et les maquisards y installent leur P.C. Pour l’instant, aucun coup de feu n’a été tiré mais il reste à se rendre maître de la gendarmerie où se sont retranchés les gendarmes et leurs chefs. Un responsable F.F.I. et deux hommes s’y rendent en parlementaires. Les gendarmes les laissent approcher sans tirer. Une fenêtre s’entrouvre au premier étage et l’adjudant de gendarmerie engage le dialogue:

– Qu’attendez-vous de nous? demande-t’-il au F.F.I

– Si vous déposez les armes, il ne vous sera fait aucun mal. Vous avez notre parole d’honneur et, de toute façon, vous n’avez pas le choix. Si dans cinq minutes vous ne sortez pas sans armes, nous donnons l’assaut. Vous savez bien que vous n’avez aucune chance et c’est inutile de verser du sang français en ce moment.

Deux minutes plus tard, à la file indienne, les gendarmes sortent les bras levés. Un groupe F.F.I vide la gendarmerie de ses armes et de ses munitions et les gendarmes sont priés de réintégrer leurs locaux et de ne pas en bouger jusqu’à nouvel ordre.

C’est ainsi qu’en moins d’une demi-heure, Valréas est libérée sans qu’aucun coup de feu n’ait eu à être tiré. Les maquisards sont maintenant les maîtres de la ville mais la position du maire, M. NIEL, est délicate. Jules NIEL est un patriote, et il approuve l’action des maquis. Pourtant son premier devoir est de penser à la sécurité des habitants et il se doute que les Allemands vont vouloir reprendre la ville. Il est décidé que la municipalité obéira aux ordres des F.F.I. mais que le commandement des maquis s’engage à n’autoriser aucune action isolée de partisan et, en cas de désobéissance, de la punir très sévèrement.

La première journée se passe en organisation nouvelle de la cité et la population encourage le Maquis en les acclamant et en faisant la fête. Au soir du 8 juin, Valréas a changé de visage, la guerre semble terminée pour ce petit morceau de France provençale. Ce soir, pas de couvre-feu, l’ambiance est à la fête.

Au matin du 9 juin, l’émotion que donne le premier frisson de liberté s’est un peu dissipée. Les questions sérieuses se posent: n’était-il pas trop tôt pour affronter ouvertement l’occupant? Ne valait-il pas mieux continuer les actions de harcèlement dans les maquis pour désorganiser l’armée allemande? Finalement, devait-on libérer Valréas?

Malheureusement les jours qui suivent vont répondre tragiquement à toutes ces questions.

Valréas

La Contre-attaque allemande

La première précaution des F.F.I. est de défendre la ville en dressant des barrages importants sur toutes les routes d’accès.

Une première attaque allemande se heurte au barrage de la route qui vient de Visan. Sous le feu nourri du Maquis, les forces allemandes doivent se replier. Même les chars ne peuvent franchir les défenses qui ont été dressées avec l’aide de la population et l’Allemand préfère économiser ses troupes d’assaut.

Après quelques heures d’accalmie, la riposte allemande viendra du ciel. Les premiers bombardiers en piqué Messerschmidt font leur apparition, venant des bases de Visan et de Montélimar. La précision du tir est remarquable et les barrages souffrent énormément. Les maquisards comprennent qu’un grand dispositif de riposte est en place et qu’ils finiront par céder sous le nombre et la puissance de feu de l’ennemi. Ils décident pourtant de continuer à tenir leurs positions.

Les journées du 10 et du 11 juin leur donnent raison. Les bombardiers se succèdent mais les remparts tiennent et l’attaque des troupes de choc n’est toujours pas possible.

Reprise de la ville par les Allemands

C’est le 12 juin à midi que le drame se noue. Le commandement allemand a réussi à utiliser une ligne téléphonique remise en état. Un responsable F.F.I. prend la communication. L’Allemand parle un excellent français et ses menaces sont précises:

A partir de l’heure qui suit, nous arrêterons les bombardements des barrages. Nous allons par contre, procéder au bombardement intensif de la ville et à sa destruction complète. Nous vous promettons qu’il ne restera plus âme qui vive à Valréas. Si les barrages sont enlevés, les troupes reprendront possession de la ville. Sinon, le bombardement commencera dans la minute suivante jusqu’à la destruction complète de la ville et nous ne tolérerons la survie d’aucun habitant.

La discussion qui suit à l’Hôtel de ville est dramatique. Il est bien évident que les Allemands ne bluffent pas. De plus, les forces du Maquis ne sont pas assez importantes. A 12h30, les maquisards décident d’abandonner la ville. A 13 heures précises, plus de 2000 Allemands encerclent Valréas. Ils ont un armement lourd et une brigade blindée est venue renforcée la puissance de feu des auto-mitrailleuses et des armes lourdes.

Quelques maquisards ont décidé de mourir sur place et de défendre l’accès à la ville. Ils sont exterminés par la ruée des blindés. Les groupes de maquis ont réussi à fuir et prennent le chemin de la montagne. Il ne reste aucun combattant à Valréas.

Mais les Allemands sont déchainés. Ils tirent des centaines de rafales d’armes automatiques dans les rues. Aucune vitre ne reste en place. Ils enfoncent les portes à coup de pied et tirent dans les maisons. Tous les habitants visibles sont la cible des tueurs déchainés. Il se trouve même parmi les Allemands un détachement de la division S.S. Charlemagne, français qui ont choisi l’uniforme tête de mort. Ils s’interpellent en français et lancent des injures aux femmes avant de les cribler de balles. (FAUX selon l’association – participation de la Wehrmarch et de la 8e compagnie Bradenbourg, et non des SS.)

Le courage du maire va calmer la démence des Allemands et des S.S. français pendant quelques minutes. Le maire donne sa parole qu’aucun « terroriste » n’est dans la ville. Il demande pitié pour les habitants qui n’y sont pour rien. Le commandement allemand déclare qu’il va réfléchir et, pendant une heure, la fureur des occupants semble se calmer. Les habitants recommencent à prendre espoir mais ce n’est qu’un sursis.

Le massacre

Le commandant allemand convoque à nouveau le maire

Rassemblez tous vos administrés sur la place de la ville à 17 heures. Demandez à tous les hommes valides de se munir de leur papier d’identité, de leur livret militaire et de leur livret de famille. Dites-leur également que toutes les issues de la ville sont bouclées et que ceux qui voudraient s’enfuir seront abattus sans sommation. Ordonnez enfin de laisser toutes les portes des maisons ouvertes.

A 17 heures, la population est réunie autour du dôme à musique. La place est noire de monde. Le commandant allemand est déchainé et hurle des insultes qu’un français en uniforme allemand traduit avec autant de vigueur. Pendant ce temps, les troupes patrouillent dans la ville et enfoncent les portes des maisons qui, contrairement aux ordres, sont fermées et massacrent systématiquement les habitants. Même les malades et les vieillards tombent sous les balles.

Au fond de sa grange, le père Ulysse, un retraité de 72 ans, dort dans son foin. Sa maison est un peu à l’écart du village et il ne s’est pas rendu compte de ce qui arrivait. Une patrouille allemande investit la ferme. Les hurlements le réveillent en sursaut et il se précipite les mains levés. S.S. français éclatent de rire en voyant sa panique. Pour « s’amuser », l’un d’eux tire une rafale qui lui brise les deux jambes puis, un autre l’achève d’une balle dans la tête.

Pendant ce temps, le commandement allemand termine sa harangue sur la place centrale de Valréas. Le S.S. français poursuit sa traduction:

Nous allons être humains avec la bande de cochons que vous êtes. Nous n’allons pas vous égorger les uns après les autres comme vous le méritez. Et puis ce serait trop dégoûtant de patauger dans votre sang de porcs. Si jamais vous abritez encore des terroristes dans votre ville, il ne restera plus une pierre l’une sur l’autre. Pour cette fois, nous allons juste vous donner un petit exemple de ce qui vous attend.

Cinquante-trois habitants vont faire les frais de cette leçon de l’occupant (27 résistants et 26 habitants selon l’association). Les Allemands ont ramassé au hasard des hommes qu’ils préféreraient ne pas abattre sur place. Tous les prétextes sont bons pour faire parti du lot. L’un n’a pas répondu très poliment (ou bien l’Allemand n’a pas compris ce qu’il disait), un autre revenait de la chasse portant un fusil et n’a pas réussi à prouver qu’il n’était pas un terroriste. Et puis quelques F.T.P. qui se repliaient sur Beaumes ont été pris. Ces 53 hommes traversent la ville devant la population encadrée par des centaines de soldats en arme.

C’est le mur de la maison Clarice qui est choisi pour l’exécution des otages. Les 53 hommes sont groupés au pied du mur. La population est obligée d’assister au massacre. Le maire a le courage d’intervenir une dernière fois. C’est un marchandage tragique où il essaie de sauver quelques hommes et qui va se prolonger pendant les deux heures qui ont dû paraitre des années à ceux dont on jouait la vie à pile ou face. Le maire ne réussira à sauver que 2 hommes, l’ancien instituteur M. Louis DIAGE et Antoine MACELON, un ouvrier maçon.

Les 51 restants sont toujours massés contre le mur de la maison Clarice. Le commandant commence lui même le carnage. Il dégaine son pistolet et tire une balle sans viser au milieu du groupe. Il se garde bien de donner l’ordre d’ouvrir le feu au peloton d’exécution. Il tourne des talons et va prendre un verre au café de la place. Puis il revient et finit son chargeur, toujours sans viser, dans la masse humaine rassemblée devant le mur.

Certaines femmes veulent se sauver et ne pas en voir plus. Elles sont ramenées à coups de crosse dans les reins à l’endroit réservé aux « spectateurs ». L’une d’elles tend son bébé à bout de bras et demande pitié pour son mari. Le commandant allemand appuis en riant le canon de son arme sur la tempe du bébé et presse la détente. L’arme est vide et seule le bruit du percuteur claque dans le silence de la foule pétrifiée. Les soldats éclatent de rire devant la plaisanterie de leur chef. La femme serre son enfant indemne contre elle et prend place avec les autres habitants en face du mur. Elle adresse un dernier signe de la main à son mari et attend. Désormais plus personne ne dira un mot et le tragique spectacle va pouvoir commencer.

L’un après l’autre, les soldats tirent dans le groupe. Les hommes tombent les uns sur les autres. L’un deux entonne la Marseillaise. On évite de l’achever tout de suite. Les militaires tirent sans ses mains, dans ses bras et dans ses jambes. L’homme reste debout de longues minutes et continue de chanter. Il ne sera pas achevé et devra attendre pour mourir de s’être entièrement vidé de son sang.

L’un d’eux s’est agenouillé et prie. Il aura plus « de chance » et une balle bien ajustée perce son front. il mourra sans souffrance.

L’insoutenable spectacle va durer pendant encore deux heures. les Allemands prennent leur temps et vont boire un verre entre chaque chargeur. Les habitants doivent rester sur place et assister jusqu’à la fin. Plusieurs femmes s’évanouissent.

rescapés ValréasLes survivants

Quelques condamnés, dans un dernier défi, essaient de se relever. D’autres cherchent à se faire une place sous le tas de cadavres et d’agonisants. Cinq d’entre eux réussiront à se faire un bouclier avec les corps de leurs camarades. Ils seront gravement blessés mais quatre pourront être sauvés.

Entre temps, beaucoup des 2000 soldats se sont lassés de ce jeu; Ils ont préféré partir  en exploration dans les rues de la ville déserte. Ils se livrent au pillage méthodique des maisons et mettent ensuite le feu aux habitations.

Quand le soir du 12 juin tombe sur Valréas, la lumière des incendies fait danser sur le mur sinistre de la maison Clarice les ombres des condamnés, les habitants rescapés sont enfin autorisés à quitter la place.. Les Allemands se font servir copieusement dans les restaurants ou les maisons particulières et s’endorment.

Le commandant a laissé une garde au pied du mur d’exécution. Pendant une heure ou deux, les sentinelles se sont encore amusées à tirer quelques balles dans le tas de cadavres puis, lassées, sont également parties se coucher.

Pas très loin de là, les pompiers de Valréas ne dorment pas. Ils ont essayé pendant la soirée d’éteindre les incendies allumés par les Allemands mais ils ont vite été débordés par le nombre. Ils ont sauvé ce qu’ils pouvaient et ils préfèrent veiller pour intervenir dès qu’un soldat un peu éméché allumera un nouvel incendie.

L’un d’eux a une idée: Si nous faisions une patrouille en uniforme, nous pourrions expliquer que nous veillons en cas d’incendie. Nous en profiterions pour passer près du mur et voir s’il y a des survivants.

L’idée est acceptée et, sous la conduite de leur adjudant, les pompiers partent dans la nuit. La ville a retrouvé un semblant de calme. Seuls quelques soldats ivres tirent au hasard sur des chats ou des chiens égarés.

Enfin le groupe des pompiers atteint le mur de la maison Clarice. Il n’y a pas de sentinelle en vue et les allemands préfèrent éviter le lieu de leur exploit de l’après-midi. Un à un, les pompiers retournent les cinquante et un corps. Ils sont largement récompensés car cinq ont un reste de vie. Ils les emportent dans la nuit en rasant les murs et entrent dans l’hôpital par une porte dérobée. l’interne de garde accepte de les cacher dans une pièce du grenier et de les soigner. Avec ses infirmières, il se dépensera sans compter et réussira à sauver quatre d’entre eux.

Mais le commandant des pompiers se rappelle que l’officier allemand responsable du massacre a soigneusement noté le nombre d’otages qu’il avait décidé de massacrer. Il est à peu près certain qu’il va faire son compte au petit matin et qu’il sera fou de rage en constatant que cinq de ses victimes ont disparu.

Après quelques minutes de discussion, le jeune médecin est également persuadé que ce vol de rescapés va entrainer un nouveau massacre pour le matin. Le médecin a une idée. Il propose de remplacer les 5 otages manquants par les corps de résistants abattus dans l’après-midi et placés à la morgue.

Les heures suivantes vont donner raison au médecin et au commandant des pompiers. Comme prévu, le lendemain matin, le premier travail de l’officier allemand est de recenser ses victimes. Grâce à la présence d’esprit des pompiers et du jeune médecin, il a son compte.

Le mur de la maison Clarice se contentera de ses cinquante deux morts. « 

Mur de Valréas

Extrait du livre Les maquis de Provence – Christian DURANDET éditions France Empire 1974

 

Pour aller plus loin:

L’association des familles de fusillés de Valréas a publié un livre en 1981

Kléber CONSTANTIN ou « l’Homme à la barbe d’abeilles »

Champs de lavandes à St Christol

Ce billet est né d’une ballade sur la trace de mes ancêtres Joseph PEYRON et Mélanie VIAL, originaires de St Christol, dans le Vaucluse.

St Christol d’Albion, situé sur le plateau du même nom, à 11km de Sault, possède une économie essentiellement tournée vers le tourisme et l’agriculture (lavande, épeautre, production de miel…). En 1965, ce petit village isolé devint un des endroits les plus secrets de France en accueillant sur ses terres une base de Force Aérienne Stratégique et l’implantation de missiles stratégiques à fusées nucléaires, base fermée en juin 1999.

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carte

 

Au détour d’un champ de lavande familial, mon père m’apprend que lorsque son père était adolescent, après la seconde guerre mondiale, il venait travailler avec un apiculteur prénommé Kléber et qu’il a toujours eu pour lui une admiration profonde. Imaginez-vous que ce Kléber avait sa photo dans le dictionnaire…

Comme beaucoup de familles d’agriculteurs de Vaucluse, les PEYRON diversifiaient leurs activités. Propriétaires de terres et de vergers sur St Saturnin lès Apt, la famille s’occupaient également de la récolte de lavandes sur les terres de St Christol héritées du côté paternel.

La promenade continue et nous arrivons au petit cimetière communal. A la recherche de tombes familiales, je suis surprise par la photo d’un disparu : il s’agit de Kléber CONSTANTIN.

Tombe de Kléber CONSTANTIN

 

Acte de naissance – AD Vaucluse – St Christol

Kléber Alexis Bertin CONSTANTIN nait à St Christol d’Albion le 29 mars 1901.

Ses parents, Alexis Fortuné et Julia Célesta ESCOFFIER tiennent la boulangerie du village. Son père, un homme grand par sa taille pour l’époque (1.79m sur sa fiche matricule), était un homme respecté puisqu’il   deviendra Maire du village. 

Kléber a une sœur, Fernande, née en mars 1904, qui sera institutrice, et un frère, Marceau, né en 1918, qui deviendra un peintre reconnu.

Contrairement à ce que j’ai pu lire sur internet, Kléber n’est pas issue d’une famille d’immigrés grecs.

Ascendants de Kléber CONSTANTIN

 

Famille CONSTANTIN – Document du Musée Marceau CONSTANTIN

Ses parents décèdent peu de temps après la naissance de Marceau. Kléber et Fernande prennent en charge leur jeune frère et décèlent rapidement le potentiel artistique du jeune homme. Kléber lui présente des artistes régionaux de renom, tel Eugène MARTEL et les frères AMBROGIANI. Marceau s’installe à Paris afin de se perfectionner dans les Arts Plastiques. 

Kléber, de son côté, choisi de rester au village et s’installe comme apiculteur. Il obtient un diplôme de l’École supérieure d’apiculture de Paris. Apiculteur breveté, une correspondance entre Kléber et la direction de son école ainsi que divers documents le concernant sont archivés aux AD du Val de Marne (côte 172J2), documents que n’ai pas pas pu consulter. Kléber a mis au point de nombreux outils utiles à l’apiculture.

 

 

 

 

 

fiche matricule

Fiche matricule de Kléber – Classe 1921 matricule 1550 – Bureau d’Avignon

Comme tous les jeunes hommes de sa génération, Kléber est appelé sous les drapeaux pour effectuer son service militaire. D’abord ajourné en 1921 puis en 1922 pour musculature insuffisante, Kléber est jugé apte au service armé en mai 1923 et intègre le 6e groupe cycliste de Lyon. Démobilisé le 7 mai 1924, il rejoint son domicile à St Christol.

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Rappelé à l’activité militaire le 3 septembre 1939 à l’âge de 38 ans, Kléber est brièvement intégré au 203e régiment d’infanterie avant que la commission de réforme de Troyes l’affecte aux services auxiliaires de la 15e section COA (commis et ouvriers d’administrations) en décembre 1939 à cause de ses bronchites chroniques avec asthme. Il est ensuite affecté à la station des magasins de Châtres (Aube) dépendant de la 8e section COA en février 1940.

 

 

L’Allemagne commence l’invasion du territoire français le 10 juin. Ensuite tout va très vite. Sous la menace, le 11 juin le gouvernement français fuit de Paris. Le 13 juin, les allemands entrent dans l’Aube où est stationné Kléber, après avoir franchi la Seine. Le 14 juin, les troupes allemandes défilent à Paris sur les Champs-Élysées. Ce même jour, Kléber est fait prisonnier avec sa section.

Liste officielle des prisonniers français au 7 décembre 1940

Entrée du Stalag IV B – Wikipédia

Kléber est envoyé au Stalag VI B, situé à Mühlberg, à 48 km de Dresde, sous le matricule 61 492. Il y reste n an avant d’être rapatrié le 29 juillet 1941 en vertu d’un accord libérant les hommes malades, invalides ou âgés de plus de 41 ans. Kléber est démobilisé le 30 septembre et se retire à St Christol.

 

 

 

 

De retour à la vie civile, Kléber retrouve ses activités dans sa miellerie. La guerre n’est pas loin. St Christol est une place forte du Maquis du Ventoux à partir de l’hiver 1942-1943. Les Habitants aident de nombreux réfugiés d’Alsace-Lorraine et fournissent de faux papiers et une aide matérielle aux jeunes hommes réfractaires au STO. De nombreux résistants périrent pour leurs actes de bravoure.

Atelier de Kléber

Une fois la guerre finie, la vie reprend son rythme. Dans son atelier boutique, Kléber est un des premiers à produire de la gelée royale dans la région. Les souvenirs de mon grand père datent de cette période. Voisins de terres de Kléber, chemin de Brouville, lorsque mes arrières grands parents allaient cueillir les lavandes avec leurs fils sur une période s’étendant de début juillet à mi-aout, la famille s’installait dans leur maison de village, Grand Rue, voisine également de celle de Kléber

Amis, les longues soirées d’été se terminaient autour d’un verre d’hydromel, boisson à base d’eau et de miel fermenté, produite par Kléber. Lors de ces réunions amicales, sous les yeux ébahis des enfants, Kléber plaçait délicatement la reine des abeilles dans une petite cage sous sa gorge. L’essaim suivait sa reine et donnait l’illusion d’une barbe.

Le reste de sa vie reste plus mystérieuse pour moi étant donné que les liens entre Kléber et ma famille se sont un peu distendus. Une fois mes arrières arrières grands-parents décédés, au début des années 60, les terres de St Christol seront délaissées. Kléber restera célibataire toute sa vie et décédera au village en 1986.

Le frère de Kléber, Marceau, reviendra à St Christol  en 1981 après une belle carrière parisienne et y décèdera en janvier 2017. Un musée dédié à son œuvre  voit le jour en 2009. 

Réclame pour la gelée royale KLEBER toujours « visible » à St Christol

Merci à Didier, Jean Pierre et Bérangère pour leurs souvenirs et leurs participations.

Pour en savoir plus: