Des éclipses et des hommes – Provence XVIIIe siècle

Au XVIIe siècle encore, la disparition subite d’un astre tel que le soleil ou la lune s’accompagnait de rituels parfois singuliers et suscitait la peur, en dépit des travaux menés par des savants de renom.

Quelques feuillets du registre des mariages de la paroisse de Vacqueyras dans le Vaucluse (GG13 – 1706-1764) mentionnent deux éclipses.

Crédit IMCCE Patrick Rocher

  • Eclipse totale du 12 mai 1706

Je vous invite à consulter ce blog pour plus de détails sur cette éclipse.

  • Eclipse annulaire du 1er avril 1764

Extrait Gazette de France du 19 mars 1764

Calcul par Madame [Nicole-Reine] le Paute / Gravé par Madame Lattre et Mad. [Elisabeth Claire] Tardieu / [Publié] Chez Lattre , PASSAGE DE L’OMBRE DE LA LUNE au travers de l’Europe de l’Eclipse de Soleil Centrale et annulaire qui s’observera le 1er. Avril 1764… , Paris, [1762].

zoom de la carte

RDV le 12 aout 2026 et le 3 septembre 2081 pour les prochaines éclipses solaires visibles depuis la France.

Quand un curé sauve l’honneur d’une jeune paroissienne

Contexte: Deux villages séparés par l’imposant Mont Ventoux.

En mars 1779, le curé Brémond de Malaucène (Vaucluse) envoie un courrier à son homologue de Vercoiran (Drôme provençale) afin d’aider une de ses jeunes paroissiennes…

Registre BMS de Vercoiran 1718-1792 p. 200 5Mi 314/R5 AD Drôme

Registre BMS de Vercoiran 1718-1792 p. 201 5Mi 314/R5 AD Drôme

Registre BMS de Vercoiran 1718-1792 p. 202 5Mi 314/R5 AD Drôme

Le mariage fut célébré le 18 mai 1779 à Malaucène

Mariage Malaucene

Registre des mariages 1775-1792 – Malaucène – AD Vaucluse p.20/66

Tout est bien qui finit bien, enfin du moins, aux yeux de l’Église…

Une tentative de mariage clandestin – Bédarrides -1748

 

Paroisse Catholique de Bédarrides – Mariages 1739-1761 p. 18/46 d

 » L’an 1748 et le 19 juin une femme qu’on a cru etre une nomée
Brigide Bouchere  a Orange est venue fraper par trois fois a ma porte
et m’etant mis a la fenetre, elle m’a prié de luy aller dire une messe a St etienne
disant qu’elle etait etrangere et souhaitait se retirer a la fraicheur, apres
avoir resisté d’y aller, ayant promis de l’aller dire pour un malade, j’y
ay consenti de fin, cette femme me propose toujours pour accomplir sa
neuvaine, je suis allé donc a la di(t)e chapelle en campagne avec cette femme
etrangere et deux clercs qui etaient le pere Claude Dunoy et le pere Joseph
Isnard, deux femmes du pays, la femme de German et la femme de Dominique
Nourry; un moment apres suivi Barthelemy Durrand et le pere Antoine
chartreux. Ayant commencé la messe X il rentra  dans l’eglise une fille
qu’on dit etre la niece de cette Brigitte fille d’un certain Marc Boucher
pour lors a Sarrians, et avec elle trois hom(m)es, ou jeunes hommes; il se mirent
tous aupres du balustre et apres l’ité missa est le jeune hom(m)e et la fille
s’avancerent aupres du marchepied de l’autel en ayant dit l’un après l’autre
a voix haute qu’ils se vouloient pour mary et pour femme; ils attendirent la
benediction que je donna par lot! voulant leur faire appercevoir que
je ne vouloi pas les unir ni les benir ni approuver leur mariage et
tout de suite ils sortirent pendant le dernier evangile de la chapelle
ou ils traversèrent les champs pour se rendre au chemin de  Sarrians. Les
deux témoins portant un fusil chacun, l’un des temoins s’appelle Jerome
Saurel cordonnier a Orange, l’autre temoin et le pretendu epoux sont inconnus.
Les personnes qui les virent passer sont François Marmillot et Esprit Touler
Ainsi la vérité. Vinard Vicaire

Lien vers le texte numérisé  AD Vaucluse, Paroisse catholique de Bédarrides, mariages 1739-1761 p. 18/46 d

 

Carte de Cassini Bédarrides-Sarrians

Pour aller plus loin:

  • AGRESTI Jean Philippe Les régimes matrimoniaux en Provence à la fin de l’Ancien Régime, Presse Universitaire d’Aix-Marseille, 2009 Lien vers le document
  • DUVILLET Amandine Du péché à l’ordre civil, les unions hors mariage au regard du droit (XVIe – XXe siècle) -Université de Bourgogne, 2011 Lien vers le document
  • M. DURAND de MAILLANE, 1761, Dictionnaire de Droit canonique et de pratique bénéficiale Lien vers le document

Entrée et sortie du monde – Monieux (1784)

Registre BMS des Abeilles - 1784 à 1792 -Monieux

Ô jour heureux dans lequel vous avez pris naissance!

Mais beaucoup plus heureux celuy de votre mort puisque

C’est un passage pour vivre éternellement

Et les a prédestinés pour être ses enfans adoptifs

par Jésus Christ son fils

Entrée et sortie du monde

L’une est accompagnée des douleurs d’autruy, et l’autre des siennes propres

Première page du registre BMS de la paroisse des Abeilles de 1784 à 1792 – Monieux – Vaucluse, par le curé LABOREL

ND des Abeilles – photo {NosAbsentsPrésents}

 

Lou Cacho fiò

Alègre! Alègre!

Mi bèus enfant, Diéu nous alègre!

Emé Calèndo tout bèn vèn …

Diéu nous fague la gràci de vèire l’an que vèn,

E se noun sian pas mai, que noun fuguen pas mens!

 

Frederic MistralDepuis septembre, je prends des cours de provençal avec Michelle. Un pur bonheur! Jeudi dernier, nous avons travaillé sur un texte de Frédéric Mistral, concernant la veillée de Noël. Je ne résiste pas au plaisir de vous en partager un extrait, dont la dernière phrase (ci dessus) résonne encore de nos jours lors du traditionnel repas familial de Noël.

 

 

 

Tous ensemble, nous allions joyeusement chercher la « bûche de Noël », qui — c’était de tradition — devait être un arbre fruitier. Nous l’apportions dans le Mas, tous à la file, le plus âgé la tenant d’un bout, moi, le dernier-né, de l’autre ; trois fois, nous lui faisions faire le tour de la cuisine ; puis, arrivés devant la dalle du foyer, mon père, solennellement, répandait sur la bûche un verre de vin cuit, en disant :

Allégresse ! Allégresse,
Mes beaux enfants, que Dieu nous comble d’allégresse !
Avec Noël, tout bien vient :
Dieu nous fasse la grâce de voir l’année prochaine.
Et, que si nous ne sommes pas plus, que nous ne soyons pas moins.

Et, nous écriant tous : « Allégresse, allégresse, allégresse ! », on posait l’arbre sur les landiers et, dès que s’élançait le premier jet de flamme:

À la bûche,
Boute feu !

disait mon père en se signant. Et, tous, nous nous mettions à table.

– Frederic Mistral – Memòri e raconte – 1906

Bûche

Ainsi, la veillée de Noël commençait par la coutume païenne du Cacho-fiò, relative au solstice d’hiver. L’allumage rituel du calendau (bûche de Noël en provençal) correspondait au rite du feu neuf, le feu du premier soleil de la nouvelle année.

Après avoir fait trois fois le tour de la cuisine ou de la table (nappée de trois nappes blanches, là encore un symbole de la Trinité), le plus ancien et le plus jeune (lou caganis) de la maison portaient ensemble au feu une bûche d’un arbre fruitier coupé de l’année. Ensuite on pouvait se mettre à table pour le gros souper traditionnel (avec ses treize desserts). Dans cette société très superstitieuse, la bûche devait brûler trois jours et trois nuits. Une fois calcinée, elle devenait miraculeuse. Ses cendres et morceaux de charbon étaient ensuite placés dans les étables pour protéger le bétail des maladies.

Musée Arlaten - Arles

Quelles sont les traditions de vos régions?

Bonnes fêtes à tous et a l’an qué ven! 

Creche traditionnelle - JL BATTU

Creche traditionnelle – JL BATTU

Kléber CONSTANTIN ou « l’Homme à la barbe d’abeilles »

Champs de lavandes à St Christol

Ce billet est né d’une ballade sur la trace de mes ancêtres Joseph PEYRON et Mélanie VIAL, originaires de St Christol, dans le Vaucluse.

St Christol d’Albion, situé sur le plateau du même nom, à 11km de Sault, possède une économie essentiellement tournée vers le tourisme et l’agriculture (lavande, épeautre, production de miel…). En 1965, ce petit village isolé devint un des endroits les plus secrets de France en accueillant sur ses terres une base de Force Aérienne Stratégique et l’implantation de missiles stratégiques à fusées nucléaires, base fermée en juin 1999.

***

carte

 

Au détour d’un champ de lavande familial, mon père m’apprend que lorsque son père était adolescent, après la seconde guerre mondiale, il venait travailler avec un apiculteur prénommé Kléber et qu’il a toujours eu pour lui une admiration profonde. Imaginez-vous que ce Kléber avait sa photo dans le dictionnaire…

Comme beaucoup de familles d’agriculteurs de Vaucluse, les PEYRON diversifiaient leurs activités. Propriétaires de terres et de vergers sur St Saturnin lès Apt, la famille s’occupaient également de la récolte de lavandes sur les terres de St Christol héritées du côté paternel.

La promenade continue et nous arrivons au petit cimetière communal. A la recherche de tombes familiales, je suis surprise par la photo d’un disparu : il s’agit de Kléber CONSTANTIN.

Tombe de Kléber CONSTANTIN

 

Acte de naissance – AD Vaucluse – St Christol

Kléber Alexis Bertin CONSTANTIN nait à St Christol d’Albion le 29 mars 1901.

Ses parents, Alexis Fortuné et Julia Célesta ESCOFFIER tiennent la boulangerie du village. Son père, un homme grand par sa taille pour l’époque (1.79m sur sa fiche matricule), était un homme respecté puisqu’il   deviendra Maire du village. 

Kléber a une sœur, Fernande, née en mars 1904, qui sera institutrice, et un frère, Marceau, né en 1918, qui deviendra un peintre reconnu.

Contrairement à ce que j’ai pu lire sur internet, Kléber n’est pas issue d’une famille d’immigrés grecs.

Ascendants de Kléber CONSTANTIN

 

Famille CONSTANTIN – Document du Musée Marceau CONSTANTIN

Ses parents décèdent peu de temps après la naissance de Marceau. Kléber et Fernande prennent en charge leur jeune frère et décèlent rapidement le potentiel artistique du jeune homme. Kléber lui présente des artistes régionaux de renom, tel Eugène MARTEL et les frères AMBROGIANI. Marceau s’installe à Paris afin de se perfectionner dans les Arts Plastiques. 

Kléber, de son côté, choisi de rester au village et s’installe comme apiculteur. Il obtient un diplôme de l’École supérieure d’apiculture de Paris. Apiculteur breveté, une correspondance entre Kléber et la direction de son école ainsi que divers documents le concernant sont archivés aux AD du Val de Marne (côte 172J2), documents que n’ai pas pas pu consulter. Kléber a mis au point de nombreux outils utiles à l’apiculture.

 

 

 

 

 

fiche matricule

Fiche matricule de Kléber – Classe 1921 matricule 1550 – Bureau d’Avignon

Comme tous les jeunes hommes de sa génération, Kléber est appelé sous les drapeaux pour effectuer son service militaire. D’abord ajourné en 1921 puis en 1922 pour musculature insuffisante, Kléber est jugé apte au service armé en mai 1923 et intègre le 6e groupe cycliste de Lyon. Démobilisé le 7 mai 1924, il rejoint son domicile à St Christol.

***

Rappelé à l’activité militaire le 3 septembre 1939 à l’âge de 38 ans, Kléber est brièvement intégré au 203e régiment d’infanterie avant que la commission de réforme de Troyes l’affecte aux services auxiliaires de la 15e section COA (commis et ouvriers d’administrations) en décembre 1939 à cause de ses bronchites chroniques avec asthme. Il est ensuite affecté à la station des magasins de Châtres (Aube) dépendant de la 8e section COA en février 1940.

 

 

L’Allemagne commence l’invasion du territoire français le 10 juin. Ensuite tout va très vite. Sous la menace, le 11 juin le gouvernement français fuit de Paris. Le 13 juin, les allemands entrent dans l’Aube où est stationné Kléber, après avoir franchi la Seine. Le 14 juin, les troupes allemandes défilent à Paris sur les Champs-Élysées. Ce même jour, Kléber est fait prisonnier avec sa section.

Liste officielle des prisonniers français au 7 décembre 1940

Entrée du Stalag IV B – Wikipédia

Kléber est envoyé au Stalag VI B, situé à Mühlberg, à 48 km de Dresde, sous le matricule 61 492. Il y reste n an avant d’être rapatrié le 29 juillet 1941 en vertu d’un accord libérant les hommes malades, invalides ou âgés de plus de 41 ans. Kléber est démobilisé le 30 septembre et se retire à St Christol.

 

 

 

 

De retour à la vie civile, Kléber retrouve ses activités dans sa miellerie. La guerre n’est pas loin. St Christol est une place forte du Maquis du Ventoux à partir de l’hiver 1942-1943. Les Habitants aident de nombreux réfugiés d’Alsace-Lorraine et fournissent de faux papiers et une aide matérielle aux jeunes hommes réfractaires au STO. De nombreux résistants périrent pour leurs actes de bravoure.

Atelier de Kléber

Une fois la guerre finie, la vie reprend son rythme. Dans son atelier boutique, Kléber est un des premiers à produire de la gelée royale dans la région. Les souvenirs de mon grand père datent de cette période. Voisins de terres de Kléber, chemin de Brouville, lorsque mes arrières grands parents allaient cueillir les lavandes avec leurs fils sur une période s’étendant de début juillet à mi-aout, la famille s’installait dans leur maison de village, Grand Rue, voisine également de celle de Kléber

Amis, les longues soirées d’été se terminaient autour d’un verre d’hydromel, boisson à base d’eau et de miel fermenté, produite par Kléber. Lors de ces réunions amicales, sous les yeux ébahis des enfants, Kléber plaçait délicatement la reine des abeilles dans une petite cage sous sa gorge. L’essaim suivait sa reine et donnait l’illusion d’une barbe.

Le reste de sa vie reste plus mystérieuse pour moi étant donné que les liens entre Kléber et ma famille se sont un peu distendus. Une fois mes arrières arrières grands-parents décédés, au début des années 60, les terres de St Christol seront délaissées. Kléber restera célibataire toute sa vie et décédera au village en 1986.

Le frère de Kléber, Marceau, reviendra à St Christol  en 1981 après une belle carrière parisienne et y décèdera en janvier 2017. Un musée dédié à son œuvre  voit le jour en 2009. 

Réclame pour la gelée royale KLEBER toujours « visible » à St Christol

Merci à Didier, Jean Pierre et Bérangère pour leurs souvenirs et leurs participations.

Pour en savoir plus:

 

La Madelon, chant des poilus

La version présentée ci dessous semble être la toute première version enregistrée (1917) de la chanson favorite des poilus.

Quand Madelon (C. Robert) avec chœurs chanté par  Marcelly de la Gaîté-Rochechouart Disque Pathé n°4879 / mx. 1818-222 Paris, juin 1917

 

Pour le repos, le plaisir du militaire,

Il est là-bas à deux pas de la forêt

Une maison aux murs tout couverts de lierre

« Aux Tourlourous » c’est le nom du cabaret

La servante est jeune et gentille,

Légère comme un papillon.

Comme son vin son œil pétille,

Nous l’appelons la Madelon

Nous en rêvons la nuit, nous y pensons le jour,

Ce n’est que Madelon mais pour nous c’est l’amour

 

Quand Madelon vient nous servir à boire

Sous la tonnelle on frôle son jupon

Et chacun lui raconte une histoire

Une histoire à sa façon

La Madelon pour nous n’est pas sévère

Quand on lui prend la taille ou le menton

Elle rit, c’est tout le mal qu’elle sait faire

Madelon, Madelon, Madelon !

 

Un caporal en képi de fantaisie

S’en fut trouver Madelon un beau matin

Et, fou d’amour, lui dit qu’elle était jolie

Et qu’il venait pour lui demander sa main

La Madelon, pas bête, en somme,

Lui répondit en souriant :

« Et pourquoi prendrais-je un seul homme

Quand j’aime tout un régiment ?

Tes amis vont venir.

Tu n’auras pas ma main

J’en ai bien trop besoin pour leur servir du vin. »

L’incendie de Sallanches – 19 avril 1840 – Haute Savoie

Extrait de l’affiche appelant aux dons

Contexte: A la fin du registre des naissances de Loisieux, le curé Monet relate l’incendie de Sallanches qui a provoqué une grande émotion en 1840. L’incendie fera 51 morts.

Les malheurs d’une Ville détruite en deux heures, au milieu de la joie innocente d’un jour de fête, ont produit de vives impressions dans tous les cœurs. Le nombre des victimes a fait frisonner d’horreur; le nombre des malheureux errans dans toit paternel excite puissamment une commisération générale.

 

 

BMS de Loisieux 1825-1837 p31/84 4E1687

Le 19 avril 1840, jour de pâques, la ville de Sallanches en Faucigny, a été entièrement détruite par un incendie en trois heures de tems. S.M. Charles Albert a fait un don de 25 000 livres et toutes les paroisses du Duché y ont concourues suivant leurs moyens. Mr le général comte de Sales y fut envoyé pour répartir à chacun ce qu’il convenoit et pour faire rebâtir la ville un peu plus bas à cause des innondations d’un torrent nommé Sallanches qui causoit souvent de grands dégats.
Paris, Lyon, Londres, Bâles, Genêve ont fait de grands dons.

Pour en savoir plus:

{ Le Mur de la Peste }

Avez-vous déjà entendu parler du Mur de la Peste ? Bien connu des vauclusiens, ce mur édifié lors de l’épisode de la Peste de Marseille a eu l’ambition d’être une ligne sanitaire, un rempart pour limiter la propagation de cette terrible épidémie.

Carte extraite du Pays d’Apt malade de la Peste – tracé de la ligne et du mur entre le pays d’Apt et le Comtat

Je ne reviendrais pas sur les circonstances bien connues de l’arrivée de la Peste à Marseille via le voilier trois-mâts « Grand Saint Antoine » en juin 1720.

Le 14 février 1721, la décision est prise par les autorités pontificales d’établir une ligne sanitaire commune entre la France et le Comtat pour protéger Avignon. Il convient de noter que c’est à la demande du Royaume de France et cette intervention de l’État est la première du genre dans une crise sanitaire. Notons également que Le régent Philippe n’est pas mécontent d’imposer sa volonté au pape Grégoire XI sur les terres du Comtat.

Muraille restaurée – photo ©altituderando.com

Concrètement, la ligne était composée d’un fossé de six pieds (1,95m) de large et de profondeur entre Saint Ferréol (près de Mérindol) et Cabrières, et d’un mur de 30 km conçu par l’architecte carpentrassien Antoine d’Allemand, construit en pierres sèches de Cabrières au col de Lagas près de Monieux. La hauteur de ce mur est de six pieds (1m95) par 2 pieds (0.65m) de large. Son but est d’empêcher toutes relations et communications entre le Comtat Venaissin et le Dauphiné encore épargné.

Au cours des recherches effectuées pour mon mémoire de fin d’année, j’ai été confrontée aux parcours des parents de Joseph PONS et de Delphine PEZIERE, mes ancêtres, ayant vécus à cette période et confrontés à cette épidémie dans deux villages proches du Mur.

 

Deux destins, deux villages voisins et pourtant deux juridictions : Les PEZIERE de Méthamis (les Métamies sur la carte de Cassini) dépendant du Comtat Venaissin, sous autorité papale et les PONS de Monieux (Monjeu sur cette même carte), appartenant au Comté de Sault sur le territoire des terres adjacentes de Provence.

Carte de Cassini

Vous retrouverez l’histoire des PEZIERE à travers le destin de Rose CARTOUX, mère de Delphine ici: https://nosabsentspresents.com/2018/05/08/une-femme-un-destin-rose-cartoux-1691-1761/

***

Anthoine PONS (1688-1729) et Anne Marie CASTOR (1696-1768), ménagers, vivent à Monieux lorsque l’épidémie de peste se déclare. Dépendant du Comté de Sault, le village de Monjeu, tel qu’il est nommé du XVIIe au XIXe siècle, est cramponné au flanc sud-est du Mont Ventoux à 650m d’altitude.

Monieux

En mars 1721, les autorités pontificales et françaises mobilisent 500 hommes pour la construction de la ligne. Chaque village se voit assigner un nombre d’hommes et une quantité de matériaux à fournir. Sans aucun doute, Anthoine a participé aux travaux (Aucune liste d’hommes mobilisés dans les archives communales – AD Vaucluse, Monieux, GG 5-7). Le chantier était actif nuit et jour. Il avançait pourtant peu, les ouvriers n’étant guère payés. En mai, le travail fut réorganisé et les ouvriers mieux rétribués. Chaque communauté se voit attribuer la responsabilité de la construction d’un tronçon de mur. Un millier de soldats du Pape furent dépêchés sur place pour les encadrer. Fin juillet 1721, 27 km de murs en pierres sèches (sans mortier, selon une technique propre à la région) étaient achevés, augmentés de 40 guérites, de 50 corps de garde pour les sentinelles militaires affectées à la surveillance ainsi que 10 cabanes abritant les chevaux et les provisions.

Muraille restaurée avec guérite – photos ©altituderando.com

Il n’existe pas de registre indépendant où les morts de la Peste seraient enregistrés pour Monieux, contrairement à d’autres communes proches (St Saturnin lès Apt ou Apt par exemple). Les registres paroissiaux pour la période septembre 1720—décembre 1722  n’enregistrent pas de pics de décès particuliers, sauf pour les mois de septembre et octobre 1720 avec respectivement 6 et 9 décès, mais cela reste toujours cohérent avec la mortalité infantile et l’âge de « vieillesse » de l’époque. Le mur a donc bien protégé le village. On note même la naissance d’une fille du couple en janvier 1721, sans décès précoce, pourtant en pleine période de disette dans la région.

***

L’épidémie s’éteint progressivement en Provence tandis qu’elle entre en Avignon en août 1721. La situation s’inverse alors et les troupes françaises remplacent les troupes pontificales en s’installant de l’autre côté du mur pour protéger le pays d’Apt enfin débarrassé du fléau. La peste s’étend à l’ensemble du Comtat et s’amplifie jusqu’en juillet 1722. Le Comtat se retrouve prisonnier de son propre mur. Isolé du reste de la Provence, les vivres manquèrent et la disette guettait les survivants. Toutefois il convient de noter que le cordon sanitaire fut souvent rompu, les troupes du régent étant incapables d’arrêter la contrebande.

L’épidémie s’éteignit progressivement à partir de septembre 1722. Fin février 1723, les lignes sanitaires sont levées et les troupes françaises quittent le pays.

Quel bilan retenir ? Cet épisode de Peste a fait près de 120 000 morts en Provence selon les comptes généraux tenus par l’administration dont 40 000 à 50 000 pour la seule ville de Marseille (Thierry Sabot, nos ancêtres et la peste). L’épidémie aurait tué environ 25% de la population du Comtat. Les communautés mettront des années à rembourser les emprunts contractés au cours de l’épidémie pour financer entre autres, la construction du mur, les vivres des troupes, le paiement des médecins et des remèdes, etc…

Le mur, appelé « ligne de la malédiction » par les habitants, laissé totalement à l’abandon à partir de 1723, est réhabilité en partie de nos jours grâce à l’association Pierres sèches en Provence (depuis 1986).

 

 

Pour en savoir plus:

Article publié le 8/07/2018 sur http://www.cosson-genealogieblog.fr/2018/07/08/le-mur-de-la-peste-par-aurelie-battu-peyron-travaux-detudiants/

 

Acte de Sépulture de Marie Solinhac, victime de la Bête du Gévaudan – Les Hermaux, octobre 1764

Nicolas CARREAU présente « Légendes d’été » tous les samedis de 15h à 16h sur Europe 1.

Gravure sur bois du XVIIIe siècle. akp-images

Le premier numéro de cette série passionnante concernait la Bête du Gévaudan, légende qui m’a toujours intéressée. J’ai donc pris le temps de rechercher l’acte de sépulture d’une de ses nombreuses victimes.

Voici le lien vers le replay de l’émission du 7 juillet (40min): http://www.europe1.fr/emissions/legendes-dete/legendes-dete-070718-3704105

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Archives de Lozere – Paroisse des Hermaux BMS 1752-1808 EDT 073 GG2 p.171/208

Marie Solinhac, famme d’Enric Cayrel du lieu des Hermals laquelle dévorée par la bête féroce au pred dit la coste des brouillet a été enterrée avec le reste du cadavre le 12 octobre 1764 en foy de ce – Dellond curé