1/7 – Les Poilus de St Saturnin lès Avignon et de Jonquerettes – classes 1893 à 1900

L’association de généalogie de St Saturnin lès Avignon vous propose de découvrir le parcours des poilus de notre paisible village provençal. Voilà des semaines que nous sommes sur leurs traces, de leur départ sur le Front, les accompagnant dans l’enfer des tranchées jusqu’à leurs derniers instants, au combat ou sur un lit d’hôpital. Bien entendu, les hommages nationaux se multiplient avec le centenaire de l’Armistice. Toutefois nous vous proposons de mettre en avant « nos » 48 poilus, en les présentant des classes les plus âgées aux plus jeunes. St Saturnin et Jonquerettes, ils y sont nés, ou y ont résidé. Ils y ont joué enfant, dans nos cours d’école, y ont emprunté nos rues ou travaillé dans nos champs, ont participé à la vie de notre village avant le Grand départ depuis la gare d’Avignon. Ils ont laissé derrière eux des enfants, des épouses, des parents. Leurs histoires sont les nôtres, il y a tout juste 100 ans. 

Aurélie BATTU, Régine CONFALONIERI et Jean Louis CRAPONNE

1er épisode: des classes 1893 à 1900. CEBE Gabriel, ESTEVENIN Camille Marius, JACOMET Adrien, ROUX Auguste, GALLON Victor et MEYER Paul

 

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Classe 1893 : CEBE Gabriel, mort à 45 ans

CEBE GabrielCEBE Gabriel, fils de Justin Nicolas et d’Eugénie REQUIN nait à St Saturnin le 11 mai 1873. Cultivateur, il épouse le 4 juillet 1903 Augustine TALON (1881-1957) au Pontet. En 1911 Gabriel et sa femme vivent quartier des Grès dans la maison paternelle avec sa mère Eugénie, et la famille de son frère ainé Albert (réformé).

A la mobilisation générale, Gabriel incorpore brièvement le 118e Régiment d’Infanterie Territorial d’Avignon avant de rejoindre le 315e RIT en mars 1915. Il passe ensuite au 90e RIT en juin 1917.

Gabriel est tué par un éclat d’obus le 1er juin 1918 sur la côte 240 au Sud Ouest de Vrigny (Marne), vraisemblablement lors de « l’offensive Blüncher » qui avait débutée le 27 mai.

Tout d’abord inhumé à Sainte Euphraise (Marne), son corps sera rapatrié et enterré dans le cimetière de St Saturnin le 22 mars 1922.

Matricule 1468—Bureau d’Avignon—Mort pour la France—Son nom est inscrit sur le monument aux morts de St Saturnin, la plaque commémorative de la mairie et le livre d’or de la commune.

 

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Classe 1895: ESTEVENIN Camille Marius, mort à 40 ans

ESTEVENIN Camille Marius est né le 21 septembre 1875 à St Saturnin. Fils d’Anicet Célestin et d’Henriette LEGUES, il est cultivateur et épouse Madeleine Marie GARRIGUES à Morières lès Avignon le 19 octobre 1898. Le ménage s’y installe et aura 5 enfants: Marcel (1899), Gaston (1901), Gaston (1901), Marcelle (1904), Lucien Louis (1908) et Yvonne (1912).

A la mobilisation générale, Camille intègre brièvement le 118e RI avant de passer au 353e RI en octobre 1914.

Posté avec son régiment dans le secteur du Bois-le-Prêtre, en Meurthe et Moselle, Camille participe à plusieurs assauts qui se soldent par des échecs sanglants. Le 19 avril, 250 hommes de la 5e compagnie du 2e bataillon du 63e RI, combattants dans le même secteur, épuisés après un premier hiver difficile, refusent de suivre leur capitaine pour quitter les tranchées pour un nouvel assaut meurtrier. 5 hommes passent immédiatement en conseil de guerre et 4 sont fusillés « pour l’exemple » le lendemain.

Camille aurait été tué quelques jours après cet épisode,  le 28 avril 1915 dans ce secteur selon sa fiche matricule, bien que le journal de marche de son régiment n’indique aucune perte ce jour là.  Son corps est inhumé en la nécropole nationale du Pétant (Montauville—Meurthe et Moselle).

Matricule 71 —Bureau d’Avignon—Mort pour la France– Son nom figure sur le monument aux morts et livre d’or de Morières lès Avignon

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Classe 1897: JACOMET Adrien Jean, mort à 37 ans

JACOMET Adrien Jean, fils d’Honoré et de Louise SUGUET, frère de Gustave est né à Châteauneuf de Gadagne le 8 octobre 1877. Agriculteur, il épouse Émilie SESTIER le 16 juin 1900 à St Saturnin. En 1903, la famille vit à Jonquerettes, quartier de la Sacristie, lors de la naissance de Jeanne.

Rappelé à l’activité à la mobilisation générale, il intègre le 134e régiment d’Infanterie territoriale en octobre 1914. Adrien décède le 29 décembre 1914 à l’Hôpital de Nancy d’une maladie contractée aux Armées. Il sera enterré dans le carré militaire du cimetière de Nancy Sud (tombe individuelle 627).

Matricule 488 —Bureau d’Avignon—Mort pour la France—Son nom est inscrit sur le monument aux morts de St Saturnin, la plaque de la mairie ainsi que sur le livre d’or de la commune.

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Classe 1898: ROUX Auguste Marius, mort à 38 ans

ROUX Auguste Marius, fils d’Hippolyte Louis et de Joséphine ANGLES, est né à Châteauneuf de Gadagne le 17 mai 1877. En 1898, il vit avec sa mère, veuve à Jonquerettes, puis après son mariage le 1er mars 1905 avec Henriette CEBE (1882-1962), Auguste vit chez ses beaux-parents quartier de la Déserte.  Leur fille Joséphine nait en avril 1906.

A la mobilisation générale, Auguste intègre le 118e Ri d’Avignon avant de passer brièvement au 27e RI en octobre 1914. Il incorpore ensuite le 134e RI. Auguste contracte une maladie en service et décède à l’ambulance de Commercy (Meuse) le 8 janvier 1915.

Matricule 339—Bureau d’Avignon—Mort pour la France— Son nom est inscrit sur la plaque commémorative de la mairie de Jonquerettes et sur le livre d’or de la commune

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Classe 1899: GALLON Victor Marius, mort à 36 ans

GALLON Victor Marius, fils de Jean Louis Charles et de Marie Agnès BLANC, est né à St Saturnin le 27 septembre 1879.  Ouvrier papetier, il épouse Estelle VILLAIN (1891-1918) à Merrey-sur-Arce dans l’Aube le 27 avril 1908 où il vit depuis 1906.  Le couple a deux petites-filles, Louise Marie, née en mars 1909 et Raymonde née en octobre 1910.

Lors de la mobilisation générale, il rejoint le 21e régiment d’infanterie.  Victor est tué le 11 mai 1915 lors de violents corps à corps au combat de Notre Dame de Lorette. Son épouse, infirmière, est tuée lors d’un bombardement à Troyes. Elle sera elle aussi reconnue « Morte pour la France », à l’âge de 27 ans. Leurs deux petites filles seront élevées par leur grand mère maternelle.

Matricule 1443—Bureau d’Avignon– Son nom est inscrit sur l’anneau de la mémoire de ND de Lorette, sur les monuments aux morts de St Saturnin et de Merrey-sur-Arce (Aube), tout comme sur les livres d’or des deux communes ainsi que sur la plaque commémorative de la mairie de St Saturnin.  Le nom de son épouse est également noté sur le monument aux morts de Merrey.

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Classe 1900: MEYER Paul Hubert, mort à 35 ans

MEYERMEYER Paul Hubert, fils d’Hubert et de Philippine TEYSSERRE, est né à St Saturnin le 30 juin 1880. Sa famille s’installe à Orange lorsque Paul est enfant. A 19 ans, il s’engage volontairement pour 4 ans dans l’Armée et intègre le 11e régiment de Dragons. Après son temps de service, Paul vit sur Paris puis à Villosanges (Puy de Dôme) où il épouse Jeanne MONTEL en 1904, avant de s’installer avec sa femme et son fils né en 1907 à Orange.

Lors de la mobilisation générale en aout 1914, il est d’abord affecté au 15e escadron du train des équipages avant de rejoindre le 2e régiment de marche du 1er corps étranger de Lyon.

Le 9 mai 1915, son régiment subi une terrible hécatombe à Neuville St Waast:

Le 9 mai 1915 à 10 heures, après une faible préparation d’artillerie, les bataillons C,D, A et B se lancent successivement à l’assaut. Les effectifs engagés sont de 75 officiers et 3 822 hommes de troupes.

En 1h30 de combat, le régiment parvient à remporter tous ses objectifs et atteint finalement la route de Béthune puis la côte 140. Par manque de renfort, il ne parvient à se maintenir que deux heures sur ce dernier objectif et est contraint de se replier sur la côte 123 qu’il tiendra jusqu’à sa relève le lendemain matin. Les pertes lors de l’affrontement sont considérables: 1889 hommes, soit près de 50% des effectifs sont hors de combat, tués ou disparus.

Paul, sérieusement blessé, est fait prisonnier. Interné, il décède de ses blessures  à l’hôpital de Cologne le 25 mai 1915. Sa famille, sans nouvelles, demande des renseignements auprès de la Croix Rouge (fiche).

« Brave légionnaire, mort pour la France le 25 mai 1915 des suites de ses glorieuses blessures reçues en se portant à l’assaut des ouvrages blancs » ordre du 24 mai 1922

Matricule 39—Bureau d’Avignon—Mort pour la France -Inscrit au tableau spécial de la médaille militaire à titre posthume. Son nom figure sur le monument aux morts de Villosanges et sur le livre d’or de cette commune

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A suivre …

4 novembre 1918: il y a 100 ans, Claire Béatrix PONS succombait à la grippe espagnole

 

 

 

Claire Béatrix PONS, mon arrière arrière grand-mère, nait le 1er février 1875 à St Saturnin lès Apt, ferme de Garbis. Elle est la fille ainée de Joseph et de Marie Rose PONS, cultivateurs dont les familles sont établies au village depuis plusieurs générations.

Claire rencontre Philippe BOURGUE, ferblantier d’Apt, probablement lors du mariage de sa cousine Rose GAILLAC (elle même voisine de Philippe) à Marseille le 25 juin 1903. Ils se marient à Apt le 9 novembre 1907. Claire est alors âgée de 32 ans. Depuis l’abandon du costume traditionnel vers les années 1880, la mariée était vêtue d’une robe blanche, la tête couverte d’un voile retenu par une couronne de fleurs d’orangers, qui était ensuite conservée sous un globe dans la chambre à coucher des époux.

Rue des Marchands, Apt – 1905

Après leur mariage, le couple s’installe au n°5 rue des marchands à Apt, où Philippe possède son atelier de ferblanterie. Leur fille Marie Rose naît peu de temps après, le 23 septembre 1908. Le couple mène une vie confortable de commerçants.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Claire et Fortuné avant la Guerre

Fortuné PONS, frère de Claire, célibataire, est mobilisé le 3 aout 1914. Alors âgé de 38 ans, il intègre le 118e Territorial d’Avignon. Philippe, né en 1864 et âgé de 50 ans échappe à la mobilisation.

 

 

 

 

 

 

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La fin de l’année 1918 apporte un soulagement quant à la fin imminente de la guerre. Mais au même moment, une épidémie meurtrière sévit en Provence, (et pas seulement), épidémie arrivée en France avec les troupes américaines selon toute vraisemblance et qui se propagea rapidement à toute l’Europe.

Alors que les pays belligérants avaient établi un « black-out » sur l’épidémie pour ne pas alarmer les populations, l’apparition de la maladie à Barcelone en mai et juin, puis bientôt dans toute l’Espagne, pays non touché par la guerre, ne fut pas dissimulée par la presse, qui révéla que le roi et la plupart de ses ministres étaient atteints. Ainsi, les journaux français parlaient de la « grippe espagnole » qui faisait des ravages en Espagne sans mentionner les cas français qui étaient tenus secrets pour ne pas faire savoir à l’ennemi que l’Armée française était affaiblie. Ce fut la raison pour laquelle cette épidémie fut alors connue dans le monde sous le nom injustifié de « grippe espagnole ».

Nombre de décès grippaux pour 10 000 hab. (sept 1918—avril 1919)

L’épidémie commence fin août, sévit durant l’automne et décline en décembre. Le pic de la mortalité est atteint mi-novembre. Bien que la famille PONS – BOURGUE ait été relativement épargnée par la Grande Guerre puisqu’elle ne compte aucun décès dans les tranchées, elle est toutefois atteinte par l’épidémie.

Est-ce,  comme me l’a rapporté Marie Rose Bourgue, son père qui l’aurait amené dans ses bagages en revenant de la foire de Marseille, ou bien la proximité avec certains voisins malades, ou encore, et c’est bien plus plausible, Fortuné, tombé malade dans les tranchées comme indiqué sur sa feuille matricule sans indication de la maladie, envoyé se faire soigner dans son foyer, les hôpitaux militaires étant submergés ?  En effet, la grippe espagnole touche beaucoup les soldats, victimes épuisées par près de 4 ans de combat dans les tranchées. La grippe aurait touché 402 000 soldats de septembre à novembre, et la mortalité aurait été de 30 282 cas soit 7.5%.

Le 29 septembre 1918, Fortuné est évacué malade (il ne retournera dans son unité que le 4 décembre, après l’Armistice).

Claire et Marie Rose tombent malades à leur tour. Un petit lit est installé dans la chambre parentale et les deux malades, côte à côte sont soignées avec les remèdes du temps. La maladie commençait de façon très classique, après une courte incubation de 24 à 48h, par une hyperthermie brutale atteignant souvent 40°C ou plus, des céphalées, des courbatures, des frissons et une rhinopharyngite. Les formes bénignes se limitaient à ces symptômes. Mais pour d’autres patients, des manifestations pulmonaires graves s’installaient rapidement, parfois dès les premières 24h, voire même avant les signes typiques de la grippe, ce qui rendait le diagnostic difficile. Une atteinte rénale sévère, des signes cérébraux, somnolence ou délire, étaient fréquents. L’état de Claire empire et elle décède le 4 novembre 1918 à l’âge de 43 ans. Alitée près d’elle, Marie Rose, âgée de 10 ans, en réchappera, mais restera marquée à vie par cet épisode.

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Les réactions de l’opinion publique, sont restées longtemps étonnamment discrètes. Aucune panique comme celles qu’avaient provoquées les épidémies de choléra du siècle précédent, pourtant moins mortifères. Il est vrai que le public était peu informé de l’extension et de la gravité de la maladie puisque les journaux avaient l’ordre de ne pas en parler. Les familles s’inquiétaient beaucoup plus des risques que couraient les maris et les fils sur le front. Et puis l’Armée allemande était en repli sur tous les fronts et l’on entrevoyait la fin de la guerre. Les bonnes nouvelles occultaient les mauvaises. Ainsi, le 6 juillet 1918, les lecteurs du Matin pouvaient se réjouir car les français avaient un nouvel allié. « En France, (la grippe) est bénigne ; nos troupes, en particulier, y résiste merveilleusement. Mais de l’autre côté du Front, les Boches semblent très touchés. Est-ce le symptôme précurseur de la lassitude, de la défaillance des organismes dont la résistance s’épuise ? Quoi qu’il en soit, la grippe sévit en Allemagne avec intensité. »

Quel bilan ? 1 milliard de malades, 20 à 40 millions de morts à travers le monde, près de 408 000 victimes en France. C’est dans le quart Sud Est de la France que la grippe sévit le plus durement. Les statistiques préfectorales indiquent que le département voisin des Hautes Alpes fut le plus touché avec 101 décès pour 10 000 habitants. Retenons qu’en quelques mois, la pandémie fit plus de victimes que la Première Guerre Mondiale.

Décès grippaux pour 10 000hab/département (sept 1918-avril 1919)

Acte de décès de Claire PONS

Pour en savoir plus:

– Une tragédie dans la tragédie, la grippe espagnole en France (avril 1918-avril 1919) https://www.persee.fr/doc/adh_0066-2062_2001_num_2000_2_1982

1918. Du deuil national à la mémoire locale – St Saturnin lès Avignon

Dans le cadre de recherches sur les poilus de St Saturnin lès Avignon (Vaucluse) par l’association de généalogie locale dont je suis membre, la mairie nous a ouvert les portes de leurs archives. Nos recherches nous permettent de retrouver un dossier très instructif concernant le monument aux morts et les attentes de la population.
Tout d’abord, quelques chiffres sur l’impact de la Grande Guerre à St Saturnin : sur une population de 1281 personnes en 1911, plus de 300 hommes ont été mobilisés, 45 poilus nés ou domiciliés dans la commune en 1914 ont été tué et 33 noms sont inscrits sur le monument aux morts communal. Pourquoi une telle différence ? Pour être inscrit sur le monument aux morts et sur le livre d’or d’une commune, il fallait soit y être né, soit y avoir été domicilié à la déclaration de la guerre et être reconnu « Mort pour la France ». De nombreux soldats ont pu être inscrits dans plusieurs villages et d’autres furent oubliés. Notons le cas d’un poilu non mort pour la France mais inscrit sur le monument du village.

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Le monument aux morts
La décision de construire un monument aux morts n’est pas une obligation légale pour les municipalités. Toutefois, face à l’élan collectif des citoyens et surtout face au traumatisme d’un conflit sans précédent, les communes, même les plus modestes, se décident à honorer leurs soldats et leurs sacrifices, qui ne peuvent être traités de manière anonyme.  Il en résulte que ces monuments honorent les combattants plus que la Victoire en elle-même.
La réalisation d’un cénotaphe (monument mortuaire n’abritant aucun corps) obéit à une procédure administrative stricte. Après la désignation d’un Comité qui a en charge le choix du sculpteur et la collecte des fonds, le projet de construction doit faire l’objet d’une délibération du conseil municipal. Celle-ci est soumise à l’approbation préfectorale. Le projet doit ensuite recevoir l’accord d’une commission d’examen créée au niveau départemental pour veiller à l’esthétique des projets. Les archives municipales de St Saturnin conservent les courriers de chaque étape.
L’été 1919 est une période de transition, comme tout lendemain d’armistice. Bien que les classes 1912-1913 soient démobilisées à cette période, les classes suivantes ne regagneront leurs foyers qu’en 1920-1921. Et pourtant, le travail de mémoire s’organise déjà.
Deux semaines après la signature effective du traité de Versailles (28 juin 1919), le défilé du 14 juillet est l’occasion de rendre hommage à l’ensemble des troupes françaises et alliées qui ont combattu ensemble pendant le conflit. La première manifestation officielle se déroule le dimanche 13 juillet après midi. Les maréchaux Pétain, Joffre et Foch reçoivent des épées et des fourragères sont distribuées à quelques régiments.
Ce même jour à 16h, se tient à St Saturnin une séance du Conseil municipal durant laquelle l’ouverture des souscriptions est décidée ainsi que la création d’un comité composé de 7 délégués. Lors de ce même conseil municipal est voté un budget de 500F pour l’érection du monument.
Aux enfants de la Commune tombés au champ d’Honneur. M. Guichard, conseiller municipal remplissant les fonctions de Maire de la Commune déclare que pour honorer la mémoire des enfants de la Commune tombés pour la France, le Conseil Municipal a tenu à faire appel à tous ses administrés dans le but d’organiser une manifestation en vue d’aller déposer au cimetière une palme à l’endroit même où sera érigé le monument commémoratif.
Pour couvrir les frais de l’érection de ce monument, le Conseil vote la somme de 500 francs et décide que les personnes qui auront mission de recevoir les souscriptions seront prises en dehors de l’Assemblée communale et désigne à cet effet les personnes ci-après : Fournion, curé, Kierren, chef de gare, Chauvet, directeur des écoles laïques, Beynet, retraité, Pellen, retraité, Valentin, directeur de l’usine de Gromelle. Les fonctions de trésorier seront dévolues à M. Pangon, receveur des Postes de la Commune. 

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St Saturnin lès Avignon le 16 juillet 1919.  
Monsieur et cher concitoyen,
J’ai l’honneur de vous informer que par décision du Conseil Municipal en date du 13 juillet dernier, vous êtes désigné pour recueillir le montant des listes de souscription ouvertes en vue de l’érection d’un monument aux enfants de la Commune tombés au Champ d’honneur. J’ose espérer que vous daignerez accepter la mission qui vous est confiée, ce dont je suis personnellement très heureux. Veuillez agréer, Monsieur et cher concitoyen, l’assurance de mes meilleurs sentiments.
P. le Maire A. Guichard 
Ensuite, peu après 17h, un cortège officiel conviant les présidents de secours mutuels, les fonctionnaires, les combattants revenus du Front et les familles des poilus décédés se rendent au cimetière afin d’y déposer une palme à l’endroit où sera élevé le monument commémoratif.
C’est avec une tristesse profonde et une grande émotion que je me fais un devoir à cette heure tant au nom de la Commune qu’au nom du Conseil Municipal de venir honorer de vos regrets et des nôtres l’installation provisoire où se dressera le monument commémoratif des enfants tombés en héros durant la guerre 1914 à 1918. Ces enfants ont accompli un acte de patriotisme et de civisme dont le pays et la France entière ont à vous remercier. Par cette première manifestation qui a en son retentissement dans toutes les communes de France, nous venons établir d’une façon définitive une tradition qui est digne de rester dans nos mœurs, parce qu’elle s’inspire de cette haute conception de solidarité qui veut que les liens toujours plus étroits unissent non seulement les vivants entre eux mais encore les vivants aux morts, pour que le patrimoine du présent et de l’avenir soit riche de tout l’acquis du passé. Les générations qui nous suivent arriveront à se rappeler que c’est dans une même vénération de ceux qui furent, à une époque bien douloureuse de bons citoyens et de bons soldats. C’est aussi la raison pour laquelle le nom de ces héros seront gravés sur une plaque à seule fin que le souvenir glorieux en soit perpétué. Puisse l’évocation de ces souvenirs, puissent les regrets que ces enfants emportent avec eux, adoucir le chagrin des nombreuses familles victimes de cette maudite guerre. Au nom de la Commune, au nom du Conseil Municipal, j’adresse à ces « Morts glorieux » un suprême adieu. 
La mairie dispose d’une enveloppe réglementée. En effet, la loi de finances du 31 juillet 1920 fixe les conditions des subventions accordées par l’État pour aider les communes à financer les monuments aux morts. Des barèmes sont établis, accordant une subvention proportionnelle au nombre de poilus décédés par rapport à la population communale de 1914. Dans le cas de St Saturnin, en se basant sur le recensement de 1911 (1281 habitants), les poilus décédés reconnus Morts pour la France (32) représentent 2.5% de la population totale. La mairie accorde une subvention de 500 F.
Les souscriptions sont ouvertes à la population à partir du 20 juillet 1919. Le maire écrit lui-même aux st saturninois ne résidant plus sur la commune, pour leur faire part du projet et demander des dons. Des lettres sont adressées à Oran, Béthune, Paris, Eyragues…
Monsieur et cher compatriote,
Un groupement s’est formé à St Saturnin lès Avignon pour élever un monument à nos compatriotes morts pour la Patrie et aux combattants de la grande Guerre. Ce groupement fait appel à la générosité de tous ceux qui comme vous, n’ont pas oublié leur petite patrie ou ont des biens d’affectation dans notre cher St Saturnin. Nous venons donc solliciter votre participation à cette œuvre dont le but est de perpétuer le souvenir de nos glorieux héros. Ce monument rappellera aux générations futures la vaillance et le courage de leurs ainés. Persuadé que, fidèle au souvenir de ceux que nous pleurons et admirons, vous répondrez à notre appel, nous vous adressons d’avance nos plus sincères remerciements.
Ainsi, contrairement à ce que nous pouvons penser, les monuments aux morts ont été largement financés par la population. En ce qui concerne St Saturnin, 360 donateurs ont participé au projet avec des dons à la hauteur de chacun, allant de quelques centimes à plusieurs centaines de francs (le directeur des Papeteries Chancel – Gromelle, adresse un don de 1000 francs dès le 12 aout 1919).

Le Comité approche dans un premier temps un groupement d’artistes composé de l’architecte Selvais, du peintre CAZOT et du sculpteur Honoré qui propose la réalisation d’un monument pour la somme de 5500 F.
Le monument d’une hauteur de 4m et d’une largeur à la base de 3.50 sera exécuté en pierre dure du pays ; les frises, tableaux et motifs décoratifs seront en céramique de couleur posée au ciment dans la pierre préalablement défoncée. Les fondations en béton de cailloux et mortier de chaux hydraulique reposeront sur le bon sol naturel supposé à 0.50 de profondeur. La décoration céramique étudiée spécialement pour le monument comportera des guirlandes et couronnes de feuillage enrubannés, des attributs militaires, casque, médaille militaire, croix de guerre et de la légion d’honneur, 1 tableau céramique avec inscription des noms des héros tombés au champ d’honneur. Une inscription dédicace, ainsi que celle indiquant, s’il y a lieu, les noms des organisateurs, sera également appliquée sur le monument.  Le monument pourra être complétement exécuté pour une somme approximative de cinq mille cinq cents francs (5500). Un projet définitif sera exécuté, avec les modifications que les organisateurs pourraient éventuellement demander, ainsi que les inscriptions qui doivent y figurer, et le montant des dépenses arrêté à son exacte valeur suivant les prix du pays, matériaux et ouvrages. 
Paris le 8 novembre 1919
Aucun document dans les archives municipales n’indique la raison de l’abandon de ce projet.
Le comité se rapproche ensuite du sculpteur d’origine anglaise Vernon BLAKE (1875-1930), ancien directeur de l’Académie anglaise à Rome, installé aux Baux de Provence, auteur de plusieurs monuments aux morts dans le département voisin des Bouches du Rhône (Eyragues, Maussane les Alpilles) et qui réalisera par la suite les monuments aux morts de Plan d’Orgon et de Lauris (Vaucluse).
Un devis en date du 2 mars 1921 détaille son projet : Sculpture d’une figure de militaire (1m80) ; piédestal conformément à la maquette, béton, pierre et toutes fournitures ; gravure de 33 noms et prénoms, pose béton etc. Cinq mille trois cents neuf francs 85 cents Il est entendu que le sculpteur recevra en plus le montant de la subvention du Conseil Général (500F) portant le total à 5809F 85 cts.
La silhouette du soldat a été réalisée à partir d’une photo d’un poilu st saturninois blessé en juillet 1918, Gaston Lassia.

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Une fois le projet choisi par le Comité, la procédure administrative suit son cours. Le Maire adresse un courrier au Préfet en date du 20 février 1921
Monsieur le Préfet, Au nom de la municipalité, j’ai l’honneur de solliciter l’autorisation d’élever sur le territoire communal un monument commémoratif aux soldats de la commune morts pour la Patrie. L’emplacement choisi est la petite place qui est devant la Mairie. Le sculpteur choisi est Monsieur Vernon Blake, ancien directeur de l’Académie anglaise à Rome, et dont plusieurs monuments aux Morts ont été acceptés dans le département de Vaucluse ? (Maussane, Eyragues). Le monument est une figure de « Poilu » en ronde bosse avec son piédestal. Sont uniquement gravés, sans aucun signe, les noms des morts et l’inscription : Morts en défendant la France. Le total des frais est entièrement couvert par une souscription publique : 4809F 85 cts et un crédit au budget communal 500F soit 5309.85F.
Le dossier passe alors devant une commission préfectorale, chargée notamment de veiller au respect de la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État, interdisant d’apposer des signes religieux sur les monuments ou emplacements publics, à l’exception des édifices du culte, des cimetières ou des monuments funéraires. En Vaucluse, cette commission  est composée de 8 membres dont le peintre avignonnais Claude FIRMIN, 2 professeurs de dessin, 1 conservateur de musée et 1 architecte.  Le dossier de St Saturnin reçoit un avis favorable après examen et discussion des croquis le 23 avril 1921.
Dès l’annonce de l’acceptation du projet, le Maire demande au Conseil Municipal de désigner un nouvel emplacement pour l’élévation du Monument. Initialement prévu au cœur du cimetière, comme annoncé lors du discours du 13 juillet 1919, le choix se porte finalement sur une place située face à l’entrée de la Mairie, le long de la route principale traversant le village. Les raisons de ce changement d’emplacement ne sont pas connues. Cette décision est vivement critiquée par les familles de poilus, non consultées, qui envoient au Maire une pétition. Devant leur mobilisation, une enquête est menée afin de mesurer l’impact financier du retrait de leur soutien. Devant leurs faibles donations (132F), le choix du Conseil municipal est maintenu. Le monument sera bien élevé face à la mairie. Ambiance….

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Les soussignés ; Pères, Mères, frères ou parents de nos chers Morts de la grande guerre avons le regret d’exposer à Monsieur le Maire et à tous les membres du Comité du Monument à élever à la gloire de nos héros de St Saturnin, qu’ils auraient dû être consulté sur l’emplacement à désigner pour recevoir le dit monument. Ils ont appris par la rumeur publique qu’il a été question d’élever ledit monument sur une place publique de St Saturnin, emplacement qui ne convient pas du tout au plus près intéressés et aux soussignés. Le cimetière seul lieu de repos, de solitude et de prières conviendrait parfaitement à recevoir ce monument qui en doit être inauguré que pour perpétuer la mémoire et le sacrifice de nos soldats disparus. Les soussignés protestent donc énergiquement et de toute la force de leur cœur meurtri, sur la désignation d’une place publique comme emplacement à recevoir le monument en question et espèrent que le Comité comprenant leur réclamation et y faisant droit, voudra bien revenir sur sa première détermination. Ils doivent y ajouter que si leur demande n’était pas écoutée, ils se croiraient dispensés d’ores et déjà d’assister à la cérémonie de l’inauguration. Les soussignés saluent respectueusement Monsieur le Maire et tous les membres du Comité et apportent leurs signatures ci-dessous.
Le monument aux morts de St Saturnin lès Avignon est inauguré le dimanche 17 juillet 1921 à 16h, sur la place devant la mairie. Outre la population locale, sont invités les sénateurs radicaux Louis Serre et Louis Tissier, les députés Louis Guichard (radical), Édouard Daladier (radical, président du Conseil en 1933-1934/ 1938-1940), Isidore Méritan (indépendant) et Alexandre Blanc (socialiste). Le monument sera déplacé dans les années 2000 sur une autre place du village, à l’est, pour plus de commodités.

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Le livre d’or
Par la loi du 25 octobre 1919, « relative à la commémoration et à la glorification des morts pour la France au cours de la Grande guerre », l’État lance le projet d’un Livre d’or comprenant les noms de tous ces héros anonymes, qui serait déposé au Panthéon. Le ministère des Pensions, nouvellement créé, est chargé d’établir, à partir du fichier existant, la liste officielle des Morts pour la France de chaque commune. Ils sont adressés en 1929 à chaque maire pour vérification et amendement, d’où de nombreux échanges de courrier, un flou certain existant quant aux personnes qui devaient être mentionnées sur ces registres : devaient-ils être natifs de la commune, y demeurer lors de la mobilisation ?
Le Ministre des pensions à Monsieur le Maire
J’ai l’honneur de vous rappeler que la loi du 25 octobre 1919 a ordonné le dépôt au panthéon de registres contenant les noms des militaires Morts pour la France pendant la guerre 1914-1918. Cette loi a également prévu la remise à chaque commune de France, d’un Livre d’Or de ces militaires qui sont nés dans cette commune ou qui y résidaient à la mobilisation.
Mon Administration Centrale ayant terminé les travaux préparatoires que nécessitait l’application de cette loi, il me parait utile, avant d’établir ces registres, de vous communiquer la liste des militaires de votre commune qui doivent y être inscrits
J’appelle votre attention sur ce fait, que seuls les noms des militaires morts au cours de la guerre, c’est à dire entre le 2 août 1914 et le 24 octobre 1919 et dans les conditions prévues par la loi du 24 octobre 1922, qui règle le droit à la mention « Mort pour la France », sont appelés à figurer sur cette liste.
Pour le cas où il vous apparaîtrait qu’elle présentât des erreurs ou des lacunes, je vous serais très obligé de vouloir bien me la renvoyer, avec vos observations accompagnées des considérations particulières qui vous sembleraient de nature à les justifier.
Si au contraire cette liste ne devait pas comporter d’observations, il vous suffirait de me le faire connaitre en me la renvoyant.
Pour le Ministre et par son ordre
Toutefois, les décalages entre les noms figurant sur les monuments aux morts et ceux des Livres d’or proviennent du fait que la liste du ministère est établie en 1929 alors que les monuments aux morts ont presque tous été érigés entre 1920 et 1925. Ainsi, une liste de 28 noms est établie pour St Saturnin, datée du 6 novembre 1929. Deux poilus, non-inscrits sur le monument aux morts figurent sur cette liste. Sept poilus ne sont pas mentionnés sur cette liste mais sont inscrits sur le monument aux morts. Plusieurs raisons à cela : pour six de ces poilus, leurs noms figurent sur les livres d’or de leurs communes de résidence en 1914. Pour le septième, décédé d’une maladie non contractée en service en octobre 1918 (probablement de la grippe espagnole), la mention « Mort pour la France » lui est refusée.
En 1935, la présentation matérielle du futur Livre d’or est fixée : 120 volumes devaient être imprimés en plusieurs exemplaires, dont un serait déposé au Panthéon. Les contraintes budgétaires, puis le début de la Seconde Guerre mondiale, mirent fin au projet, en laissant subsister la documentation préparatoire.
Les plaques commémoratives

Plaque commémorative – mairie de St Saturnin lès Avignon

Après une énième refonte des listes, les noms absents sur le monument aux morts n’ont pas été gravés. Pour pallier à ce manque, une plaque commémorative a été installée dans l’escalier principal de la mairie à une date inconnue.
Concernant la plaque de l’église, les archives conservées en l’église communale nous ont été refusées d’accès. Il nous est donc impossible de connaitre les donateurs ni la date d’installation. Les deux poilus BOYER et BERUD sont originaires de deux communes voisines, sans doute ajoutés sur cette plaque par leurs familles résidant à St Saturnin.

 

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Au lendemain de ce conflit sans précédent, il apparaît donc que le désir de commémorer les victimes est nécessaire pour la population. Dans l’ensemble, les cérémonies et les monuments sont dus à des initiatives spontanées, peu encadrées par l’État, qui tente malgré tout de contrôler le mouvement d’édification de monuments par la mise en place d’une législation. Ces commémorations permettent à la population de maitriser ce traumatisme collectif, que renvoie à chaque instant le cas des mutilés, veuves et orphelins de guerre. Le deuil est une expérience intime, mais dans le cadre de la Grande Guerre, il ne peut s’accomplir sans lien avec les autres, sans la reconnaissance du sacrifice ultime du proche pour défendre la Patrie. Les commémorations apparaissent donc comme une étape dans la reconstruction personnelle et dans le deuil collectif. Le monument aux morts se situe à la jonction de la sphère individuelle et de la sphère collective, sujet a de vastes débats dont St Saturnin n’a pas échappé.
Enfin, précisons qu’il aura fallu attendre un décret du 24 octobre 1922 pour que le 11 novembre, date de l’Armistice, devienne un jour de fête nationale.
récapitulatif

Poilus de St Saturnin lès Avignon

Pour en savoir plus :
– le site de M. Perdiguier, http://village.saintsaturninlesavignon.com/monument.html
Comment sortir de la Guerre ? Deuil, mémoire et traumatisme (1870-1940) Stéphane TISON, PUR Rennes 2011

 

 

Les papeteries de Gromelle

Vue générale de l’usine

batiments gromelle sans continentale noms

Dimanche dernier, j’ai enfin pris le prétexte d’une balade à vélo pour aller photographier l’ancienne usine de Gromelle, à quelques kilomètres de mon domicile.

Le site de Gromelle, situé à cheval sur les communes de Vedène et de St Saturnin-lès-Avignon, est considéré comme l’un des sites industriels les plus anciens de Vaucluse. En effet, la proximité du cours d’eau de la Sorgue, via le canal de Vaucluse, a permis très tôt l’installation d’une activité industrielle sur le site de Gromelle, patronyme connu dès le XIIe siècle. Plusieurs activités se sont succédées sur ce site : moulin à blanchir les toiles au XIVe siècle, papeterie au XVIIe siècle, moulin à blé, et fabrique de poudre de garance de la fin du XVIIIe siècle à 1865. En 1835, une ordonnance royale (sous le règne de Louis Philippe) autorise les sieurs Poncet à convertir le moulin à farine faisant partie de leur usine de Gromelle, situé sur le canal de Vaucluse et à remplacer les deux roues horizontales de ce moulin par deux roues à aubes verticales (source : bulletin des lois 1er semestre 1835). Les recensements entre 1836 et 1851 ne font pas mention d’activités industrielles. La population est largement composée de cultivateurs et de journaliers. Pourtant l’ère industrielle pénètre les campagnes françaises et le recensement de St Saturnin pour l’année 1856 (et uniquement dans celui-ci) mentionne de nombreux garanciers. La production de garance, trop chère, est rapidement abandonnée. en 1865, une reconversion industrielle des moulins s’opère et le site de Gromelle, racheté par les industriels marseillais Chancel père et fils, redevient une usine de papeterie. D’ailleurs le Vaucluse compte 13 papeteries en 1867. Les Chancel sont déjà propriétaires de la papeterie d’Albergaty sur la commune voisine d’Entraigues. Les industriels placent à sa direction Louis Antoine Frian FAVIER (1823-1888) puis son fils Louis François (1846-). Ce dernier dépose en mai 1885 un brevet pour 15 ans concernant un système de raffineur méthodique pour pâtes à papier.

Cadastre napoléonien

Ailleurs en France, les employés des papeteries sont très largement fournis par les campagnes environnantes de l’usine. Dans le Vaucluse, département agricole, la plupart des ruraux gagnent suffisamment et estiment avoir assez à faire de s’occuper de leurs terres pour ne pas aller compléter leurs revenus à l’usine. Aussi, bien que disséminées en pleine campagne à l’écart des agglomérations, les fabriques de papier des bords de la Sorgue ont embauché beaucoup d’étrangers à partir des années 1910 (¼ d’italiens dans le cas de Gromelle en 1911). La main-d’œuvre rurale tient encore la première place. Cela signifie que la plus grande partie du personnel est formée de paysans, presque tous propriétaires, qui continuent de s’occuper très activement des travaux de la terre. L’influence de la loi de huit heures a encore accentué cette tendance, puisque les paysans peuvent disposer à leur gré des deux tiers de la journée, surtout lorsque leur faction ne les immobilise à l’usine qu’entre 20h et 4 heures. L’ouvrier papetier reste un propriétaire exploitant. Et lorsque l’on a affaire à de véritables salariés industriels, on voit souvent les patrons essayer de créer en eux cet état d’esprit paysan, et de leur donner cette situation de petit propriétaire, en leur cédant des maisons, des jardins, de vrais champs. Ainsi est créé le hameau de Gromelle, réunissant des maisons d’ouvriers et une école libre mixte dès 1867.

Les graphiques ci-dessous mettent en lumière une partie des effectifs de l’usine résidant sur les communes de St Saturnin et de Vedène pour les années 1906-1911.

Certains des employés de l’usine reçoivent des médailles d’honneur en récompense de leur ancienneté et de la qualité de leur travail.

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Lors de la première guerre mondiale, en me basant sur les recensements de 1911, l’usine a vu 19 de ses ouvriers mobilisés. 5 ont été gravement blessé et 4 ont été tué au Front.

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Le site de Gromelle n’est pas épargné par les accidents. Un incendie se déclare dans la nuit du 17 mai 1878 et détruit une partie de la fabrique de papiers peints de Gromelle. Les secours n’ont pu être portés immédiatement, par crainte de l’explosion de l’usine à gaz. Les tuyaux ont pu être heureusement coupés et le sinistre circonscrit.

L’Ouest éclair – 4 aout 1933

L’usine est également le théâtre d’un terrible accident le 3 aout 1933.

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En février 1983, les employés rachètent leur usine et créent une coopérative. La papeterie cesse définitivement son activité en juillet 2013.

Pour en savoir plus:

  • L’industrie de la papeterie dans le Sud-Est de la France article de Raoul Blanchard, 1926 dans la revue de Géographie Alpine
  • Vidéo du site postée par Guifeme en mars 2016 https://www.youtube.com/watch?v=IaScImfl1Wk

{ Le Mur de la Peste }

Avez-vous déjà entendu parler du Mur de la Peste ? Bien connu des vauclusiens, ce mur édifié lors de l’épisode de la Peste de Marseille a eu l’ambition d’être une ligne sanitaire, un rempart pour limiter la propagation de cette terrible épidémie.

Carte extraite du Pays d’Apt malade de la Peste – tracé de la ligne et du mur entre le pays d’Apt et le Comtat

Je ne reviendrais pas sur les circonstances bien connues de l’arrivée de la Peste à Marseille via le voilier trois-mâts « Grand Saint Antoine » en juin 1720.

Le 14 février 1721, la décision est prise par les autorités pontificales d’établir une ligne sanitaire commune entre la France et le Comtat pour protéger Avignon. Il convient de noter que c’est à la demande du Royaume de France et cette intervention de l’État est la première du genre dans une crise sanitaire. Notons également que Le régent Philippe n’est pas mécontent d’imposer sa volonté au pape Grégoire XI sur les terres du Comtat.

Muraille restaurée – photo ©altituderando.com

Concrètement, la ligne était composée d’un fossé de six pieds (1,95m) de large et de profondeur entre Saint Ferréol (près de Mérindol) et Cabrières, et d’un mur de 30 km conçu par l’architecte carpentrassien Antoine d’Allemand, construit en pierres sèches de Cabrières au col de Lagas près de Monieux. La hauteur de ce mur est de six pieds (1m95) par 2 pieds (0.65m) de large. Son but est d’empêcher toutes relations et communications entre le Comtat Venaissin et le Dauphiné encore épargné.

Au cours des recherches effectuées pour mon mémoire de fin d’année, j’ai été confrontée aux parcours des parents de Joseph PONS et de Delphine PEZIERE, mes ancêtres, ayant vécus à cette période et confrontés à cette épidémie dans deux villages proches du Mur.

 

Deux destins, deux villages voisins et pourtant deux juridictions : Les PEZIERE de Méthamis (les Métamies sur la carte de Cassini) dépendant du Comtat Venaissin, sous autorité papale et les PONS de Monieux (Monjeu sur cette même carte), appartenant au Comté de Sault sur le territoire des terres adjacentes de Provence.

Carte de Cassini

Vous retrouverez l’histoire des PEZIERE à travers le destin de Rose CARTOUX, mère de Delphine ici: https://nosabsentspresents.com/2018/05/08/une-femme-un-destin-rose-cartoux-1691-1761/

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Anthoine PONS (1688-1729) et Anne Marie CASTOR (1696-1768), ménagers, vivent à Monieux lorsque l’épidémie de peste se déclare. Dépendant du Comté de Sault, le village de Monjeu, tel qu’il est nommé du XVIIe au XIXe siècle, est cramponné au flanc sud-est du Mont Ventoux à 650m d’altitude.

Monieux

En mars 1721, les autorités pontificales et françaises mobilisent 500 hommes pour la construction de la ligne. Chaque village se voit assigner un nombre d’hommes et une quantité de matériaux à fournir. Sans aucun doute, Anthoine a participé aux travaux (Aucune liste d’hommes mobilisés dans les archives communales – AD Vaucluse, Monieux, GG 5-7). Le chantier était actif nuit et jour. Il avançait pourtant peu, les ouvriers n’étant guère payés. En mai, le travail fut réorganisé et les ouvriers mieux rétribués. Chaque communauté se voit attribuer la responsabilité de la construction d’un tronçon de mur. Un millier de soldats du Pape furent dépêchés sur place pour les encadrer. Fin juillet 1721, 27 km de murs en pierres sèches (sans mortier, selon une technique propre à la région) étaient achevés, augmentés de 40 guérites, de 50 corps de garde pour les sentinelles militaires affectées à la surveillance ainsi que 10 cabanes abritant les chevaux et les provisions.

Muraille restaurée avec guérite – photos ©altituderando.com

Il n’existe pas de registre indépendant où les morts de la Peste seraient enregistrés pour Monieux, contrairement à d’autres communes proches (St Saturnin lès Apt ou Apt par exemple). Les registres paroissiaux pour la période septembre 1720—décembre 1722  n’enregistrent pas de pics de décès particuliers, sauf pour les mois de septembre et octobre 1720 avec respectivement 6 et 9 décès, mais cela reste toujours cohérent avec la mortalité infantile et l’âge de « vieillesse » de l’époque. Le mur a donc bien protégé le village. On note même la naissance d’une fille du couple en janvier 1721, sans décès précoce, pourtant en pleine période de disette dans la région.

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L’épidémie s’éteint progressivement en Provence tandis qu’elle entre en Avignon en août 1721. La situation s’inverse alors et les troupes françaises remplacent les troupes pontificales en s’installant de l’autre côté du mur pour protéger le pays d’Apt enfin débarrassé du fléau. La peste s’étend à l’ensemble du Comtat et s’amplifie jusqu’en juillet 1722. Le Comtat se retrouve prisonnier de son propre mur. Isolé du reste de la Provence, les vivres manquèrent et la disette guettait les survivants. Toutefois il convient de noter que le cordon sanitaire fut souvent rompu, les troupes du régent étant incapables d’arrêter la contrebande.

L’épidémie s’éteignit progressivement à partir de septembre 1722. Fin février 1723, les lignes sanitaires sont levées et les troupes françaises quittent le pays.

Quel bilan retenir ? Cet épisode de Peste a fait près de 120 000 morts en Provence selon les comptes généraux tenus par l’administration dont 40 000 à 50 000 pour la seule ville de Marseille (Thierry Sabot, nos ancêtres et la peste). L’épidémie aurait tué environ 25% de la population du Comtat. Les communautés mettront des années à rembourser les emprunts contractés au cours de l’épidémie pour financer entre autres, la construction du mur, les vivres des troupes, le paiement des médecins et des remèdes, etc…

Le mur, appelé « ligne de la malédiction » par les habitants, laissé totalement à l’abandon à partir de 1723, est réhabilité en partie de nos jours grâce à l’association Pierres sèches en Provence (depuis 1986).

 

 

Pour en savoir plus:

Article publié le 8/07/2018 sur http://www.cosson-genealogieblog.fr/2018/07/08/le-mur-de-la-peste-par-aurelie-battu-peyron-travaux-detudiants/

 

Quand un juif se convertit au catholicisme – Monieux 1709

Contexte: Monieux, situé dans le comté de Sault, en Provence, est un village voisin du Comtat Venaissin, territoire où les « juifs du pape » sont autorisés à vivre.

ad monieux 1709-oct 1711 juif baptisé à 19ans
AD de Vaucluse, paroisse catholique de Monieux, BMS 1709- octobre 1711 p 5/21

Le dix neuf may (1709) a esté baptizé Esperit Joseph agé d’anviron dix neuf ans jadis Juif quil habitoit a la ville de Carpantras après avoir été instruit pandant deux mois dans la religion catholique apostolique roumaine et obtenu la permission de Monseigneur l’évêque de Carpantras comme il ap(arait) par la commission signée de sa propre main en date du dix huit du mesme mois et faict toutes les seremonies requises suivant le rituel romain. Son parrain a esté Monsieur Esperit de Bernardy, conseiller du Roy, trésorier général de France. Sa marraine demoiselle Elisabeth de Bernardy. Le tout faict et proclamé. Les témoins Vincens et Jean Labourel.

 

*Esprit Bernardy, vicomte de Valernes, fut trésorier général de France en Provence pendant 32 ans.

Pour en savoir plus:

L’alphabétisation de la famille PONS #Généalogie30 Jour 2

En ce deuxième jour du Challenge30, j’ai longuement hésité entre vous présenter les plus belles signatures retrouvées au fil des actes (j’en fait la collection ^^) ou me pencher rapidement sur l’alphabétisation de la famille PONS. J’ai opté pour la seconde option. Il ne s’agit pas d’une grande étude, que j’espère mener ultérieurement, mais un petit aperçu des indications laissées par nos ancêtres.

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Les membres de la famille PONS étaient-ils instruits? Du moins, avaient-ils une éducation primaire? Savaient-ils lire ou à minima écrire?

La meilleure façon de procéder et d’ailleurs la seule que j’ai trouvée est de parcourir l’ensemble des actes de mariages et de naissance d’enfants de mes aïeuls. La signature et quelque fois la mention « sachant lire et écrire » me permettent de me faire une petite idée de l’alphabétisation des membres de mon arbre.  Mais quel niveau d’alphabétisation représente une signature? En sachant qu’un enfant est capable de reproduire quelques lettres, bien avant de savoir réellement lire ou écrire… Elle correspond au stade élémentaire.

La génération née sous Louis XIV semble avoir eu un peu d’éducation. Sur l’acte de mariage d’Anthoine PONS et d’Anne Marie CASTOR, le 5 décembre 1714, les signatures du marié, du père et du frère de la mariée sont inscrites en une écriture relativement fluide et peu hésitante.

Il y a une cassure pour les deux générations suivantes, contemporaines de Louis XV. Joseph et son fils Jean Joseph ne savent pas signer. Les données nationales à la veille de la Révolution donnent une alphabétisation de 47% pour les hommes et de 27% pour les femmes. Les parents de Jean François ne savent donc pas écrire, quant au père de Marie Anne, la graphie est hésitante, comparée à celle de ses enfants, qui semblent avoir bénéficié d’une éducation primaire, autant les garçons que les filles.

A partir de 1833, la loi Guizot impose aux villages de plus de 500 habitants d’ouvrir une école de garçons, et en 1836, propose à ces mêmes communes d’ouvrir une école pour filles. A cette date, Saint Saturnin lès Apt, village où les PONS sont établis compte 5 instituteurs: 1 communal, 2 instituteurs libres et 2 institutrices.

La Loi Falloux de 1850 oblige les villages de plus de 800 habitants à ouvrir une école pour filles. Le nombre d’instituteurs passe à 6 dont 1 institutrice et 2 religieuses.

Vers 1875, ces lois montrent des résultats probants puisque l’alphabétisation moyenne sera de 78% pour les hommes et de 66% pour les femmes. St Saturnin possède alors 7 instituteurs. En 1891, leur nombre grimpe à 10 (dont 5 femmes).

A la génération suivante, l’alphabétisation semble acquise.

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L’étude des signatures est passionnante et apporte son lot d’informations: émotion face au notaire ou devant le maire le jour des noces, vieillesse et fatigue sur un testament, alphabétisation, volonté de se démarquer par des fioritures ou encore lettres bâtons difficilement tracées. Laissons les nous parler….

Quand une donation dénoue un mystère généalogique … St Saturnin lès Apt-1837

En se penchant plus en détail sur les actes de baptême, de mariage ou de décès de nos ancêtres, nous pouvons déceler des liens profonds unissant parfois des familles, des amis. La recherche suivante en est l’exemple:

Dans un article précédent (quand un paysan provençal organise sa retraite), je vous ai détaillé les lots reçus par les différents enfants de Jean Joseph PONS. Le lot de sa fille ainée, Marie PONS, indique une rente.

Trouvant singulier que Marie soit un peu plus avantagée que sa sœur, j’ai effectué une recherche à propos du bail à ferme mentionné.

Je retrouve l’acte aux Archives Départementales du Vaucluse. Jean Joseph y apparaît comme le « donnataire » d’Anne JUSSIAN. Qui est cette Anne JUSSIAN et pourquoi a-t’-elle fait don de ce bail à Jean Joseph? Une rapide recherche dans les registres NMD de St Saturnin lès Apt m’indique qu’elle y est décédée le 4 octobre 1807 au hameau du Travignon.

 

  • Premier indice, Jean Baptiste CLEMENT et Jean Joseph PONS, ses voisins, sont les témoins sur son acte de décès.

  • Deuxième indice, son nom de famille, JUSSIAN, ne m’est pas inconnu puisqu’il est le même que celui de la belle-mère de Jean Joseph, Luce JUSSIAN. Serait-elle une parente? J’entreprends donc de remonter leurs arbres pour trouver un quelconque lien. Effectivement, elles sont cousines au sixième degré, ayant les mêmes arrières-grands-parents. Elles se marient d’ailleurs le même jour (5 mars 1764).

  • Troisième indice, une relecture des actes de baptêmes des enfants PONS me permet de dire que Marie PONS, fille de Jean Joseph, a pour marraine Anne JUSSIAN.

 

Il apparaît donc évident que ce bail à ferme, et la rente qu’il génère, est un cadeau d’Anne JUSSIAN à sa filleule Marie PONS. Jean Joseph, en tant que tuteur légal de sa fille en dispose. Marie récupère ce don lors de la donation de 1837.

Signature copie

Sur les étagères de la pharmacie … Monieux 1831-1832

Contexte: ces trois pages présentent un inventaire et les ventes de « médicaments » de la pharmacie communale de Monieux (Vaucluse) entre le 11 décembre 1831 et le 24 mars 1832.

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Monieux, petit village rural du Vaucluse, ne compte ni médecin, ni pharmacien dans ses recensements de l’an XII et de 1836.

La loi du 21 Germinal an XI (11 avril 1803) encadre les officines. Deux articles en particulier, l’article 25 qui interdit à quiconque « d’ouvrir une officine de pharmacie, de préparer, vendre et débiter aucun médicament, s’il n’a été reçu suivant les formes voulues (diplôme); et l’article 27 qui prévoyait une dérogation à ce monopole pharmaceutique.

« Les officiers de santé établis dans des bourgs, villages ou communes, où il n’y aurait pas de pharmacien ayant officine ouverte, pourront (…) fournir des médicaments simples ou composés, aux personnes près desquelles ils seront appelés, mais sans avoir le droit de tenir officine ouverte. »

Probablement que les officiers de santé de la ville voisine de Sault étaient en charge de la distribution des médicaments de la pharmacie communale.

AD Vaucluse, Monieux GG8 1831-1832

Sirop de capillaire, utilisé pour la toux, les maladies de poitrine et les rhumes opiniâtres.

Onguent de la Mère ou onguent brun. Emplâtre, pansement « prenez du sain-doux, de beurre frais, de cire jaune, de suif de mouton & de litharge préparée, de chacun demi – livre; d’huile d’olive une livre: cuisez en brassant à la manière des emplâtres jusqu’à ce que votre matière prenne une couleur brune très – foncée »

Poudre de cantharides, insecte (coléoptère) réduit en poudre, aux propriétés aphrodisiaques et utilisée également comme pansement en cas de maladie de peau.

Pommade épispastique, qui provoque l’irritation de la peau, généralement suivie de vésication.

Sangsues: 36 sangsues vendues en 4 lots.

Pâte de jujube, utilisée en cas d’inflammation intestinale, de la gorge, des voies respiratoires ou encore des voies urinaires.

Moutarde utilisée pour soigner les rhumes

Farine de lin, traite la constipation, l’hypertension, l’ostéoporose et soulage les symptômes de la ménopause.

Thé impérial pour guérir les migraines, les aigreurs d’estomac et les problèmes de digestion.

Fleur d’oranger pour calmer les spasmes digestifs

Sirop de fleurs de pêcher, utilisé comme un laxatif doux

Sel de Nître ou salpêtre, utilisé comme diurétique.

Bijon, type de térébenthine, résine liquide coulant d’un pin

Sulfate de quinine connue pour ses actions contre les crampes

Tête de pavot, connue pour ses vertus sédatives

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©AnticStore

Dans le stock, se trouvent aussi de la mousse de Corse, connue pour son action vermifuge, le baume du Commandeur, utilisé pour son pouvoir cicatrisant, des follicules de séné aux propriétés laxatives, le baume d’Opodeldoch, utilisé en frictions contre la douleur, du thériaque, un puissant contre-poison et du chlorure de chaux utilisé en désinfectant.

Signature copie

Pour aller plus loin:

photo de couverture ©AnticStore https://www.anticstore.com/exceptionnelle-collection-d-une-centaine-flacons-pharmacie-89-intacts–67234P

Quand un paysan provençal organise ses vieux jours: Jean Joseph PONS (1773-1850)

contexte: Jean Joseph PONS est le benjamin d’une fratrie de 10 enfants. Il nait le 10 janvier 1773 à Monieux. A sa naissance, ses parents sont assez âgés puisque son père a 55 ans et sa mère 38. Son père, Joseph, décède accidentellement en 1775, lorsque Jean Joseph a 2 ans et demi.

Malgré les biens paternels possédés au village, sa mère, Delphine PEZIERE, non originaire de Monieux, décide de tout quitter. Commence alors une vie d’errance pour la famille, qui se terminera par le remariage de sa mère avec un veuf de St Saturnin lès Apt en 1781. Ce mariage offrira de la stabilité à l’enfant. L’histoire de Jean Joseph et de ses descendants restera désormais liée au village de St Saturnin. Tout au long de sa vie, il restera marqué par son enfance difficile et n’aura de cesse d’acheter des terres par souci d’établir au mieux sa famille, ses enfants.

Jean Joseph épouse Marguerite Rose CLEMENT en 1795. La famille CLEMENT est établie au hameau du Travignon depuis des générations.  Le mariage se fait sans contrat mais il est entendu que le père de Marguerite donne aux nouveaux époux un logement et des terres autour du hameau. Ensemble, le couple aura 7 enfants, 5 garçons (dont un décédera en bas-âge) et 2 filles. Après le décès de Marguerite en 1818, Jean Joseph décide d’acheter plusieurs terres dont une avec un petit cabanon dans la plaine de St Saturnin, quartier Garbis.

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En 1837, Jean Joseph, veuf depuis de nombreuses années, décide d’établir ses fils et de protéger ses filles, tout en organisant ses vieux jours. Jusqu’à cette date (du moins lors du recensement de 1836), tous vivaient ensemble au Travignon.

Deux de ses fils désirant se marier prochainement ont dû pousser le père à faire ce partage, en vue d’établir un contrat de mariage « convenable ». Son fils Joseph Pépin souhaite se marier avec la fille de son patron, maréchal ferrant de la ville d’Apt (mariage le 3 avril 1837) et dans une moindre mesure, Honoré souhaite épouser sa cousine Marie CLEMENT vivant au hameau du Travignon (mariage le 8 juin 1837).

Le partage anticipé est acté en l’étude de Maitre BERTRAND le 20 février 1837.

  • Marie, la fille ainée, célibataire, est âgée de 41 ans.
  • Jean Baptiste, cultivateur, marié et père d’une petite fille, est âgé de 39 ans.
  • Claire Virginie, célibataire, est âgée de 36 ans.
  • Honoré, cultivateur, fiancé, est âgé de 33 ans.
  • Joseph Pépin, maréchal ferrant, fiancé, souhaite « faire gendre » dans la ville voisine. Il est âgé de 28 ans.
  • Enfin Jean François, cultivateur, célibataire, mon ancêtre, est alors âgé de 24 ans.

partage anticipé

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Les biens du Travignon partagés entre Jean Baptiste et Honoré

AD Vaucluse, plans parcellaires de St Saturnin lès Apt – section K 3P118/15

Les biens de Jean François PONS, quartier Garbis (sauf la parcelle 339 achetée en 1864).

En plus de ces terres et bâtiments, Jean Joseph donne à ses enfants des objets (chemises, table,…) et des animaux (mulets et moutons) pour une valeur totale de 300 francs. Ces biens sont estimés à 100 francs pour le fils ainé, 50 francs pour les 4 autres enfants, Joseph Pépin n’en ayant pas reçu.

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Jean Joseph pose des conditions. Il garde l’option de vivre tantôt au Travignon, tantôt à Garbis. Ainsi, le bâtiment du hameau est donné à Honoré « sous réserve (de) la jouissance sa vie durant de la cuisine faisant partie du bâtiment« . De même, il se réserve 3 chambres à Garbis « celle du premier étage visant au levant et au midi, celle qui est par-dessus au second étage et celle au même second étage visant au nord« . Il garde aussi une terre quartier Garbis.

Enfin, Jean Joseph prend des dispositions pour que ses enfants s’occupent de lui dans ses vieux jours. Jean Baptiste et Honoré devront lui fournir chaque année quatre charges de bois de chauffage chacun, dont le transport sera assuré par Jean Baptiste. De même, ses 5 enfants (Joseph Pépin d’Apt en est exempté) devront lui donner une rente annuelle et viagère de quarante trois décalitres soixante cinq décilitres de blé, froment « bon, vanné et recevable », (1/4 chaque fils et le dernier quart par ses deux filles), portable à son domicile chaque 1er septembre.

Son testament en date du 9 juin 1848 protège un peu plus ses filles célibataires puisqu’il leur lègue la jouissance des trois chambres à Garbis tant qu’elles y vivront, ainsi qu’une rente de 40 francs par an, provenant des intérêts que Jean Baptiste et Honoré doivent lui verser jusqu’à leurs décès respectifs.

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Cet acte est fondateur pour ma branche des PONS puisqu’il s’avère que le calcul du père a été mauvais sur le long terme. Les terres et bâtiments du Travignon donnés aux fils ainés ont rapidement perdu de leur valeur tandis que le petit cabanon et les terres de Garbis, après des travaux entrepris par Jean François dans les années 1860, ont pris une valeur beaucoup plus importante. D’ailleurs, les deux fils ainés abandonneront leurs habitations du Travignon (sans les vendre) pour finir leurs jours chez leurs enfants installés au village.

Grâce aux recensements de 1841 et 1846, nous savons que Jean Joseph a vécu majoritairement à Garbis à compter du partage jusqu’à son décès le 19 mai 1850, en compagnie de ses deux filles restées célibataires ainsi que de son fils Jean François et sa femme Marie Anne VINCENT.

Signature copie

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Transcription du partage:

transcription partage 2