Charles COTTAREL ou la force de caractère face à l’adversité…

Charles, Jeanne et Mélina

Voici un article que je prépare depuis longtemps.  Un article plus long qu’à l’accoutumée, mais c’est le moins que je puisse faire pour essayer de cerner ce personnage atypique.  Au départ, comme souvent, une légende familiale, l’épouse de cet oncle aurait été une martyre en Indochine, sans que personne ne puisse me dire son identité, de quoi aiguiser ma curiosité…

Cet article est aussi la vitrine de la richesse et de la chance que nous avons en France de bénéficier de services d’Archives compétents et variés.

Enfin, mettons de côté notre jugement contemporain de l’Histoire du colonialisme pour appréhender la vie de Charles, un français élevé dans une Société fière de son empire colonial qui n’a pas senti venir le désir d’émancipation des peuples indigènes. Autre temps, autre mœurs…

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         Charles François Joseph COTTAREL nait le 27 février 1884 à Allex (Drôme). Son père, Charles, est employé comme cocher chez la baronne du village, depuis qu’il a quitté son village de Loisieux en Savoie dans les années 1875-1880.

Il y épouse Mélina LESTRAT, une jeune femme du village voisin d’Eurre, lingère, également au service de la baronne. Ensemble ils auront deux enfants : Charles en 1884 et Jeanne, née en 1886.

Charles père décède à 41 ans en 1890. Après ce décès prématuré et avec deux jeunes enfants à charge (6 et 4 ans), Mélina reste encore quelques temps auprès de la baronne en tant que lingère puis fait venir de Savoie Nizier COTTAREL, neveu de son défunt époux, pour reprendre la place de cocher laissée vacante (Mon AAGP).

 

Le miraculé de Lourdes

Charles COTTAREL à Lourdes

A 17 ans, en 1901, Charles est atteint de la tuberculose. Sa mère, très croyante, comprenant que son fils est condamné, décide en dernier recours de l’emmener à Lourdes, muni d’un certificat médical du médecin d’Eurre. Charles, Mélina et Jeanne arrivent en la cité miraculeuse le 3 juin 1901. Les Annales de Lourdes relatent les faits :

 

 

 

 

 

 

Carrière militaire

Fiche matricule de Charles, AD Drôme, bureau de Montélimar, classe 1904, matricule 110

D’abord dispensé de service militaire en 1904 par le bureau de Montélimar car fils unique de veuve, Charles intègre le 52e régiment d’infanterie d’octobre 1905 à septembre 1906.

Sa fiche matricule nous donne quelques renseignements physiques : blond, les yeux bleus, mesurant 1m77, il a une cicatrice à la joue gauche et sous le cou.

Charles s’engage ensuite pour 5 ans en octobre 1906 pour le 3e régiment d’Artillerie Coloniale et met les pieds pour la première fois en Cochinchine en octobre 1907.

Il passe premier canonnier servant en décembre 1910 et se réengage pour 5 ans. Il devient brigadier en juin 1912 et intègre le 5e RAC en décembre de la même année. Sa mère Mélina décède à cette période, le 17 aout à Allex.  Il passe à nouveau au 3e RAC en septembre 1913.

 La Première Guerre Mondiale

Charles est toujours en Cochinchine lorsqu’éclate la première guerre mondiale. Lors de ce conflit, le 3e Régiment d’artillerie coloniale combat « morcelé ». Une partie, le IIe groupe, a combattu dans l’Armée d’Orient. L’autre partie, dont dépend Charles, est envoyé sur le front Nord-Nord Est.

Après 3 ans sur le Front sans blessures, il est gazé le 19 mars 1918 dans le secteur du Mont Sans Nom (Marne). Charles est envoyé en convalescence pour 1 mois puis retrouve son régiment et le Front sur le même secteur. Il obtient le grade de maréchal des logis le 1er juillet. Gazé de nouveau le 15 aout, il sera de retour aux combats le 2 novembre 1918 et restera mobilisé jusqu’au 15 mars 1919.

Le Parcours de Charles durant la Première Guerre Mondiale reste flou. N’ayant pas connaissance de sa batterie, il m’est impossible de connaitre ses positions. En effet, le site Mémoire des Hommes regroupe pour le 3e RAC, les journaux de marche incomplets de 9 groupes, 156 batteries ainsi que de nombreuses sections de munitions. Seules quelques brides de son parcours sont racontées au fil de ses lettres.

Retour en Cochinchine  1919-1927

Carte de l’Indochine en 1922

Charles prend le bateau avec son régiment pour rejoindre la Cochinchine le 18 avril 1919 avec le 5e RAC. Il restera dans ce régiment jusqu’au 5 novembre 1920, date à laquelle il retrouve la vie civile.

Là-bas, il rencontre N’GUYEN Thi Van, issue de l’élite annamite, fille d’un indigène lettré, interprète de caractères chinois pour l’administration française en 1920.

 

 

 

 

 

 

Depuis 1921, Charles exerce la profession d’inspecteur de Messageries Fluviales de Cochinchine, et ce jusqu’en 1926. Créée en juin 1881 par Jules Rueff après l’échec d’un projet ferroviaire devant relier la Cochinchine au Cambodge, l’entreprise devient la plus puissante d’Indochine grâce à sa flotte de bateaux à vapeurs de rivières adaptés à la navigation des voies secondaires du Mékong.

Cathédrale de Saïgon

Les mariages mixtes ne sont pas bien vus, ni par les occidentaux, ni par les indigènes. Malgré tout, ils se marient civilement le 15 juin 1921 en l’inspection de My Tho.

Thi Van passe ensuite 3 mois cloitrée en l’Institut Sainte Enfance de Saïgon afin d’y apprendre les premières notions du catholicisme. Elle choisit de franciser ses prénoms, Jeanne Marie Joséphine et épouse religieusement Charles le 2 novembre 1921 en la cathédrale de Saïgon.

 

 

 

 

Charles réside très vraisemblablement à Allex chez sa mère avec son épouse à la fin de son contrat, durant quelques mois de mai 1927 à mai 1928. C’est à cette époque que des liens forts se tissent avec ses petits cousins dont Jean, mon arrière-grand-père, notamment lors du décès de Nizier, père de ce dernier et cousin de Charles, en 1927. Il embarque ensuite pour Saïgon et ne reviendra en métropole que vingt ans plus tard.

mai 1928-1947

De retour en Cochinchine, Charles et sa femme vivent durant deux décennies une vie de colons agréable. Ils possèdent une concession de 100 hectares de caoutchouc à Bung Binh (50 km de Saïgon) qu’il a obtenu a un prix préférentiel au titre d’ancien combattant, comme de nombreux européens.

Impliqué dans la vie sociale de Saïgon. Charles reçoit une récompense honorifique de la Mutualité pour services rendus en tant que secrétaire trésorier de la société de secours mutuels des médaillés militaires à Saïgon – Journal officiel de la république française, loi et décrets du 3 aout 1936. En 1947, dans une enquête de moralité versée à son dossier, le gendarme Marcel FUSIL précise que « d’après les renseignements recueillis près des autorités et des voisins de Saïgon, il jouit de l’estime de la population, et est bien considéré. ».

Le couple n’aura pas d’enfants.

carte zoom cochinchine

Journal La Croix – Aout 1934

 

 

De son côté, Jeanne, la sœur de Charles, en France, prend l’habit de religieuse au Monastère de la Visitation de Tarascon (31 août 1934).

 

Déjà de constitution pulmonaire fragile, les différentes intoxications aux gaz reçues durant les combats de la Première Guerre Mondiale affaiblissent Charles. Sa santé décline. Dès 1925, une commission de réforme lui attribue une petite pension pour « bronchite chronique consécutive à l’inhalation de gaz ». De commission en commissions (1925, 1927, 1929), le taux de pension augmente pour atteindre 100% en 1931. Verdict : « Pension définitive d’invalidité à 100% 6e degré pour tuberculose pulmonaire consécutive à une intoxication par gaz de combat« . Condamné au repos, alité, les médecins ne lui laissent que peu d’espoir. C’est à ce moment que toute la combativité de Charles se réveille. Il a bien reçu une médaille militaire en décembre 1929 pour ses états de service mais l’injustice est trop grande. Pourquoi avoir été « miraculé » à Lourdes pour finir ainsi ? Charles veut une reconnaissance de l’État Français pour ses souffrances, autre que pécuniaire. Il multiplie les courriers et souhaite recevoir la Légion d’Honneur.

« Condamné à mort par 4 docteurs successivement fin 31 – civils ou militaires – j’ai moins que quiconque le droit de compter sur demain et le pouvoir d’attendre, et parceque je ne voudrais pas quitter d’ici – ou quitter ce monde- sans les avoir eus en main, j’ose espérer que le chancelier comprendra ce qu’a d’émouvant, voire de tragique, ma situation et m’accordera la Priorité d’envoi de tout cela. Du fond de l’Âme, Merci cher compatriote et ami. » 2.09.1932

Le 13 aout 1932, le Général Vallier, après avoir fait prendre les armes à la garnison de Saïgon, remet les insignes de Chevalier de la Légion d’Honneur à Charles. 

Chevalier de la Légion d’Honneur

Villa Jeanne au Cap St Jacques

 

Cette reconnaissance de la Nation apaise quelques peu Charles. Le couple acquiert une propriété au Cap St Jacques en 1934, renommée la « Villa Jeanne ».

 

 

Pendant des décennies, Le Cap St Jacques était le point de passage obligé de tout voyageur se rendant en Indochine par bateau. Située à l’extrémité d’une petite péninsule, à 125 km au Sud Est de Saïgon, la ville doit son nom aux navigateurs portugais qui passèrent le long de cette côte au XVe siècle. La Cap est une station balnéaire et un centre militaire important. Au bord de la mer, les paysages ressemblent aux rivages méditerranéens. Les occidentaux se font construire des manoirs de type Art Déco, comme en témoigne la Villa Blanche, édifiée en 1898 pour le gouverneur Paul Doumer (président de la république de mai 1931 à mai 1932).

 

cap st jacques 1937

Le Cap St Jacques en 1937 – photo belleindochine.free.fr

La Seconde Guerre Mondiale

Au déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale, en 1939, Charles a 55 ans. Comme le reste de l’Indochine, le territoire de la Cochinchine est occupé par l’Armée du Japon. Fin juillet 1941, quatre cuirassés et douze croiseurs nippons apparaissent au large du Cap St Jacques. Les troupes débarquent le 30 juillet 1941.  Ils soumettent les troupes françaises d’Indochine mais laissent en place l’administration coloniale et le gouverneur général DECOUX nommé par le gouvernement de Vichy. Cinq ans plus tard, repoussés par la contre-offensive américaine, les japonais craignent que les troupes françaises ne tentent de les chasser d’Indochine. Ainsi, le 9 mars 1945, les japonais attaquent les garnisons françaises. 2650 soldats français sont tués, 3000 sont fait prisonniers et rejoignent des camps comme celui de Hoa-Binh. Parmi les 19 000 civils français, 3000 sont aussi internés. Les autres sont astreints à résidence forcée sous la menace de la Kempeitai (police politique impériale nippone). Ainsi Jeanne et Charles sont retenus prisonniers à leur domicile, sans possibilités de soins malgré la fièvre tenace qui clou Charles au lit du 9 mars au 5 avril 1945. Séparés brutalement le 6 avril 1945, ils se doutent bien que c’est la dernière fois qu’ils se voient. Charles est envoyé dans un camp à Saïgon. Il a 60 ans.

En aout 1945, au moment d’annoncer la capitulation, les japonais acceptent les revendications du gouvernement indépendantiste vietnamien à savoir le rattachement de la Cochinchine au reste du Vietnam. Hô Chi Minh prend le pouvoir au cours de la Révolution d’Aout. Le 25, il proclame à Saïgon un Comité à majorité communiste, présenté comme l’autorité légitime en Cochinchine. L’Indochine vit à l’automne 1945 une situation chaotique : le pouvoir Viet Minh est bien moins assuré en Cochinchine qu’au Tonkin et au Nord de l’Annam. Les groupes nationalistes s’agitent. Des français sont assassinés à Saïgon durant tout le mois de septembre, notamment durant la nuit du 24 au 25 septembre, où près de 300 personnes sont massacrées dans la cité Hérault, habitée par des fonctionnaires

Ce même jour, les Viêt Minh incarcèrent Jeanne au Cap, puis à Logdien et enfin à Baria, durant 3 mois. Son crime ? « Avoir trahi sa race, s’être faite volontairement chrétienne et française« . Puis l’ayant faite revenir au Cap, à la fin novembre, ils la décapitent sans autre forme de procès et jettent ses restes dans les marais de Ti Wan. Selon plusieurs témoignages et grâce à l’enquête de la commandante Torrès, ses derniers mots auraient été « Vous me couperez la tête mais jamais vous ne me séparerez de Cottarel. Vous verrez quand les français seront ici !« 

Débarqués en octobre 1945 et commandées par le Général Leclerc, les troupes françaises repoussent difficilement les Viêt Minhs et ont dû mal à reprendre l’Administration en main, faute d’hommes et de moyens.

Il est difficile de retracer le parcours de Charles durant cette période. « Emprisonné un mois par les japonais du 9 mars au 5 avril 1945, puis relégué à Saïgon en vue des camps de concentration, souffert le martyr à Saïgon du 6 avril 45 au 7 février 48 » Impossible de connaitre dans quelles conditions et quand Charles a appris le décès de son épouse. À sa libération Charles se retrouve démunit, « une épave … » selon ses propres mots. 

Sinistré total, devenu une épave, par les pillages des Viêt Minh, je ne puis pas même élever une stèle commémorative en la Mémoire de cette femme, que j’ai aimée de toutes les fibres de mon être, depuis 25 ans, et qui a emporté mon âme avec elle, au point que si je n’avais pas eu une sœur religieuse (…) et mes parents bien aimés qui dorment au cimetière de mon village natal (…), chrétiens sincères naguère, je me serais suicidé au véronal. Je ne puis pas rendre ce dernier devoir à mon épouse (et vous savez l’importance d’un tombeau pour les Amanites, bouddhistes ou chrétiens, eux qui honorent les âmes errantes de corps laissés sans sépulture … – C’est pourquoi les Viêt Minh, en jetant ma femme à l’eau au Cap après lui avoir tranché la tête en haine de la France, ont été cruels au delà de toute expression, vu leurs valeurs millénaires…) septembre 1947

Nous retrouvons Charles en 1946 dans un hôtel de Saïgon, n’ayant que sa retraite de sous-officier et sa pension de blessé de guerre comme revenus. Interdit d’accès sur ses terres, il est ulcéré lorsque l’État vietnamien lui en réclame les taxes foncières. De nouveau, il souhaite la reconnaissance de l’État Français.

 

 

 

 

1442335460-officier-de-la-la-gion-d-honneur-recto copie

 

Se sachant condamné, à bout de forces, Charles refuse d’être rapatrié avant d’avoir entre ses mains l’insigne d’Officier de la Légion d’honneur. Dès réception, il embarque sur le navire hôpital le Chantilly le 7 février 1948 en tant que rapatrié sanitaire. Charles arrive à Marseille le 4 mars, 20 ans après avoir quitté la métropole.

 

 

 

le Chantilly

Rapatriement et fin de vie

D’esprit combattif, Charles n’aura de cesse de vouloir faire reconnaitre que sa femme est « Morte pour la France », en écrivant à maintes reprises à M. Vaucelle, secrétaire général de l’office colonial du combattant à Saïgon, titre qu’elle obtiendra après de nombreuses enquêtes et contre-enquêtes en septembre 1947. Son nom est inscrit sur le mémorial indochinois de Valence.

Mémorial des Drômois et Ardéchois morts pour la France en Indochine 1940- 1956 / Valence

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Sa sœur Jeanne étant cloitrée au monastère de Tarascon (elle y décédera en 1954), Charles s’installe à Malaucène, au pied du Mont Ventoux, au printemps 1948 où vit sa plus proche famille, son petit cousin Jean (mon AGP).

Charles aura toujours pour rêve de retourner à Saïgon.

(…) Je suis domicilié en Cochinchine, propriétaire d’un terrain et d’une maison (en ruines mais n’importe), je ne suis que résident ici. Je fais le rêve de revoir la « Cochinchine ». 2 février 1951

(…) je ne suis que de passage en France, car je retournerai à Saïgon. 3 juillet 1951

Sa vie à Malaucène est difficile. La plupart du temps alité à domicile, Charles ne s’intègre pas à sa nouvelle vie et a beaucoup de ressentiment envers les français de métropole, surtout les fonctionnaires qui n’ont que faire d’un sinistré d’Indochine. Les relations sont tendues avec le secrétaire général du Comité des Anciens Combattants d’Avignon, M. Corsico Vilanova, qui le menace ouvertement: « Un autre préfet avait fait enfermer à vie à l’asile des fous du Vaucluse un autre rouspéteur ». Charles s’en plaint dans un courrier du 3 juin 1951 à M. Mialin, directeur de cabinet et commissaire de la République du Sud Vietnam.

Charles se bat alors pour recevoir l’insigne des Parents des morts pour la France, médaille qu’il reçoit des mains du maire de Malaucène le 16 juin 1951 après bien des courriers à l’Administration.

lettre charles juin 1951

Lettre de Charles à M. Vaucelle, secrétaire général de l’Office Colonial du Combattant à Saïgon – 25 juin 1951

« Ma (nouvelle ndlr) femme souffrait trop de me voir tant souffrir de cette … incompréhension (par euphémisme) métropolitain en égard aux « Morts pour la France » de l’Indochine. J’ai reçu le samedi 16 juin dernier l’Insigne des Parents des morts pour la France, grâce à vous, à votre chef Mr le Délégué, à Mr Mialin et le Général Chauson.
A tous Merci! Culte du souvenir.
Alité sur mon grabat depuis 7 mois passés, j’ignore le laps de temps qui me reste encore à passer sur terre, il est vraisemblable que ce sera bref. Que la pensée d’avoir adouci l’amertume au cœur d’un français, vous soit une noble et agréable satisfaction! Cordial respect – Cottarel

 

Acte de décès

 

Charles se remarie et redeviendra veuf par deux fois puis vit en concubinage avec son infirmière, près de laquelle il sera inhumé. Mes grandes tantes se souviennent de lui comme d’un homme alité et diminué dans les années 1955-1960. Elles se rappellent toutefois de sa voix de baryton, qu’il utilisait pour chanter … fait étrange pour un homme atteint aux poumons. Il décède à Malaucène le 28 novembre 1960, à l’âge de 76 ans.

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En résumé quel parcours ! Miraculé de Lourdes, Grand invalide de Guerre, trois fois veuf, chevalier puis officier de la Légion d’Honneur, Charles méritait bien un tel hommage. Difficile de cerner cet homme. À la lecture de ses lettres, Charles apparait comme un homme meurtri, à la fois fidèle à la Nation française, de par sa carrière militaire, mais se sentant la victime abandonnée de celle-ci, ayant mené une lutte pour la reconnaissance de ses sacrifices et de ses souffrances, comme bien des hommes de sa génération, face aux lenteurs administratives, au peu d’intérêt et d’empressement que peuvent porter parfois (souvent) les élites dirigeantes aux hommes qu’ils gouvernent.

Un parcours hors du commun à bien des égards, un homme passionné et passionnant, qui aura mené tous les combats de sa vie de front. Un homme dont le nom mérite de sortir de l’oubli, Charles COTTAREL, ce combattant de la Vie…

 

Cimetière de Malaucène. Deux erreurs sur sa plaque tombale: COTARE sans L et 1887 au lieu de 1884

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Cet article est amené à évoluer, l’enquête étant toujours ouverte sur certaines zones d’ombre de la vie de Charles

Titres, Distinctions et Insignes reçues par Charles COTTAREL:

  • Médaillé militaire – 1er décembre 1929
  • Chevalier de la Légion d’Honneur – 2 janvier 1932
  • Officier de la Légion d’Honneur – 25 janvier 1948
  • Insigne et Brevet des Parents des Morts pour la France remise le 16 juin 1951 par le maire de Malaucène.

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Remerciements:

Merci au Service Historique de la Défense pour m’avoir communiqué le dossier de Jeanne, au service des archives de Lourdes et à la mairie de Malaucène.

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Pour en savoir plus:

  • Journaux de marche du 3e RAC

1/7 – Les Poilus de St Saturnin lès Avignon et de Jonquerettes – classes 1893 à 1900

L’association de généalogie de St Saturnin lès Avignon vous propose de découvrir le parcours des poilus de notre paisible village provençal. Voilà des semaines que nous sommes sur leurs traces, de leur départ sur le Front, les accompagnant dans l’enfer des tranchées jusqu’à leurs derniers instants, au combat ou sur un lit d’hôpital. Bien entendu, les hommages nationaux se multiplient avec le centenaire de l’Armistice. Toutefois nous vous proposons de mettre en avant « nos » 48 poilus, en les présentant des classes les plus âgées aux plus jeunes. St Saturnin et Jonquerettes, ils y sont nés, ou y ont résidé. Ils y ont joué enfant, dans nos cours d’école, y ont emprunté nos rues ou travaillé dans nos champs, ont participé à la vie de notre village avant le Grand départ depuis la gare d’Avignon. Ils ont laissé derrière eux des enfants, des épouses, des parents. Leurs histoires sont les nôtres, il y a tout juste 100 ans. 

Aurélie BATTU, Régine CONFALONIERI et Jean Louis CRAPONNE

1er épisode: des classes 1893 à 1900. CEBE Gabriel, ESTEVENIN Camille Marius, JACOMET Adrien, ROUX Auguste, GALLON Victor et MEYER Paul

 

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Classe 1893 : CEBE Gabriel, mort à 45 ans

CEBE GabrielCEBE Gabriel, fils de Justin Nicolas et d’Eugénie REQUIN nait à St Saturnin le 11 mai 1873. Cultivateur, il épouse le 4 juillet 1903 Augustine TALON (1881-1957) au Pontet. En 1911 Gabriel et sa femme vivent quartier des Grès dans la maison paternelle avec sa mère Eugénie, et la famille de son frère ainé Albert (réformé).

A la mobilisation générale, Gabriel incorpore brièvement le 118e Régiment d’Infanterie Territorial d’Avignon avant de rejoindre le 315e RIT en mars 1915. Il passe ensuite au 90e RIT en juin 1917.

Gabriel est tué par un éclat d’obus le 1er juin 1918 sur la côte 240 au Sud Ouest de Vrigny (Marne), vraisemblablement lors de « l’offensive Blüncher » qui avait débutée le 27 mai.

Tout d’abord inhumé à Sainte Euphraise (Marne), son corps sera rapatrié et enterré dans le cimetière de St Saturnin le 22 mars 1922.

Matricule 1468—Bureau d’Avignon—Mort pour la France—Son nom est inscrit sur le monument aux morts de St Saturnin, la plaque commémorative de la mairie et le livre d’or de la commune.

 

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Classe 1895: ESTEVENIN Camille Marius, mort à 40 ans

ESTEVENIN Camille Marius est né le 21 septembre 1875 à St Saturnin. Fils d’Anicet Célestin et d’Henriette LEGUES, il est cultivateur et épouse Madeleine Marie GARRIGUES à Morières lès Avignon le 19 octobre 1898. Le ménage s’y installe et aura 5 enfants: Marcel (1899), Gaston (1901), Gaston (1901), Marcelle (1904), Lucien Louis (1908) et Yvonne (1912).

A la mobilisation générale, Camille intègre brièvement le 118e RI avant de passer au 353e RI en octobre 1914.

Posté avec son régiment dans le secteur du Bois-le-Prêtre, en Meurthe et Moselle, Camille participe à plusieurs assauts qui se soldent par des échecs sanglants. Le 19 avril, 250 hommes de la 5e compagnie du 2e bataillon du 63e RI, combattants dans le même secteur, épuisés après un premier hiver difficile, refusent de suivre leur capitaine pour quitter les tranchées pour un nouvel assaut meurtrier. 5 hommes passent immédiatement en conseil de guerre et 4 sont fusillés « pour l’exemple » le lendemain.

Camille aurait été tué quelques jours après cet épisode,  le 28 avril 1915 dans ce secteur selon sa fiche matricule, bien que le journal de marche de son régiment n’indique aucune perte ce jour là.  Son corps est inhumé en la nécropole nationale du Pétant (Montauville—Meurthe et Moselle).

Matricule 71 —Bureau d’Avignon—Mort pour la France– Son nom figure sur le monument aux morts et livre d’or de Morières lès Avignon

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Classe 1897: JACOMET Adrien Jean, mort à 37 ans

JACOMET Adrien Jean, fils d’Honoré et de Louise SUGUET, frère de Gustave est né à Châteauneuf de Gadagne le 8 octobre 1877. Agriculteur, il épouse Émilie SESTIER le 16 juin 1900 à St Saturnin. En 1903, la famille vit à Jonquerettes, quartier de la Sacristie, lors de la naissance de Jeanne.

Rappelé à l’activité à la mobilisation générale, il intègre le 134e régiment d’Infanterie territoriale en octobre 1914. Adrien décède le 29 décembre 1914 à l’Hôpital de Nancy d’une maladie contractée aux Armées. Il sera enterré dans le carré militaire du cimetière de Nancy Sud (tombe individuelle 627).

Matricule 488 —Bureau d’Avignon—Mort pour la France—Son nom est inscrit sur le monument aux morts de St Saturnin, la plaque de la mairie ainsi que sur le livre d’or de la commune.

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Classe 1898: ROUX Auguste Marius, mort à 38 ans

ROUX Auguste Marius, fils d’Hippolyte Louis et de Joséphine ANGLES, est né à Châteauneuf de Gadagne le 17 mai 1877. En 1898, il vit avec sa mère, veuve à Jonquerettes, puis après son mariage le 1er mars 1905 avec Henriette CEBE (1882-1962), Auguste vit chez ses beaux-parents quartier de la Déserte.  Leur fille Joséphine nait en avril 1906.

A la mobilisation générale, Auguste intègre le 118e Ri d’Avignon avant de passer brièvement au 27e RI en octobre 1914. Il incorpore ensuite le 134e RI. Auguste contracte une maladie en service et décède à l’ambulance de Commercy (Meuse) le 8 janvier 1915.

Matricule 339—Bureau d’Avignon—Mort pour la France— Son nom est inscrit sur la plaque commémorative de la mairie de Jonquerettes et sur le livre d’or de la commune

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Classe 1899: GALLON Victor Marius, mort à 36 ans

GALLON Victor Marius, fils de Jean Louis Charles et de Marie Agnès BLANC, est né à St Saturnin le 27 septembre 1879.  Ouvrier papetier, il épouse Estelle VILLAIN (1891-1918) à Merrey-sur-Arce dans l’Aube le 27 avril 1908 où il vit depuis 1906.  Le couple a deux petites-filles, Louise Marie, née en mars 1909 et Raymonde née en octobre 1910.

Lors de la mobilisation générale, il rejoint le 21e régiment d’infanterie.  Victor est tué le 11 mai 1915 lors de violents corps à corps au combat de Notre Dame de Lorette. Son épouse, infirmière, est tuée lors d’un bombardement à Troyes. Elle sera elle aussi reconnue « Morte pour la France », à l’âge de 27 ans. Leurs deux petites filles seront élevées par leur grand mère maternelle.

Matricule 1443—Bureau d’Avignon– Son nom est inscrit sur l’anneau de la mémoire de ND de Lorette, sur les monuments aux morts de St Saturnin et de Merrey-sur-Arce (Aube), tout comme sur les livres d’or des deux communes ainsi que sur la plaque commémorative de la mairie de St Saturnin.  Le nom de son épouse est également noté sur le monument aux morts de Merrey.

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Classe 1900: MEYER Paul Hubert, mort à 35 ans

MEYERMEYER Paul Hubert, fils d’Hubert et de Philippine TEYSSERRE, est né à St Saturnin le 30 juin 1880. Sa famille s’installe à Orange lorsque Paul est enfant. A 19 ans, il s’engage volontairement pour 4 ans dans l’Armée et intègre le 11e régiment de Dragons. Après son temps de service, Paul vit sur Paris puis à Villosanges (Puy de Dôme) où il épouse Jeanne MONTEL en 1904, avant de s’installer avec sa femme et son fils né en 1907 à Orange.

Lors de la mobilisation générale en aout 1914, il est d’abord affecté au 15e escadron du train des équipages avant de rejoindre le 2e régiment de marche du 1er corps étranger de Lyon.

Le 9 mai 1915, son régiment subi une terrible hécatombe à Neuville St Waast:

Le 9 mai 1915 à 10 heures, après une faible préparation d’artillerie, les bataillons C,D, A et B se lancent successivement à l’assaut. Les effectifs engagés sont de 75 officiers et 3 822 hommes de troupes.

En 1h30 de combat, le régiment parvient à remporter tous ses objectifs et atteint finalement la route de Béthune puis la côte 140. Par manque de renfort, il ne parvient à se maintenir que deux heures sur ce dernier objectif et est contraint de se replier sur la côte 123 qu’il tiendra jusqu’à sa relève le lendemain matin. Les pertes lors de l’affrontement sont considérables: 1889 hommes, soit près de 50% des effectifs sont hors de combat, tués ou disparus.

Paul, sérieusement blessé, est fait prisonnier. Interné, il décède de ses blessures  à l’hôpital de Cologne le 25 mai 1915. Sa famille, sans nouvelles, demande des renseignements auprès de la Croix Rouge (fiche).

« Brave légionnaire, mort pour la France le 25 mai 1915 des suites de ses glorieuses blessures reçues en se portant à l’assaut des ouvrages blancs » ordre du 24 mai 1922

Matricule 39—Bureau d’Avignon—Mort pour la France -Inscrit au tableau spécial de la médaille militaire à titre posthume. Son nom figure sur le monument aux morts de Villosanges et sur le livre d’or de cette commune

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A suivre …

L’oubli, la mémoire et le souvenir : Joseph COTTAREL

Il y a peu de temps encore, je pensais que ma famille avait été épargné par la Première Guerre Mondiale.

Mes arrière-grand-pères ont bien combattu sur le Front mais ils en sont revenus. Les différentes branches de ma famille avaient-elles donc été épargné par les deuils? En apparence oui. En apparence seulement.

Des recherches généalogiques plus poussées ont mis en lumière des prénoms omis, comme si le souvenir de ces êtres chers devait être effacé pour ne plus souffrir d’un deuil trop difficile, sans corps à honorer, sans tombe à aller fleurir.

C’est le cas de la branche Cottarel, originaire de Loisieux, en Savoie.

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Avant mes recherches, François et Marie Louise GACHE avaient à ma connaissance 4 enfants. Catherine, née en 1872, cuisinière chez son cousin à Lyon et décédée en 1902, mon arrière grand père Nizier (1874-1927) cocher au château de l’Isle d’Allex (Drôme),  Antoine (1876-1955) valet de chambre tantôt sur la Côte d’Azur, tantôt sur la Côte Atlantique et Louise (1880-1963), épouse d’Auguste COURRIER, ouvrier papetier à Renage (Isère) .

Monument aux morts de Loisieux

 

 

 

En me rendant sur place en janvier 2017, le monument aux morts du village m’interpelle. Bien entendu, il n’est pas surprenant que le patronyme COTTAREL soit inscrit sur la pierre, tant il est lié au village depuis les années 1600. Poussée par la curiosité, j’entreprends de rechercher les fiches matricules des soldats nommés.

 

 

 

 

AD Savoie – Registres d’État Civil de Loisieux

Et sans nul doute possible, Joseph COTTAREL est le frère de mon arrière grand père. Une rapide recherche dans les registres de la commune me le confirme. Pourquoi son souvenir a t’il disparu de la mémoire familiale? Il ne me semble pas improbable que même mon grand père, né en 1935, n’ait jamais entendu parlé de lui. Je choisi donc aujourd’hui de rendre hommage à ce grand oncle, décédé à l’âge de 26 ans.

 

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Joseph COTTAREL est donc le dernier d’une fratrie de 5 enfants. A sa naissance, le 7 juin 1887, ses parents, cultivateurs, sont déjà âgés puisque son père a 46 ans et sa mère 37. Apprenti boucher puis boucher à Grenoble, il effectue son service militaire au sein du 158e régiment d’infanterie de Lyon du 7 octobre 1908 au 25 septembre 1910 (classe 1907). Libéré du service, il retourne exercer son métier à Grenoble puis à la Motte-Saint-Martin (1911) et Saint-Georges-de-Commiers (1913). En juillet 1914, Joseph s’installe à Renage, où vit sa soeur Louise. Les registres d’État civil n’ayant pas encore été numérisés pour cette période, je ne peux confirmer l’hypothèse hautement probable d’un mariage à cette période ni celle d’un changement d’activité, Joseph ayant pu travailler à la papeterie avec son beau frère.

Fiche matricule de Joseph COTTAREL – AD Savoie, 1R185 classe 1907

François, son père, décède en 1912 à l’âge de 70 ans. Marie Louise, sa mère, reste  à Loisieux.

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A la mobilisation générale, Joseph est incorporé au 223e Régiment d’Infanterie de Bourg en Bresse. Issu du 23e RI, chaque régiment crée un régiment de réserve de l’Armée active (hommes âgés de 24 à 34 ans ) dont le numéro est le sien plus 200.

Joseph est blessé dès les premiers jours du conflit, le 25 aout 1914, lors des combats de Méhoncourt (Meurthe et Moselle). Son régiment est en première ligne lors de l’offensive. Le feu violent des mitrailleuses ennemies stoppe leur avancée. Ce jour là, le 223e RI compte 18 tués, 327 blessés et 104 disparus. Joseph a probablement été blessé « légèrement » et repart au Front immédiatement  puisque aucune période de convalescence n’est notée sur sa fiche matricule. Toutefois, comme beaucoup de soldats suite à une blessure, Joseph change de régiment et intègre le 23e RI.

A l’occasion de l’anniversaire du Kaiser le 27 janvier 1915, l’État Major français décide d’une série d’attaques. Le secteur de la Fontenelle, dans les Vosges, est l’un des sites choisi. L’attaque commence à 15h30 entre le village de Ban de Sapt et le bois de Laîne. La bataille est relatée par deux journaux de marche, assez succinctement par le JM  du 23e RI  et plus en détails par celui du 133e RI, qui a combattu à leurs cotés.   Les français, malgré avoir effectué le repérage des lieux dans la matinée, tombent dans un piège. Les allemands ont creusé une « fausse » tranchée, ajoutant des fils barbelés et de la tôle au fond du trou. Ensuite, postés en hauteur, ils mitraillent les soldats français. C’est l’hécatombe. Les soldats du 23e RI et du 133e RI sont pris au piège.  On compte 130 tués, 70 blessés et 30 disparus pour le 23e RI. Joseph fait parti de ces derniers.

Mercredi 27 Janvier
Le 2e bataillon (commandent Roullet) qui a cantonné dans la nuit du 26 au 27 janvier à Denipaire est monté à la Fontenelle pour exécuter une opération prescrite par le Colonel Commandant la 82e Brigade. Il avait l’ordre de prononcer 2 attaques, l’une sur le petit bois de Laître, et l’autre sur le grand saillant des ouvrages allemands, en face de la tranchée Daubard.
Les hommes se sont portés brillamment à l’attaque, mais une fois arrivés à ces objectifs, ils sont tombés sous le feu croisé de mitrailleuses qui les ont hachés, de plus les tranchées étaient recouvertes de tôles et on n’a pu y pénétrer. Les pertes s’élèvent à 230 hommes environ, dont 130 tués, 70 blessés et 30 disparus.
Pendant la nuit, les tranchées et le blockaus ont été  bouleversés de fond en comble par l’artillerie ennemie.
Les hommes travaillent à les réparer, mais le froid gène beaucoup les travailleurs, et la gelée a rendu la terre tellement dure qu’il est indispensable de la creuser (…)

Secteur du décès de Joseph COTTAREL

Archives du Comité International de la Croix Rouge

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je ne sais pas dans quelle mesure la famille a été informée. Ont-ils entretenu l’espoir d’une captivité en Allemagne et un retour prochain? Ont-ils été convaincu du décès dès l’annonce de sa disparition? Les archives de la Croix Rouge conservent une fiche de demande de renseignements émanant de Mme Joseph COTTAREL domiciliée à Renage, ce qui confirmerait l’hypothèse d’un mariage.

Un jugement du tribunal de Grenoble en date du 8 avril 1921 fixe son décès au 27 janvier 1915. Reconnu Mort pour la France, son nom est inscrit sur les monuments aux morts de Loisieux, de Grenoble et de Renage.

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Son corps n’a jamais été retrouvé et repose probablement dans l’ossuaire de la nécropole de la Fontenelle. Ses frères et sœurs, neveux et nièces, sont-ils allés se recueillir sur ces lieux? Mystère. J’espère un jour pouvoir y mener ma famille afin de lui rendre un dernier hommage.

Bois de laitre

Bois de Laitre – cote 627

 

EDIT du 9 novembre 2018 : Grâce à cet article, un descendant d’Antoine, frère de Joseph, a pu retrouver notre branche (issue de Nizier, frère de Joseph également). Ainsi, il a pu m’apporter des précisions, notamment que la branche COTTAREL d’Antoine vit toujours à Loisieux et qu’effectivement le corps de Joseph n’a jamais pu être retrouvé.

La magie d’internet!

 

Pour en savoir plus:

La Madelon, chant des poilus

La version présentée ci dessous semble être la toute première version enregistrée (1917) de la chanson favorite des poilus.

Quand Madelon (C. Robert) avec chœurs chanté par  Marcelly de la Gaîté-Rochechouart Disque Pathé n°4879 / mx. 1818-222 Paris, juin 1917

 

Pour le repos, le plaisir du militaire,

Il est là-bas à deux pas de la forêt

Une maison aux murs tout couverts de lierre

« Aux Tourlourous » c’est le nom du cabaret

La servante est jeune et gentille,

Légère comme un papillon.

Comme son vin son œil pétille,

Nous l’appelons la Madelon

Nous en rêvons la nuit, nous y pensons le jour,

Ce n’est que Madelon mais pour nous c’est l’amour

 

Quand Madelon vient nous servir à boire

Sous la tonnelle on frôle son jupon

Et chacun lui raconte une histoire

Une histoire à sa façon

La Madelon pour nous n’est pas sévère

Quand on lui prend la taille ou le menton

Elle rit, c’est tout le mal qu’elle sait faire

Madelon, Madelon, Madelon !

 

Un caporal en képi de fantaisie

S’en fut trouver Madelon un beau matin

Et, fou d’amour, lui dit qu’elle était jolie

Et qu’il venait pour lui demander sa main

La Madelon, pas bête, en somme,

Lui répondit en souriant :

« Et pourquoi prendrais-je un seul homme

Quand j’aime tout un régiment ?

Tes amis vont venir.

Tu n’auras pas ma main

J’en ai bien trop besoin pour leur servir du vin. »