4/7 – Les Poilus de St Saturnin lès Avignon et de Jonquerettes – classes 1909 à 1911

L’association de généalogie de St Saturnin lès Avignon vous propose de découvrir le parcours des poilus de notre paisible village provençal. Voilà des semaines que nous sommes sur leurs traces, de leur départ sur le Front, les accompagnant dans l’enfer des tranchées jusqu’à leurs derniers instants, au combat ou sur un lit d’hôpital. Bien entendu, les hommages nationaux se multiplient avec le centenaire de l’Armistice. Toutefois nous vous proposons de mettre en avant « nos » 48 poilus, en les présentant des classes les plus âgées aux plus jeunes. St Saturnin et Jonquerettes, ils y sont nés, ou y ont résidé. Ils y ont joué enfant, dans nos cours d’école, y ont emprunté nos rues ou travaillé dans nos champs, ont participé à la vie de notre village avant le Grand départ depuis la gare d’Avignon. Ils ont laissé derrière eux des enfants, des épouses, des parents. Leurs histoires sont les nôtres, il y a tout juste 100 ans. 

Aurélie BATTU, Régine CONFALONIERI et Jean Louis CRAPONNE

4ème épisode: des classes 1909 à 1911. ARNAUDET Pierre Gabriel, SOURDON Paul, BUISSON Paul, TESTE Raphaël, CLÉMENT Charles, MOREL Norbert et NITARD Albert

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Classe 1909: ARNAUDET Pierre Gabriel, mort à 28 ans

ARNAUDET Pierre Gabriel, né le 31 mars 1889 à St Saturnin, est le fils de François et de Fanny ALLEMAND. La famille réside à Velleron en 1910.

A la mobilisation générale, il est affecté au poste de canonnier tout d’abord au 10e RAP puis au 62e RAC (mars 1915), et enfin au 3e Régiment d’Artillerie Coloniale, 106e batterie de bombardier (septembre 1915). Dans un premier temps déclaré disparu (9 mai), Pierre est déclaré mort le 10 mai 1917 par éclat d’obus à Clamecy /Banc de Pierre (Aisne). L’annonce de son décès n’a pas dû être immédiate étant donné que son père a fait des démarches auprès de la Croix Rouge, en obtenant une réponse négative en juillet 1917.

Pierre Gabriel était le cousin germain d’ARNAUDET Pierre François (classe 1916) , tué lui aussi au front en octobre 1918.

Matricule 550—Bureau d’Avignon– Mort pour la France—Son nom est inscrit sur le monument aux morts et le livre d’or de Velleron

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Classe 1909: SOURDON Paul Adrien, mort à 25 ans

SOURDON Paul Adrien est né à Carpentras le 4 mars 1889. Fils de Pascal et de BONNEFOUX Augustine, il est maçon et réside avec ses parents à Monteux lorsqu’il effectue son service militaire en 1910.  Il réside ensuite à St Saturnin où il épouse Geneviève GIRARD (sœur d’Albert classe 1904) le 14 aout 1913.

Lors de la mobilisation générale Paul intègre le 2e régiment de zouaves et part en renfort avec son régiment à Tracy –le-Mont  (Oise) où il disparait le 19 septembre lors d’un combat dans la fôret de Laigue.

La « Brigade marocaine » se dévoua pour ses camarades d’Afrique et fut sublime. Elle s’élança sur Carlepont. Après plusieurs tentatives infructueuses et sanglantes, finit par y pénétrer, livra dans la nuit un horrible combat de rues, permit à la 37ème division d’échapper à la tenaille allemande et de se replier sur Tracy-le-Mont et Tracy-le-Val. Pendant ces trois journées de combats ininterrompus, le 2ème Zouaves venait de barrer la route de Paris et de briser les efforts de l’ennemi. Après être resté un jour en cantonnement d’alerte à Tracy-le-Mont, le 2ème Zouaves était lancé à nouveau dans la mêlée. Une division, pressée par un ennemi très supérieur en nombre, et qui avait accumulé un formidable matériel d’artillerie lourde, venait de lâcher pied à notre droite; il fallait reconquérir le plus possible de terrain perdu.

Sa famille entreprend des recherches auprès de la Croix Rouge en dernier recours en novembre 1917. Après de multiples demandes, La Croix Rouge lui transmet une réponse négative en juillet 1918. Un jugement déclaratif de décès du tribunal d’Avignon est rendu le 6 mai 1920.

 Matricule 683—Bureau d’Avignon–Mort pour la France—Son nom est inscrit sur les monuments aux morts de St Saturnin et de Monteux ainsi que sur la plaque commémorative de la mairie de St Saturnin et le livre d’or de la commune.

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Classe 1910: BUISSON Paul Joseph Louis, mort à 24 ans

BUISSON Paul Joseph Louis, fils de François Placide et de Magdeleine BUISSON, nait à Avignon le 24 février 1890. Il vit au Thor avec sa famille.

Paul vient d’effectuer son service militaire (octobre 1911-novembre 1913) lorsque la guerre est déclarée. Mobilisé, il rejoint le 3e RI. Envoyé sur le secteur de Dieuze, il est  blessé et fait prisonnier le 20 août 1914, comme 524 hommes de son unité. Envoyé dans le camp de prisonniers de Lechfeld (Bavière), il y décède de ses blessures le 11 septembre. Paul est inhumé dans le cimetière de Neuburg an der Donau (tombe 72-73).

Matricule 81—Bureau d’Avignon– Mort pour la France. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de St Saturnin ainsi que sur la plaque de la mairie.

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Classe 1910: TESTE Raphaël Albert, mort à 24 ans

TESTE Raphaël Albert, fils de Cyprien Pierre et d’Émilie Eugénie CREIX, nait à Monteux le 13 octobre 1890. Cultivateur, il vit à Jonquerettes avec sa famille.

Raphaël s’engage volontairement dans l’Armée pour 5 ans en septembre 1910. Il intègre alors le 1er régiment de chasseurs d’Afrique et part pour l’Algérie (septembre 1910-novembre 1911) et le Maroc (novembre 1911—aout 1914). Le 12 aout 1914, son régiment quitte Casablanca et débarque à Sète, puis passe par Carcassonne avant de rejoindre Juvisy. Raphaël fait partie du 1er escadron dit « de Benoist » et traverse Paris  le 2 septembre avant de rejoindre le front de la Marne. Le 1er novembre, le régiment se dirige vers la frontière belge afin d’appuyer une action anglo-française. Le 3 novembre, le 1er RCA reste toute la journée sous le feu de l’artillerie ennemie. Le 4, les hommes se maintiennent dans des tranchées exposées au feu. Le 5, le régiment attaque sur la route de Valverghem à Messines. Vers 17h, le 1er escadron se porte à la gauche des tranchées anglaises pour remplacer un bataillon de chasseurs qui a effectué un mouvement en arrière. Un corps à corps se produit. Malgré le défaut de baïonnettes et la situation critique, l’escadron tient pendant six heures. C’est probablement à ce moment là que Raphaël a dû être tué, comme 14 autres camarades. (Historique du 1er RCA).

Matricule 198 —Bureau d’Avignon– Mort pour la France—Médaille du Maroc—Son nom figure sur le monument aux morts de Monteux, sur les livres d’or de Jonquerettes et de Monteux

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Classe 1911: CLÉMENT Charles Étienne, mort à 20 ans

CLEMENT  Charles Étienne, fils de Marius Philippe et d’Adèle Virginie GAINTRAND, est né à St Saturnin le 18 septembre 1891. En 1911, journalier, il vit avec sa mère, ses frères et sœurs quartier des Grandes Terres.  Charles est incorporé à compter d’octobre 1912 pour accomplir son service militaire au sein du 4e Régiment de chasseurs d’Afrique à Tunis. La guerre se déclare alors qu’il est en service. Son régiment embarque à Alger le 9 aout et débarque à Sète le 12. Pas de permission délivrée en route pour saluer la famille. Par chemin de fer, Charles arrive à Lyon le 13 et débarque à Voujeaucourt, près de Montbéliard (Doubs) le 15. Son régiment est affecté à l’Armée d’Alsace, franchit la frontière et entre en Alsace le 16 aout. Le 19 au matin, le régiment se heurte à la sortie d’Heyviller (région d’Altkirsh) à des forces allemandes. Les soldats du 4e RCA partent pour leur premier combat plein d’enthousiasme mais se heurtent au feu des fusils et des mitrailleuses ennemis.

Le 19 août au matin, le régiment formant l’avant-garde de la 44e D.I. se heurte à la sortie S.E. d’Heyviller à des forces allemandes venues d’Huningue. Le 1er escadron (capitaine Penet) est en avant-garde du régiment. Son peloton de pointe s’engage au combat à pied. Le colonel donne l’ordre de charger. Au commandement vibrant du capitaine Penet, les pelotons Dabat, Broillat et Bonneaud, formés en vagues successives de fourrageurs, partent, soulevés d’enthousiasme. Au milieu des avoines, la charge franchit une crête, et, sous un feu effroyable de fusils et de mitrailleuses, traverse une première ligne d’infanterie allemande, se heurte à une deuxième tapie à la lisière des bois, tourne à gauche, traverse une troisième ligne subitement dressée en potence, fait un crochet pour éviter le feu d’auto-mitrailleuses établies sur la grande route, franchit cette route. Le lit d’un ruisseau formant défilement lui permet d’atteindre un petit bois où elle essaie de se rallier. Prise à partie par l’artillerie ennemie, elle repart au galop, rejoint enfin Heyviller et, peu après, le régiment. Le capitaine Penet et le lieutenant Broillat étaient tués. 68 gradés et chasseurs restaient sur le terrain. Un peu plus tard, une deuxième charge est exécutée vers le sud d’Heyviller par le peloton Belle, du 2e escadron, tandis que le peloton de Lorme, du 3e escadron, combat à pied. Blessé: le lieutenant Belle. Le mouvement d’encerclement de l’ennemi est arrêté par ces charges et par une audacieuse intervention de la S.M.

Charles Étienne est tué lors de ce combat. Il sera le premier tué saint-saturninois de la guerre.

Excellent trompette, courageux, ardent. A été tué le 19 aout 1914 en chargeant avec son peloton l’ennemi qui occupait le village d’Heyviller. A été cité. » citation 342 du 20  novembre 1920

Matricule 218—Bureau d’Avignon– Mort pour la France  –  Inscrit au tableau de la médaille militaire à titre posthume—Son nom figure sur le monument aux morts de St Saturnin, ainsi que sur la plaque de la mairie et le livre d’or de la commune.

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Classe 1911: MOREL Norbert, mort à 23 ans

MOREL Norbert Clément Philippe, fils d’Eugène Victor et de Zélie CUZIN, nait à Entrechaux le 26 mai 1891. En 1906, papetier, il vit à Chateauneuf de Gadagne avec sa mère et ses deux frères.  En 1911, Norbert réside à Malaucène tandis que sa mère domiciliée à St Saturnin.

Incorporé au 58e RI d’Avignon à compter d’octobre 1912 pour son service militaire, Norbert reste dans son régiment à la déclaration de la guerre. Il est blessé et fait prisonnier à Dieuze le 19 aout 1914.  Sans nouvelles, son frère Auguste, gravement blessé en septembre 1914, alors au dépôt des éclopés d’Avignon, demande de ses nouvelles à l’Armée.  Après enquête, il est établi que Norbert est décédé en captivité au camps d’Ohrdruf (Thuringe / Allemagne) des suites de maladie contractée en service, à priori le 1er septembre 1914 et y serait enterré. Ces renseignements ont été transmis à la famille le 16 aout 1915. Son corps sera rapatrié et inhumé au cimetière de St Saturnin le 28 février 1926.

 Matricule 256—Bureau d’Avignon– Mort pour la France—Son nom est inscrit sur le monument aux morts de St Saturnin, ainsi que sur la plaque de la mairie et le livre d’or de la commune.

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Classe 1911: NITARD Albert Joseph, mort à 27 ans

NITARD Albert Joseph nait le 15 avril 1891 à St Saturnin. Fils de Jean Joseph et d’Augustine ESTEVENIN, Albert vit avec ses parents, ses deux sœurs et sa tante maternelle dans le centre du village en 1911.  Incorporé au 13e régiment de chasseurs à cheval de Valence en octobre 1912 pour son service militaire,  il reste dans son régiment lorsque la guerre éclate en aout 1914. Albert est blessé une première fois le 23 octobre 1914 à Roulers (Belgique) par éclat d’obus au genou droit. De retour au Front, il passe ensuite au 75e RI (décembre 1915) avant de rejoindre le 340e RI (juin 1916). Blessé par éclat d’obus à la cuisse gauche le 3 septembre 1918, alors que son régiment attaque les positions ennemies de Lœuilly sous Coucy (Aisne), il décède à l’ambulance  le 9 dans le secteur de Gouvieux (Oise). Le même jour, son régiment compte 9 tués, 1 disparu et 96 blessés ou intoxiqués.

Son cousin Victor Joseph NITARD (classe 1915) est tué le 7 juillet 1916.

Prise de Leuilly sous Coucy – carte extraire du JMO 340eRI

Matricule 226—Bureau d’Avignon– Mort pour la France— Son nom est inscrit sur le monument aux morts de St Saturnin, ainsi que sur la plaque de la mairie et le livre d’or de la commune.

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à suivre …

1918. Du deuil national à la mémoire locale – St Saturnin lès Avignon

1/7 – Les Poilus de St Saturnin lès Avignon et de Jonquerettes – classes 1893 à 1900

2/7 – Les Poilus de St Saturnin lès Avignon et de Jonquerettes – classes 1901 à 1904

3/7 – Les Poilus de St Saturnin lès Avignon et de Jonquerettes – classes 1905 à 1908

3/7 – Les Poilus de St Saturnin lès Avignon et de Jonquerettes – classes 1905 à 1908

L’association de généalogie de St Saturnin lès Avignon vous propose de découvrir le parcours des poilus de notre paisible village provençal. Voilà des semaines que nous sommes sur leurs traces, de leur départ sur le Front, les accompagnant dans l’enfer des tranchées jusqu’à leurs derniers instants, au combat ou sur un lit d’hôpital. Bien entendu, les hommages nationaux se multiplient avec le centenaire de l’Armistice. Toutefois nous vous proposons de mettre en avant « nos » 48 poilus, en les présentant des classes les plus âgées aux plus jeunes. St Saturnin et Jonquerettes, ils y sont nés, ou y ont résidé. Ils y ont joué enfant, dans nos cours d’école, y ont emprunté nos rues ou travaillé dans nos champs, ont participé à la vie de notre village avant le Grand départ depuis la gare d’Avignon. Ils ont laissé derrière eux des enfants, des épouses, des parents. Leurs histoires sont les nôtres, il y a tout juste 100 ans. 

Aurélie BATTU, Régine CONFALONIERI et Jean Louis CRAPONNE

3ème épisode: des classes 1905 à 1908. ARMAND Clément, BEUNE Louis, CHABRAN Fernand, MARCELLIN Louis, BOUSSIER François, MONNIER Henri et REQUIN Joseph

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Classe 1905: ARMAND Clément Joseph, mort à 29 ans

ARMAND Clément Joseph, fils d’Antoine et d’Eulalie BALLOT, est né à Sainte Jalle (Drôme) le 13 novembre 1885. Cultivateur, il vit à Valréas lors de son service militaire en 1905, puis s’installe à Jonquerettes en 1910 avant St Saturnin en 1912.

Mobilisé à la déclaration de la guerre, il intègre le 258e RI d’Avignon. Le 20 septembre 1914, le 258e est en position dans le secteur d’Haltonville (Meuse)

Nos hommes tiennent ferme, et font éprouver de sérieuses pertes à l’adversaire. Mais la nuit arrive, à sa faveur l’ennemi parvient à s’infiltrer entre les tranchées, et à prendre les défenseurs entre deux feux. Beaucoup sont pris de panique et se réfugient dans le village où se livre un violent combat dans les rues d’Haltonville, au milieu des incendies des immeubles. Le capitaine Argaud qui a réussi à grouper autour de lui environ 200 hommes tient dans le village et sur les pentes d’Hattonchatel pendant toute la nuit. Au petit jour, il se replie lentement dans la direction de Chaillon.

Disparu ce jour là, il faudra attendre un jugement déclaratif du tribunal d’Avignon du 12 mai 1921 pour que son décès soit reconnu et noté sur les registres de St Saturnin.

Matricule 546—Bureau d’Avignon—Mort pour la France—Son nom figure sur le livre d’or de la commune mais n’apparait sur aucun monument aux morts

 

 

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Classe 1905: BEUNE Louis Jean mort à 33 ans

BEUNE Louis Jean, fils de Valentin, charpentier,  et de Marthe Adélaïde MASSE, est né à Entraigues le 21 aout 1885. Papetier, il réside à St Saturnin depuis 1913. A la mobilisation générale, Louis intègre le 55e RI d’Avignon puis le 19e Régiment d’Artillerie de Nîmes en décembre 1914. Louis tombe malade, probablement de la grippe espagnole qui sévit à cette période. Envoyé en convalescence, il entre à l’hôpital d’Avignon le 4 octobre 1918 et y décède le 7. Sa fiche matricule indique « maladie non contractée en service ». Inscrit sur le monument aux morts en 1921, le titre de « Mort pour la France » lui est refusé lors de la rédaction du livre d’or de la commune à la fin des années 20.

« Maitre Pontier d’une conscience et d’un dévouement à toute épreuve. Le 18 juillet (1916) a continué à servir sa pièce sous un bombardement des plus violents. A donné à ses camarades un bel exemple de dévouement et de sang-froid » citation  139 du 9 aout 1916

Matricule 710—Bureau d’Avignon—Croix de Guerre—Non Mort pour la France—Son nom figure sur le monument aux morts de St Saturnin, ainsi que sur la plaque de la mairie. Sépulture en l’ossuaire national d’Avignon

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Classe 1906: CHABRAN Fernand François, mort à 30 ans

CHABRAN Fernand François, fils de François et de Marie Appolonie BESSAC, frère d’Ernest Casimir (classe 1902) est né à Sorgues le 1er septembre 1886. Ses parents divorcent rapidement après sa naissance et les deux frères deviennent pupilles de l’Assistance Publique. Fernand s’installe à St Saturnin lorsque son frère y épouse Marie Antoinette TALON en 1912. Il y épouse à son tour Rose Françoise MOULET le 24 janvier 1914.

A la mobilisation générale, Fernand rejoint le 258e RI. Il est blessé d’un coup de feu à la tête le 24 aout 1914 à Bussy. Classé dans les services auxiliaires après une période de convalescence, la commission de réforme le juge apte au service armé en septembre 1915. Il intègre alors le 84e RI en octobre 1915 tandis que sa femme est enceinte. Son frère Ernest est tué à Malancourt en mars 1916. Le mois suivant, Rose donne naissance à leur fille Marie Ange. Fernand incorpore ensuite le 246e RI (janvier 1918) et enfin le 169e RI (septembre 1918) en tant que clairon.

Fernand est tué à son tour le 1er octobre 1918 à Staden (Belgique) où il sera initialement inhumé avant un transfert de sa dépouille au cimetière militaire d’Ypres (Belgique) en juillet 1922—tombe 133, nécropole nationale St Charles de Potyze. Il sera décoré de la Croix de Guerre étoile de bronze à titre posthume.

« Tombé au champ d’honneur, glorieusement mort pour la France après avoir donné au cours d’une période de durs combats, toute la valeur de son héroïsme et de son dévouement » citation

Matricule 635—Bureau d’Avignon– Mort pour la France— Croix de guerre étoile de bronze. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de St Saturnin ainsi que sur la plaque de la mairie et le livre d’or de la commune

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Classe 1907: MARCELLIN Louis, mort à 28 ans

MARCELLIN Louis, fils d’Étienne et de  Louise CALVINI est né le 2 septembre 1887 à St Saturnin. Sa mère décède en 1889. Veuf avec deux enfants en bas-âge, son père se remarie avec Joséphine DUCRES. En 1906, Louis est journalier et vit avec son père, sa belle mère, son frère Marius, sa demi-sœur Léonie son demi-frère Martin (né à Avignon), au quartier des Confines. La famille s’installe ensuite à Pélissanne, où Louis se marie le 30 novembre 1912 avec Virginie TOSCANI.

Mobilisé en aout 1914, il rejoint le 258e régiment d’Infanterie d’Avignon.  Son jeune frère Marius, âgé de  21 ans, est tué en juin 1915. Louis est tué à son tour le 26 septembre 1915 dans le secteur du bois de Malancourt où son régiment a été décimé.

Le 22 septembre 1915, commença de notre côté un bombardement très violent des tranchées allemandes. C’était la préparation de l’offensive qui allait se faire en Champagne, et dans le secteur du bois de Malancourt. L’action se réduisit tout d’abord à de violents tirs de notre artillerie, semblant préparer une attaque, et en même temps des brèches étaient faites dans nos réseaux de fils de fer pour permettre à nos hommes de se porter en avant. L’artillerie allemande répondit avec vigueur et le 258e subit des pertes assez sensibles par des obus de gros calibres et des torpilles. Du 22 au 26 septembre, le régiment eut dix tués et cinquante blessés dont trois officiers – JMO du 258e RI

Le malheur frappera encore la famille puisque son dernier frère, Martin, décèdera d’une tuberculose pulmonaire le 8 octobre 1918.

Matricule 1242—Bureau d’Avignon– Mort pour la France—Son nom est inscrit sur le monument aux morts  et le livre d’or de Pélissanne

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Classe 1908: BOUSSIER François Marie, mort à 26 ans

BOUSSIER François Marius (Marie) Célestin, fils de Xavier et de Joséphine RICHIER, nait le 8 septembre 1888 à St Saturnin.  Cultivateur, il effectue son service militaire au 3e régiment d’infanterie de Digne en 1908. Il vit quartier du Pré de Jonquières avec ses parents et ses sœurs en 1906. Mobilisé en août 1914, il disparait dès le 20 à Dieuze (Lorraine).  Ce jour là, son régiment compte 5 tués et 546 blessés ou disparus. Son père demandera des nouvelles auprès de la Croix Rouge, qui lui confirmeront le décès de son fils. François est un des premiers saint-saturninois tué dans ce conflit.

Matricule 1145—Bureau d’Avignon– Mort pour la France. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de St Saturnin ainsi que sur le livre d’or de la commune et la plaque de la mairie

 

 

 

 

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Classe 1908: MONNIER Henri Armand, mort à 27 ans

MONNIER Henri Armand, fils d’Armand Auguste et de Marie Louise GIRARD, est né à St Saturnin le 8 janvier 1888. Tailleur d’habits à Avignon, il y épouse Anastasie FABRE, couturière, le 23 janvier 1912. Mobilisé en aout 1914, il intègre le  8e RI colonial de Toulon. Fait prisonnier à une date inconnue, Henri décède le 11 juin 1915 à l’hôpital de Döberitz (à 6km de Berlin) d’une maladie contractée en service (renseignements de source allemande). Sa veuve reçoit un secours de 150 francs en septembre 1915.

Matricule 1177—Bureau d’Avignon—Mort pour la France—Son nom ne figure sur aucun monument aux morts ni aucun livre d’or

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Classe 1908: REQUIN Joseph Lucien, mort à 26 ans

REQUIN Joseph Lucien, fils de Joseph François et de Julie Henriette BOUSSIER, est né à Jonquerettes le 9 mars 1888. Cultivateur,  il vit dans le centre ville de Jonquerettes en 1906 avec ses parents, sa sœur, son grand père et sa tante maternelle. Il y épouse Marie Françoise GUINTRAND le 26 avril 1913.

A la mobilisation générale, il intègre le 24e bataillon de chasseurs à pied de Villefranche. Entre le 15 et le 21 novembre, son bataillon fait le service des tranchées dans des conditions excessivement pénibles à cause de la pluie, du froid et de la neige, sans relève. Le 15 et le 16, le bataillon est soumis à un bombardement violent. Joseph est blessé le 16 novembre 1914 aux environs d’Ypres. Durant ces deux jours, son bataillon compte une soixantaine d’hommes tués ou blessés. Conduit à l’hôpital complémentaire n°38 de Deauville, Joseph décède des suites de ses blessures le 25. Son corps sera rapatrié et enterré au cimetière de Jonquerettes.

Matricule 1089—Bureau d’Avignon—Mort pour la France. Son nom figure sur le livre d’or de Jonquerettes.

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A suivre …

1918. Du deuil national à la mémoire locale – St Saturnin lès Avignon

1/7 – Les Poilus de St Saturnin lès Avignon et de Jonquerettes – classes 1893 à 1900

2/7 – Les Poilus de St Saturnin lès Avignon et de Jonquerettes – classes 1901 à 1904

2/7 – Les Poilus de St Saturnin lès Avignon et de Jonquerettes – classes 1901 à 1904

L’association de généalogie de St Saturnin lès Avignon vous propose de découvrir le parcours des poilus de notre paisible village provençal. Voilà des semaines que nous sommes sur leurs traces, de leur départ sur le Front, les accompagnant dans l’enfer des tranchées jusqu’à leurs derniers instants, au combat ou sur un lit d’hôpital. Bien entendu, les hommages nationaux se multiplient avec le centenaire de l’Armistice. Toutefois nous vous proposons de mettre en avant « nos » 48 poilus, en les présentant des classes les plus âgées aux plus jeunes. St Saturnin et Jonquerettes, ils y sont nés, ou y ont résidé. Ils y ont joué enfant, dans nos cours d’école, y ont emprunté nos rues ou travaillé dans nos champs, ont participé à la vie de notre village avant le Grand départ depuis la gare d’Avignon. Ils ont laissé derrière eux des enfants, des épouses, des parents. Leurs histoires sont les nôtres, il y a tout juste 100 ans. 

Aurélie BATTU, Régine CONFALONIERI et Jean Louis CRAPONNE

2ème épisode: des classes 1901 à 1904. ESTEVENIN Victor Jules, CHABRAN Ernest Casimir, MACHIN Joseph, ESTELLON Joseph Auguste, DUCRES Victor et GIRARD Albert

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Classe 1901: ESTEVENIN Victor Jules, mort à 37 ans

ESTEVENIN Victor Jules nait le 5 juin 1881 à St Saturnin. Fils de Joseph et de Marie Eugénie BLANC, cultivateur, il vit avec ses parents quartier des Confines en 1911.

Classé dans les services auxiliaires en 1904 pour faiblesse, la commission de réforme d’Avignon le juge apte au service armé en novembre 1914.  Victor est tout d’abord incorporé au 258e RI en décembre, puis intègre le 56e bataillon de chasseurs à pied, 8e section , en avril 1916.

Le 15 juillet 1918, son régiment est pris sous une violente canonnade dans le secteur de Festigny les Hameaux (Marne). Une des missions  de la 8e section consiste à former un front défensif sur la côte 208. Le bataillon lutte dans les sous-bois toute la journée. A 20h, l’ordre de repli est donné. Victor est tué lors de ce combat, comme 17 autres camarades. Ce jour là, son régiment compte également 15 disparus, 31 blessés et 3 intoxiqués. (récit du combat JMO 26N 830/4 p.56-62/120)

e

Matricule 652—Bureau d’Avignon– Mort pour la France—Son nom est inscrit sur le monument aux morts de St Saturnin ainsi que sur la plaque de la mairie et le livre d’or de la commune.

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Classe 1902: CHABRAN Ernest Casimir, mort à 34 ans

CHABRAN Ernest Casimir, fils de François et de Marie Appolonie BESSAC, est né le 25 juin 1882 à Vacqueyras.  Après son service militaire en Tunisie, Ernest exerce le métier de maréchal-ferrant à Lyon, avant de s’installer dans le Vaucluse  et d’épouser Marie Antoinette TALON au Pontet le 23 novembre 1912. Leur fille Jeanne Rosalie nait en aout 1913. La famille  s’installe aux Valayans en mai 1914.

Ernest est mobilisé en aout 1914 et est incorporé au 258e RI d’Avignon. Son frère Fernand François CHABRAN (classe 1906) et son beau frère de Gabriel CEBE (classe 1893) sont également mobilisés.

Son régiment est engagé dans la bataille de Malancourt en mars 1916. Ernest disparait lors de ces combats le 20 comme de nombreux camarades de régiment originaires de Provence, tués ou capturés.

Le 20 mars 1916, vers 7heures du matin, commença le bombardement excessivement violent par obus et torpilles de nos positions du bois et à l’est du bois. Les abris construits avec des rondins étaient insuffisamment résistants, et au bout de quelques heures, les tranchées étaient complétement bouleversées et démolies. De nombreux hommes étaient ensevelis dans leurs abris. Les avions allemands, qui survolent seuls nos lignes sur le bois, règlent le tir sans être gênés, et l’absence de feuilles aux arbres facilite leur travail de réglage. Les tranchées de première ligne, si bie organisées pour des attaques par surprise, n’étaient plus que trous d’obus et abris effondrés. Cette ligne de tranchées ne pouvait plus offrir la moindre résistance et cependant, quelques allemands, vers 14h30, après un « Trommel Feuer » formidable, attaquèrent les tranchées occupées par le 258e avec des jets de liquide enflammé; ils trouvèrent devant eux des poilus, qui ayant pu échapper au bombardement, arrêtèrent leur marche en avant et leur causèrent des pertes sensibles.

Sa femme demandera des renseignements sur une possible captivité auprès de la Croix Rouge. Il est déclaré comme étant décédé ce jour en janvier 1919.

Matricule 534—Bureau d’Avignon– Son nom est inscrit sur le monument aux morts de St Saturnin, ainsi que sur la plaque de la mairie et le livre d’or de la commune

 

 

 

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Classe 1902: MACHIN Joseph, mort à 36 ans

Machin JosephMACHIN Joseph, fils d’Émile et de Léonie GAUDOT, ainé de 7 enfants, est né à Brion (Saône et Loire) le 6 novembre 1881. En 1906, papetier à Gromelle, il vit à Vedène avec sa femme Philomène TUCELLI et leurs deux enfants Émile (1902-1983) et Louise (1904-1993). Trois autres enfants verront le jour avant sa mobilisation: Jean Marie (1907-1907), Sauveur (1908-1909) et Francis Albert (1912-).

A la mobilisation générale, il intègre le 58e RI d’Avignon. Après avoir pris part avec son régiment aux combats de Dieuze et de la Marne (1914), à l’offensive de Champagne (1915) et à la guerre des tranchées de Verdun (1916), Joseph et le 58e RI sont envoyés sur le Front d’Orient. Parti de Marseille pour Salonique en janvier 1917, le 58e passe par le secteur d’Osin, d’Athènes et se fixe à l’ouest de Monastir fin juillet 1917.  Le terrain est difficile puisque très rocheux et les « tranchées » font à peine 80cm de profondeur. Joseph est blessé par un éclat de torpille le 4 aout. Il décède au poste chirurgical le 14 aout 1917 près de Bitola  (ex Monastir / Macédoine actuelle). Son corps est enterré dans le cimetière militaire de Bitola (tombe individuelle 5279).

Matricule 534—Bureau d’Avignon– Mort pour la France—Son nom est inscrit sur le monument aux morts de St Saturnin, sur le livre d’or de la commune et sera ajouté à la plaque commémorative de la mairie (à cause de l’enregistrement du décès tardif)

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Classe 1903: ESTELLON Joseph Auguste Mamert, mort à 31 ans

ESTELLON Joseph Auguste (Augustin) Mamert, fils de Laurent Abel et de Joséphine BOURGET, frère de Joseph Étienne Mamert, est né à Drignac (aujourd’hui renommée Ally – Cantal) le 14 juin 1883.  Il vit avec sa famille à Courthézon quand,  alors étudiant, il s’engage volontairement  dans l’Armée pour trois ans en novembre 1902.

Joseph devient second canonnier conducteur en novembre 1902, puis brigadier fourrier en janvier 1904 et maréchal des logis le 4 octobre 1904. Il se réengage  pour un an en aout 1905, puis pour un an de plus en 1906, et enfin pour deux ans supplémentaires en novembre 1907. Joseph obtient le grade de maréchal des logis fourrier en juin 1908. Il choisit de poursuivre sa carrière militaire et de compléter par la théorie ses acquis du terrain. Il est nommé élève officier en octobre 1908 et est admis à suivre les cours de l’école militaire de l’artillerie et du Génie.

Joseph est promu sous-lieutenant par décret en septembre 1909 au 6e régiment d’artillerie puis obtient le grade de lieutenant le 1er octobre 1911. Il intègre ensuite le 55e régiment d’artillerie en janvier 1912.

Concernant sa vie privée, Joseph épouse Amélie SANDRIN le 11 juillet 1907 à Courthézon. Le couple a un fils, Abel, (1907) et une fille Marie Madeleine (1909).

A la mobilisation générale, Joseph encadre les recrues au dépôt. Le régiment prend le train et remonte la rive droite du Rhône. Il passe par Lyon, Dijon, Neufchâteau et Mirecourt, puis enfin Vélize. Le régiment se rassemble dans les environs d’Haroué. Les différends groupes d’artillerie ont pour mission de préparer la marche de l’infanterie dans le village de Montcourt. Le premier feu se tient le 14 aout 1914. Le 16, après deux nuits passées sur le champs de bataille sous la pluie, le régiment rassemblé passe la frontière (Lorraine annexée).  L’ennemi continue sa retraite, trop rapide de l’avis de certains. Le 18, le régiment se trouve en batterie dans les environs de Dieuze. Derrière eux, les étangs de Lindre, par devant se trouve les pentes boisées de Bénestroff. L’infanterie est arrêtée par l’ennemi qui a ajouté aux défenses naturelles une organisation puissante. Des tranchées bétonnées et une importante artillerie le protègent. Pendant toute la journée, des avions ennemis survolent à faible hauteur les positions françaises, réglant par fusées le tir dont la précision croit sans cesse. Les pertes sont lourdes. Pas d’autre abri que celui offert par le matériel, et ce durant deux jours. C’est le 19 que Joseph, lieutenant de la 1ère batterie, est mortellement atteint par un obus à son poste de combat. C’est le premier officier tué au régiment. C’est aussi un des premier poilu saint-saturninois à tomber.

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Matricule 653—Bureau d’Avignon– Son nom est inscrit sur les monuments aux morts de St Saturnin et de Courthézon, sur le livre d’or de Courthézon, et sur les  plaques  commémoratives des deux mairies.

Dossier Légion d’Honneur non retrouvé (contrairement au dossier de son fils Abel qui a lui aussi obtenu la Légion d’Honneur/ enseigne de vaisseau 2nde classe en 39-45). Absent du tableau d’Honneur (L’Illustration) – Historique du 55e RAC—sans date—disponible sur Gallica

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Classe 1904: DUCRES Victor Marius, mort à 31 ans

DUCRES Victor Marius, fils de François Xavier et de Sylvie GOUBET, frère d’Henri est né le 22 novembre 1884 à St Saturnin. Sur le recensement de 1911, il est domicilié avec sa mère quartier des Grandes Terres et exerce le métier de maçon. Victor épouse Émilie Julie LAFFONT à St Saturnin le 26 aout 1911. Leur fils Augustin nait en aout 1912.

Lors de la mobilisation générale, Victor est incorporé au 58e RI d’Avignon en décembre 1914 puis passe au 141e RI de Marseille en mars 1915. Victor intègre ensuite le 415e RI. Il est cuisinier en seconde ligne avant de passer en première ligne fin aout 1915.  Il est tué à Perthes les Hurlus (Marne) le 25 septembre 1915, d’une balle dans la tête.  (sur sa fiche matricule, son décès est noté au 2 octobre 1915 bien que sur le JMO du régiment sont nom n’est noté pour aucune des deux dates).

Victor écrivait chaque jour à sa femme. Toutes ses lettres ont été conservées par son épouse, puis son fils Augustin et aujourd’hui son petit fils Jacques.

Matricule 616—Bureau d’Avignon– Mort pour la France—Son nom figure sur le monument aux morts de St Saturnin ainsi que sur les plaques de la mairie et de l’église ainsi que sur le livre d’or

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Classe 1904: GIRARD Albert

GIRARD Albert, fils de Claude et de Virginie COURTIL, nait à Avignon le 19 juillet 1884. Journalier puis ouvrier d’usine chez les frères PICHAT, il épouse Joséphine ESTELLON le 14 avril 1910 à St Saturnin. En 1911, il vit quartier des Grandes Terres avec sa femme et ses enfants, Claudine née en 1910 et Félix né en 1913.

A la mobilisation générale, il incorpore le 258e RI d’Avignon au poste de clairon. Il est signalé disparu dès le 29 septembre 1914 à St Mihiel (Marne) sur sa fiche matricule mais son décès est antérieur puisque fixé au 20 septembre 1914.

Sa femme demande une enquête auprès de la Croix-Rouge et obtiendra une réponse négative quant à une hypothétique captivité 8 mois plus tard.  Il faudra attendre un jugement déclaratif du tribunal d’Avignon en date du 17 novembre 1920 pour que son décès soit reconnu et noté sur les registres communaux.

Matricule 653—Bureau d’Avignon– Mort pour la France. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de St Saturnin ainsi que sur la plaque de la mairie et le livre d’or de la commune.

 

 

 

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A suivre …

1918. Du deuil national à la mémoire locale – St Saturnin lès Avignon

1/7 – Les Poilus de St Saturnin lès Avignon et de Jonquerettes – classes 1893 à 1900

1/7 – Les Poilus de St Saturnin lès Avignon et de Jonquerettes – classes 1893 à 1900

L’association de généalogie de St Saturnin lès Avignon vous propose de découvrir le parcours des poilus de notre paisible village provençal. Voilà des semaines que nous sommes sur leurs traces, de leur départ sur le Front, les accompagnant dans l’enfer des tranchées jusqu’à leurs derniers instants, au combat ou sur un lit d’hôpital. Bien entendu, les hommages nationaux se multiplient avec le centenaire de l’Armistice. Toutefois nous vous proposons de mettre en avant « nos » 48 poilus, en les présentant des classes les plus âgées aux plus jeunes. St Saturnin et Jonquerettes, ils y sont nés, ou y ont résidé. Ils y ont joué enfant, dans nos cours d’école, y ont emprunté nos rues ou travaillé dans nos champs, ont participé à la vie de notre village avant le Grand départ depuis la gare d’Avignon. Ils ont laissé derrière eux des enfants, des épouses, des parents. Leurs histoires sont les nôtres, il y a tout juste 100 ans. 

Aurélie BATTU, Régine CONFALONIERI et Jean Louis CRAPONNE

1er épisode: des classes 1893 à 1900. CEBE Gabriel, ESTEVENIN Camille Marius, JACOMET Adrien, ROUX Auguste, GALLON Victor et MEYER Paul

 

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Classe 1893 : CEBE Gabriel, mort à 45 ans

CEBE GabrielCEBE Gabriel, fils de Justin Nicolas et d’Eugénie REQUIN nait à St Saturnin le 11 mai 1873. Cultivateur, il épouse le 4 juillet 1903 Augustine TALON (1881-1957) au Pontet. En 1911 Gabriel et sa femme vivent quartier des Grès dans la maison paternelle avec sa mère Eugénie, et la famille de son frère ainé Albert (réformé).

A la mobilisation générale, Gabriel incorpore brièvement le 118e Régiment d’Infanterie Territorial d’Avignon avant de rejoindre le 315e RIT en mars 1915. Il passe ensuite au 90e RIT en juin 1917.

Gabriel est tué par un éclat d’obus le 1er juin 1918 sur la côte 240 au Sud Ouest de Vrigny (Marne), vraisemblablement lors de « l’offensive Blüncher » qui avait débutée le 27 mai.

Tout d’abord inhumé à Sainte Euphraise (Marne), son corps sera rapatrié et enterré dans le cimetière de St Saturnin le 22 mars 1922.

Matricule 1468—Bureau d’Avignon—Mort pour la France—Son nom est inscrit sur le monument aux morts de St Saturnin, la plaque commémorative de la mairie et le livre d’or de la commune.

 

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Classe 1895: ESTEVENIN Camille Marius, mort à 40 ans

ESTEVENIN Camille Marius est né le 21 septembre 1875 à St Saturnin. Fils d’Anicet Célestin et d’Henriette LEGUES, il est cultivateur et épouse Madeleine Marie GARRIGUES à Morières lès Avignon le 19 octobre 1898. Le ménage s’y installe et aura 5 enfants: Marcel (1899), Gaston (1901), Gaston (1901), Marcelle (1904), Lucien Louis (1908) et Yvonne (1912).

A la mobilisation générale, Camille intègre brièvement le 118e RI avant de passer au 353e RI en octobre 1914.

Posté avec son régiment dans le secteur du Bois-le-Prêtre, en Meurthe et Moselle, Camille participe à plusieurs assauts qui se soldent par des échecs sanglants. Le 19 avril, 250 hommes de la 5e compagnie du 2e bataillon du 63e RI, combattants dans le même secteur, épuisés après un premier hiver difficile, refusent de suivre leur capitaine pour quitter les tranchées pour un nouvel assaut meurtrier. 5 hommes passent immédiatement en conseil de guerre et 4 sont fusillés « pour l’exemple » le lendemain.

Camille aurait été tué quelques jours après cet épisode,  le 28 avril 1915 dans ce secteur selon sa fiche matricule, bien que le journal de marche de son régiment n’indique aucune perte ce jour là.  Son corps est inhumé en la nécropole nationale du Pétant (Montauville—Meurthe et Moselle).

Matricule 71 —Bureau d’Avignon—Mort pour la France– Son nom figure sur le monument aux morts et livre d’or de Morières lès Avignon

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Classe 1897: JACOMET Adrien Jean, mort à 37 ans

JACOMET Adrien Jean, fils d’Honoré et de Louise SUGUET, frère de Gustave est né à Châteauneuf de Gadagne le 8 octobre 1877. Agriculteur, il épouse Émilie SESTIER le 16 juin 1900 à St Saturnin. En 1903, la famille vit à Jonquerettes, quartier de la Sacristie, lors de la naissance de Jeanne.

Rappelé à l’activité à la mobilisation générale, il intègre le 134e régiment d’Infanterie territoriale en octobre 1914. Adrien décède le 29 décembre 1914 à l’Hôpital de Nancy d’une maladie contractée aux Armées. Il sera enterré dans le carré militaire du cimetière de Nancy Sud (tombe individuelle 627).

Matricule 488 —Bureau d’Avignon—Mort pour la France—Son nom est inscrit sur le monument aux morts de St Saturnin, la plaque de la mairie ainsi que sur le livre d’or de la commune.

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Classe 1898: ROUX Auguste Marius, mort à 38 ans

ROUX Auguste Marius, fils d’Hippolyte Louis et de Joséphine ANGLES, est né à Châteauneuf de Gadagne le 17 mai 1877. En 1898, il vit avec sa mère, veuve à Jonquerettes, puis après son mariage le 1er mars 1905 avec Henriette CEBE (1882-1962), Auguste vit chez ses beaux-parents quartier de la Déserte.  Leur fille Joséphine nait en avril 1906.

A la mobilisation générale, Auguste intègre le 118e Ri d’Avignon avant de passer brièvement au 27e RI en octobre 1914. Il incorpore ensuite le 134e RI. Auguste contracte une maladie en service et décède à l’ambulance de Commercy (Meuse) le 8 janvier 1915.

Matricule 339—Bureau d’Avignon—Mort pour la France— Son nom est inscrit sur la plaque commémorative de la mairie de Jonquerettes et sur le livre d’or de la commune

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Classe 1899: GALLON Victor Marius, mort à 36 ans

GALLON Victor Marius, fils de Jean Louis Charles et de Marie Agnès BLANC, est né à St Saturnin le 27 septembre 1879.  Ouvrier papetier, il épouse Estelle VILLAIN (1891-1918) à Merrey-sur-Arce dans l’Aube le 27 avril 1908 où il vit depuis 1906.  Le couple a deux petites-filles, Louise Marie, née en mars 1909 et Raymonde née en octobre 1910.

Lors de la mobilisation générale, il rejoint le 21e régiment d’infanterie.  Victor est tué le 11 mai 1915 lors de violents corps à corps au combat de Notre Dame de Lorette. Son épouse, infirmière, est tuée lors d’un bombardement à Troyes. Elle sera elle aussi reconnue « Morte pour la France », à l’âge de 27 ans. Leurs deux petites filles seront élevées par leur grand mère maternelle.

Matricule 1443—Bureau d’Avignon– Son nom est inscrit sur l’anneau de la mémoire de ND de Lorette, sur les monuments aux morts de St Saturnin et de Merrey-sur-Arce (Aube), tout comme sur les livres d’or des deux communes ainsi que sur la plaque commémorative de la mairie de St Saturnin.  Le nom de son épouse est également noté sur le monument aux morts de Merrey.

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Classe 1900: MEYER Paul Hubert, mort à 35 ans

MEYERMEYER Paul Hubert, fils d’Hubert et de Philippine TEYSSERRE, est né à St Saturnin le 30 juin 1880. Sa famille s’installe à Orange lorsque Paul est enfant. A 19 ans, il s’engage volontairement pour 4 ans dans l’Armée et intègre le 11e régiment de Dragons. Après son temps de service, Paul vit sur Paris puis à Villosanges (Puy de Dôme) où il épouse Jeanne MONTEL en 1904, avant de s’installer avec sa femme et son fils né en 1907 à Orange.

Lors de la mobilisation générale en aout 1914, il est d’abord affecté au 15e escadron du train des équipages avant de rejoindre le 2e régiment de marche du 1er corps étranger de Lyon.

Le 9 mai 1915, son régiment subi une terrible hécatombe à Neuville St Waast:

Le 9 mai 1915 à 10 heures, après une faible préparation d’artillerie, les bataillons C,D, A et B se lancent successivement à l’assaut. Les effectifs engagés sont de 75 officiers et 3 822 hommes de troupes.

En 1h30 de combat, le régiment parvient à remporter tous ses objectifs et atteint finalement la route de Béthune puis la côte 140. Par manque de renfort, il ne parvient à se maintenir que deux heures sur ce dernier objectif et est contraint de se replier sur la côte 123 qu’il tiendra jusqu’à sa relève le lendemain matin. Les pertes lors de l’affrontement sont considérables: 1889 hommes, soit près de 50% des effectifs sont hors de combat, tués ou disparus.

Paul, sérieusement blessé, est fait prisonnier. Interné, il décède de ses blessures  à l’hôpital de Cologne le 25 mai 1915. Sa famille, sans nouvelles, demande des renseignements auprès de la Croix Rouge (fiche).

« Brave légionnaire, mort pour la France le 25 mai 1915 des suites de ses glorieuses blessures reçues en se portant à l’assaut des ouvrages blancs » ordre du 24 mai 1922

Matricule 39—Bureau d’Avignon—Mort pour la France -Inscrit au tableau spécial de la médaille militaire à titre posthume. Son nom figure sur le monument aux morts de Villosanges et sur le livre d’or de cette commune

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A suivre …

4 novembre 1918: il y a 100 ans, Claire Béatrix PONS succombait à la grippe espagnole

 

 

 

Claire Béatrix PONS, mon arrière arrière grand-mère, nait le 1er février 1875 à St Saturnin lès Apt, ferme de Garbis. Elle est la fille ainée de Joseph et de Marie Rose PONS, cultivateurs dont les familles sont établies au village depuis plusieurs générations.

Claire rencontre Philippe BOURGUE, ferblantier d’Apt, probablement lors du mariage de sa cousine Rose GAILLAC (elle même voisine de Philippe) à Marseille le 25 juin 1903. Ils se marient à Apt le 9 novembre 1907. Claire est alors âgée de 32 ans. Depuis l’abandon du costume traditionnel vers les années 1880, la mariée était vêtue d’une robe blanche, la tête couverte d’un voile retenu par une couronne de fleurs d’orangers, qui était ensuite conservée sous un globe dans la chambre à coucher des époux.

Rue des Marchands, Apt – 1905

Après leur mariage, le couple s’installe au n°5 rue des marchands à Apt, où Philippe possède son atelier de ferblanterie. Leur fille Marie Rose naît peu de temps après, le 23 septembre 1908. Le couple mène une vie confortable de commerçants.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Claire et Fortuné avant la Guerre

Fortuné PONS, frère de Claire, célibataire, est mobilisé le 3 aout 1914. Alors âgé de 38 ans, il intègre le 118e Territorial d’Avignon. Philippe, né en 1864 et âgé de 50 ans échappe à la mobilisation.

 

 

 

 

 

 

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La fin de l’année 1918 apporte un soulagement quant à la fin imminente de la guerre. Mais au même moment, une épidémie meurtrière sévit en Provence, (et pas seulement), épidémie arrivée en France avec les troupes américaines selon toute vraisemblance et qui se propagea rapidement à toute l’Europe.

Alors que les pays belligérants avaient établi un « black-out » sur l’épidémie pour ne pas alarmer les populations, l’apparition de la maladie à Barcelone en mai et juin, puis bientôt dans toute l’Espagne, pays non touché par la guerre, ne fut pas dissimulée par la presse, qui révéla que le roi et la plupart de ses ministres étaient atteints. Ainsi, les journaux français parlaient de la « grippe espagnole » qui faisait des ravages en Espagne sans mentionner les cas français qui étaient tenus secrets pour ne pas faire savoir à l’ennemi que l’Armée française était affaiblie. Ce fut la raison pour laquelle cette épidémie fut alors connue dans le monde sous le nom injustifié de « grippe espagnole ».

Nombre de décès grippaux pour 10 000 hab. (sept 1918—avril 1919)

L’épidémie commence fin août, sévit durant l’automne et décline en décembre. Le pic de la mortalité est atteint mi-novembre. Bien que la famille PONS – BOURGUE ait été relativement épargnée par la Grande Guerre puisqu’elle ne compte aucun décès dans les tranchées, elle est toutefois atteinte par l’épidémie.

Est-ce,  comme me l’a rapporté Marie Rose Bourgue, son père qui l’aurait amené dans ses bagages en revenant de la foire de Marseille, ou bien la proximité avec certains voisins malades, ou encore, et c’est bien plus plausible, Fortuné, tombé malade dans les tranchées comme indiqué sur sa feuille matricule sans indication de la maladie, envoyé se faire soigner dans son foyer, les hôpitaux militaires étant submergés ?  En effet, la grippe espagnole touche beaucoup les soldats, victimes épuisées par près de 4 ans de combat dans les tranchées. La grippe aurait touché 402 000 soldats de septembre à novembre, et la mortalité aurait été de 30 282 cas soit 7.5%.

Le 29 septembre 1918, Fortuné est évacué malade (il ne retournera dans son unité que le 4 décembre, après l’Armistice).

Claire et Marie Rose tombent malades à leur tour. Un petit lit est installé dans la chambre parentale et les deux malades, côte à côte sont soignées avec les remèdes du temps. La maladie commençait de façon très classique, après une courte incubation de 24 à 48h, par une hyperthermie brutale atteignant souvent 40°C ou plus, des céphalées, des courbatures, des frissons et une rhinopharyngite. Les formes bénignes se limitaient à ces symptômes. Mais pour d’autres patients, des manifestations pulmonaires graves s’installaient rapidement, parfois dès les premières 24h, voire même avant les signes typiques de la grippe, ce qui rendait le diagnostic difficile. Une atteinte rénale sévère, des signes cérébraux, somnolence ou délire, étaient fréquents. L’état de Claire empire et elle décède le 4 novembre 1918 à l’âge de 43 ans. Alitée près d’elle, Marie Rose, âgée de 10 ans, en réchappera, mais restera marquée à vie par cet épisode.

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Les réactions de l’opinion publique, sont restées longtemps étonnamment discrètes. Aucune panique comme celles qu’avaient provoquées les épidémies de choléra du siècle précédent, pourtant moins mortifères. Il est vrai que le public était peu informé de l’extension et de la gravité de la maladie puisque les journaux avaient l’ordre de ne pas en parler. Les familles s’inquiétaient beaucoup plus des risques que couraient les maris et les fils sur le front. Et puis l’Armée allemande était en repli sur tous les fronts et l’on entrevoyait la fin de la guerre. Les bonnes nouvelles occultaient les mauvaises. Ainsi, le 6 juillet 1918, les lecteurs du Matin pouvaient se réjouir car les français avaient un nouvel allié. « En France, (la grippe) est bénigne ; nos troupes, en particulier, y résiste merveilleusement. Mais de l’autre côté du Front, les Boches semblent très touchés. Est-ce le symptôme précurseur de la lassitude, de la défaillance des organismes dont la résistance s’épuise ? Quoi qu’il en soit, la grippe sévit en Allemagne avec intensité. »

Quel bilan ? 1 milliard de malades, 20 à 40 millions de morts à travers le monde, près de 408 000 victimes en France. C’est dans le quart Sud Est de la France que la grippe sévit le plus durement. Les statistiques préfectorales indiquent que le département voisin des Hautes Alpes fut le plus touché avec 101 décès pour 10 000 habitants. Retenons qu’en quelques mois, la pandémie fit plus de victimes que la Première Guerre Mondiale.

Décès grippaux pour 10 000hab/département (sept 1918-avril 1919)

Acte de décès de Claire PONS

Pour en savoir plus:

– Une tragédie dans la tragédie, la grippe espagnole en France (avril 1918-avril 1919) https://www.persee.fr/doc/adh_0066-2062_2001_num_2000_2_1982

1918. Du deuil national à la mémoire locale – St Saturnin lès Avignon

Dans le cadre de recherches sur les poilus de St Saturnin lès Avignon (Vaucluse) par l’association de généalogie locale dont je suis membre, la mairie nous a ouvert les portes de leurs archives. Nos recherches nous permettent de retrouver un dossier très instructif concernant le monument aux morts et les attentes de la population.
Tout d’abord, quelques chiffres sur l’impact de la Grande Guerre à St Saturnin : sur une population de 1281 personnes en 1911, plus de 300 hommes ont été mobilisés, 45 poilus nés ou domiciliés dans la commune en 1914 ont été tué et 33 noms sont inscrits sur le monument aux morts communal. Pourquoi une telle différence ? Pour être inscrit sur le monument aux morts et sur le livre d’or d’une commune, il fallait soit y être né, soit y avoir été domicilié à la déclaration de la guerre et être reconnu « Mort pour la France ». De nombreux soldats ont pu être inscrits dans plusieurs villages et d’autres furent oubliés. Notons le cas d’un poilu non mort pour la France mais inscrit sur le monument du village.

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Le monument aux morts
La décision de construire un monument aux morts n’est pas une obligation légale pour les municipalités. Toutefois, face à l’élan collectif des citoyens et surtout face au traumatisme d’un conflit sans précédent, les communes, même les plus modestes, se décident à honorer leurs soldats et leurs sacrifices, qui ne peuvent être traités de manière anonyme.  Il en résulte que ces monuments honorent les combattants plus que la Victoire en elle-même.
La réalisation d’un cénotaphe (monument mortuaire n’abritant aucun corps) obéit à une procédure administrative stricte. Après la désignation d’un Comité qui a en charge le choix du sculpteur et la collecte des fonds, le projet de construction doit faire l’objet d’une délibération du conseil municipal. Celle-ci est soumise à l’approbation préfectorale. Le projet doit ensuite recevoir l’accord d’une commission d’examen créée au niveau départemental pour veiller à l’esthétique des projets. Les archives municipales de St Saturnin conservent les courriers de chaque étape.
L’été 1919 est une période de transition, comme tout lendemain d’armistice. Bien que les classes 1912-1913 soient démobilisées à cette période, les classes suivantes ne regagneront leurs foyers qu’en 1920-1921. Et pourtant, le travail de mémoire s’organise déjà.
Deux semaines après la signature effective du traité de Versailles (28 juin 1919), le défilé du 14 juillet est l’occasion de rendre hommage à l’ensemble des troupes françaises et alliées qui ont combattu ensemble pendant le conflit. La première manifestation officielle se déroule le dimanche 13 juillet après midi. Les maréchaux Pétain, Joffre et Foch reçoivent des épées et des fourragères sont distribuées à quelques régiments.
Ce même jour à 16h, se tient à St Saturnin une séance du Conseil municipal durant laquelle l’ouverture des souscriptions est décidée ainsi que la création d’un comité composé de 7 délégués. Lors de ce même conseil municipal est voté un budget de 500F pour l’érection du monument.
Aux enfants de la Commune tombés au champ d’Honneur. M. Guichard, conseiller municipal remplissant les fonctions de Maire de la Commune déclare que pour honorer la mémoire des enfants de la Commune tombés pour la France, le Conseil Municipal a tenu à faire appel à tous ses administrés dans le but d’organiser une manifestation en vue d’aller déposer au cimetière une palme à l’endroit même où sera érigé le monument commémoratif.
Pour couvrir les frais de l’érection de ce monument, le Conseil vote la somme de 500 francs et décide que les personnes qui auront mission de recevoir les souscriptions seront prises en dehors de l’Assemblée communale et désigne à cet effet les personnes ci-après : Fournion, curé, Kierren, chef de gare, Chauvet, directeur des écoles laïques, Beynet, retraité, Pellen, retraité, Valentin, directeur de l’usine de Gromelle. Les fonctions de trésorier seront dévolues à M. Pangon, receveur des Postes de la Commune. 

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St Saturnin lès Avignon le 16 juillet 1919.  
Monsieur et cher concitoyen,
J’ai l’honneur de vous informer que par décision du Conseil Municipal en date du 13 juillet dernier, vous êtes désigné pour recueillir le montant des listes de souscription ouvertes en vue de l’érection d’un monument aux enfants de la Commune tombés au Champ d’honneur. J’ose espérer que vous daignerez accepter la mission qui vous est confiée, ce dont je suis personnellement très heureux. Veuillez agréer, Monsieur et cher concitoyen, l’assurance de mes meilleurs sentiments.
P. le Maire A. Guichard 
Ensuite, peu après 17h, un cortège officiel conviant les présidents de secours mutuels, les fonctionnaires, les combattants revenus du Front et les familles des poilus décédés se rendent au cimetière afin d’y déposer une palme à l’endroit où sera élevé le monument commémoratif.
C’est avec une tristesse profonde et une grande émotion que je me fais un devoir à cette heure tant au nom de la Commune qu’au nom du Conseil Municipal de venir honorer de vos regrets et des nôtres l’installation provisoire où se dressera le monument commémoratif des enfants tombés en héros durant la guerre 1914 à 1918. Ces enfants ont accompli un acte de patriotisme et de civisme dont le pays et la France entière ont à vous remercier. Par cette première manifestation qui a en son retentissement dans toutes les communes de France, nous venons établir d’une façon définitive une tradition qui est digne de rester dans nos mœurs, parce qu’elle s’inspire de cette haute conception de solidarité qui veut que les liens toujours plus étroits unissent non seulement les vivants entre eux mais encore les vivants aux morts, pour que le patrimoine du présent et de l’avenir soit riche de tout l’acquis du passé. Les générations qui nous suivent arriveront à se rappeler que c’est dans une même vénération de ceux qui furent, à une époque bien douloureuse de bons citoyens et de bons soldats. C’est aussi la raison pour laquelle le nom de ces héros seront gravés sur une plaque à seule fin que le souvenir glorieux en soit perpétué. Puisse l’évocation de ces souvenirs, puissent les regrets que ces enfants emportent avec eux, adoucir le chagrin des nombreuses familles victimes de cette maudite guerre. Au nom de la Commune, au nom du Conseil Municipal, j’adresse à ces « Morts glorieux » un suprême adieu. 
La mairie dispose d’une enveloppe réglementée. En effet, la loi de finances du 31 juillet 1920 fixe les conditions des subventions accordées par l’État pour aider les communes à financer les monuments aux morts. Des barèmes sont établis, accordant une subvention proportionnelle au nombre de poilus décédés par rapport à la population communale de 1914. Dans le cas de St Saturnin, en se basant sur le recensement de 1911 (1281 habitants), les poilus décédés reconnus Morts pour la France (32) représentent 2.5% de la population totale. La mairie accorde une subvention de 500 F.
Les souscriptions sont ouvertes à la population à partir du 20 juillet 1919. Le maire écrit lui-même aux st saturninois ne résidant plus sur la commune, pour leur faire part du projet et demander des dons. Des lettres sont adressées à Oran, Béthune, Paris, Eyragues…
Monsieur et cher compatriote,
Un groupement s’est formé à St Saturnin lès Avignon pour élever un monument à nos compatriotes morts pour la Patrie et aux combattants de la grande Guerre. Ce groupement fait appel à la générosité de tous ceux qui comme vous, n’ont pas oublié leur petite patrie ou ont des biens d’affectation dans notre cher St Saturnin. Nous venons donc solliciter votre participation à cette œuvre dont le but est de perpétuer le souvenir de nos glorieux héros. Ce monument rappellera aux générations futures la vaillance et le courage de leurs ainés. Persuadé que, fidèle au souvenir de ceux que nous pleurons et admirons, vous répondrez à notre appel, nous vous adressons d’avance nos plus sincères remerciements.
Ainsi, contrairement à ce que nous pouvons penser, les monuments aux morts ont été largement financés par la population. En ce qui concerne St Saturnin, 360 donateurs ont participé au projet avec des dons à la hauteur de chacun, allant de quelques centimes à plusieurs centaines de francs (le directeur des Papeteries Chancel – Gromelle, adresse un don de 1000 francs dès le 12 aout 1919).

Le Comité approche dans un premier temps un groupement d’artistes composé de l’architecte Selvais, du peintre CAZOT et du sculpteur Honoré qui propose la réalisation d’un monument pour la somme de 5500 F.
Le monument d’une hauteur de 4m et d’une largeur à la base de 3.50 sera exécuté en pierre dure du pays ; les frises, tableaux et motifs décoratifs seront en céramique de couleur posée au ciment dans la pierre préalablement défoncée. Les fondations en béton de cailloux et mortier de chaux hydraulique reposeront sur le bon sol naturel supposé à 0.50 de profondeur. La décoration céramique étudiée spécialement pour le monument comportera des guirlandes et couronnes de feuillage enrubannés, des attributs militaires, casque, médaille militaire, croix de guerre et de la légion d’honneur, 1 tableau céramique avec inscription des noms des héros tombés au champ d’honneur. Une inscription dédicace, ainsi que celle indiquant, s’il y a lieu, les noms des organisateurs, sera également appliquée sur le monument.  Le monument pourra être complétement exécuté pour une somme approximative de cinq mille cinq cents francs (5500). Un projet définitif sera exécuté, avec les modifications que les organisateurs pourraient éventuellement demander, ainsi que les inscriptions qui doivent y figurer, et le montant des dépenses arrêté à son exacte valeur suivant les prix du pays, matériaux et ouvrages. 
Paris le 8 novembre 1919
Aucun document dans les archives municipales n’indique la raison de l’abandon de ce projet.
Le comité se rapproche ensuite du sculpteur d’origine anglaise Vernon BLAKE (1875-1930), ancien directeur de l’Académie anglaise à Rome, installé aux Baux de Provence, auteur de plusieurs monuments aux morts dans le département voisin des Bouches du Rhône (Eyragues, Maussane les Alpilles) et qui réalisera par la suite les monuments aux morts de Plan d’Orgon et de Lauris (Vaucluse).
Un devis en date du 2 mars 1921 détaille son projet : Sculpture d’une figure de militaire (1m80) ; piédestal conformément à la maquette, béton, pierre et toutes fournitures ; gravure de 33 noms et prénoms, pose béton etc. Cinq mille trois cents neuf francs 85 cents Il est entendu que le sculpteur recevra en plus le montant de la subvention du Conseil Général (500F) portant le total à 5809F 85 cts.
La silhouette du soldat a été réalisée à partir d’une photo d’un poilu st saturninois blessé en juillet 1918, Gaston Lassia.

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Une fois le projet choisi par le Comité, la procédure administrative suit son cours. Le Maire adresse un courrier au Préfet en date du 20 février 1921
Monsieur le Préfet, Au nom de la municipalité, j’ai l’honneur de solliciter l’autorisation d’élever sur le territoire communal un monument commémoratif aux soldats de la commune morts pour la Patrie. L’emplacement choisi est la petite place qui est devant la Mairie. Le sculpteur choisi est Monsieur Vernon Blake, ancien directeur de l’Académie anglaise à Rome, et dont plusieurs monuments aux Morts ont été acceptés dans le département de Vaucluse ? (Maussane, Eyragues). Le monument est une figure de « Poilu » en ronde bosse avec son piédestal. Sont uniquement gravés, sans aucun signe, les noms des morts et l’inscription : Morts en défendant la France. Le total des frais est entièrement couvert par une souscription publique : 4809F 85 cts et un crédit au budget communal 500F soit 5309.85F.
Le dossier passe alors devant une commission préfectorale, chargée notamment de veiller au respect de la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État, interdisant d’apposer des signes religieux sur les monuments ou emplacements publics, à l’exception des édifices du culte, des cimetières ou des monuments funéraires. En Vaucluse, cette commission  est composée de 8 membres dont le peintre avignonnais Claude FIRMIN, 2 professeurs de dessin, 1 conservateur de musée et 1 architecte.  Le dossier de St Saturnin reçoit un avis favorable après examen et discussion des croquis le 23 avril 1921.
Dès l’annonce de l’acceptation du projet, le Maire demande au Conseil Municipal de désigner un nouvel emplacement pour l’élévation du Monument. Initialement prévu au cœur du cimetière, comme annoncé lors du discours du 13 juillet 1919, le choix se porte finalement sur une place située face à l’entrée de la Mairie, le long de la route principale traversant le village. Les raisons de ce changement d’emplacement ne sont pas connues. Cette décision est vivement critiquée par les familles de poilus, non consultées, qui envoient au Maire une pétition. Devant leur mobilisation, une enquête est menée afin de mesurer l’impact financier du retrait de leur soutien. Devant leurs faibles donations (132F), le choix du Conseil municipal est maintenu. Le monument sera bien élevé face à la mairie. Ambiance….

IMG_3873 copie

Les soussignés ; Pères, Mères, frères ou parents de nos chers Morts de la grande guerre avons le regret d’exposer à Monsieur le Maire et à tous les membres du Comité du Monument à élever à la gloire de nos héros de St Saturnin, qu’ils auraient dû être consulté sur l’emplacement à désigner pour recevoir le dit monument. Ils ont appris par la rumeur publique qu’il a été question d’élever ledit monument sur une place publique de St Saturnin, emplacement qui ne convient pas du tout au plus près intéressés et aux soussignés. Le cimetière seul lieu de repos, de solitude et de prières conviendrait parfaitement à recevoir ce monument qui en doit être inauguré que pour perpétuer la mémoire et le sacrifice de nos soldats disparus. Les soussignés protestent donc énergiquement et de toute la force de leur cœur meurtri, sur la désignation d’une place publique comme emplacement à recevoir le monument en question et espèrent que le Comité comprenant leur réclamation et y faisant droit, voudra bien revenir sur sa première détermination. Ils doivent y ajouter que si leur demande n’était pas écoutée, ils se croiraient dispensés d’ores et déjà d’assister à la cérémonie de l’inauguration. Les soussignés saluent respectueusement Monsieur le Maire et tous les membres du Comité et apportent leurs signatures ci-dessous.
Le monument aux morts de St Saturnin lès Avignon est inauguré le dimanche 17 juillet 1921 à 16h, sur la place devant la mairie. Outre la population locale, sont invités les sénateurs radicaux Louis Serre et Louis Tissier, les députés Louis Guichard (radical), Édouard Daladier (radical, président du Conseil en 1933-1934/ 1938-1940), Isidore Méritan (indépendant) et Alexandre Blanc (socialiste). Le monument sera déplacé dans les années 2000 sur une autre place du village, à l’est, pour plus de commodités.

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Le livre d’or
Par la loi du 25 octobre 1919, « relative à la commémoration et à la glorification des morts pour la France au cours de la Grande guerre », l’État lance le projet d’un Livre d’or comprenant les noms de tous ces héros anonymes, qui serait déposé au Panthéon. Le ministère des Pensions, nouvellement créé, est chargé d’établir, à partir du fichier existant, la liste officielle des Morts pour la France de chaque commune. Ils sont adressés en 1929 à chaque maire pour vérification et amendement, d’où de nombreux échanges de courrier, un flou certain existant quant aux personnes qui devaient être mentionnées sur ces registres : devaient-ils être natifs de la commune, y demeurer lors de la mobilisation ?
Le Ministre des pensions à Monsieur le Maire
J’ai l’honneur de vous rappeler que la loi du 25 octobre 1919 a ordonné le dépôt au panthéon de registres contenant les noms des militaires Morts pour la France pendant la guerre 1914-1918. Cette loi a également prévu la remise à chaque commune de France, d’un Livre d’Or de ces militaires qui sont nés dans cette commune ou qui y résidaient à la mobilisation.
Mon Administration Centrale ayant terminé les travaux préparatoires que nécessitait l’application de cette loi, il me parait utile, avant d’établir ces registres, de vous communiquer la liste des militaires de votre commune qui doivent y être inscrits
J’appelle votre attention sur ce fait, que seuls les noms des militaires morts au cours de la guerre, c’est à dire entre le 2 août 1914 et le 24 octobre 1919 et dans les conditions prévues par la loi du 24 octobre 1922, qui règle le droit à la mention « Mort pour la France », sont appelés à figurer sur cette liste.
Pour le cas où il vous apparaîtrait qu’elle présentât des erreurs ou des lacunes, je vous serais très obligé de vouloir bien me la renvoyer, avec vos observations accompagnées des considérations particulières qui vous sembleraient de nature à les justifier.
Si au contraire cette liste ne devait pas comporter d’observations, il vous suffirait de me le faire connaitre en me la renvoyant.
Pour le Ministre et par son ordre
Toutefois, les décalages entre les noms figurant sur les monuments aux morts et ceux des Livres d’or proviennent du fait que la liste du ministère est établie en 1929 alors que les monuments aux morts ont presque tous été érigés entre 1920 et 1925. Ainsi, une liste de 28 noms est établie pour St Saturnin, datée du 6 novembre 1929. Deux poilus, non-inscrits sur le monument aux morts figurent sur cette liste. Sept poilus ne sont pas mentionnés sur cette liste mais sont inscrits sur le monument aux morts. Plusieurs raisons à cela : pour six de ces poilus, leurs noms figurent sur les livres d’or de leurs communes de résidence en 1914. Pour le septième, décédé d’une maladie non contractée en service en octobre 1918 (probablement de la grippe espagnole), la mention « Mort pour la France » lui est refusée.
En 1935, la présentation matérielle du futur Livre d’or est fixée : 120 volumes devaient être imprimés en plusieurs exemplaires, dont un serait déposé au Panthéon. Les contraintes budgétaires, puis le début de la Seconde Guerre mondiale, mirent fin au projet, en laissant subsister la documentation préparatoire.
Les plaques commémoratives

Plaque commémorative – mairie de St Saturnin lès Avignon

Après une énième refonte des listes, les noms absents sur le monument aux morts n’ont pas été gravés. Pour pallier à ce manque, une plaque commémorative a été installée dans l’escalier principal de la mairie à une date inconnue.
Concernant la plaque de l’église, les archives conservées en l’église communale nous ont été refusées d’accès. Il nous est donc impossible de connaitre les donateurs ni la date d’installation. Les deux poilus BOYER et BERUD sont originaires de deux communes voisines, sans doute ajoutés sur cette plaque par leurs familles résidant à St Saturnin.

 

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Au lendemain de ce conflit sans précédent, il apparaît donc que le désir de commémorer les victimes est nécessaire pour la population. Dans l’ensemble, les cérémonies et les monuments sont dus à des initiatives spontanées, peu encadrées par l’État, qui tente malgré tout de contrôler le mouvement d’édification de monuments par la mise en place d’une législation. Ces commémorations permettent à la population de maitriser ce traumatisme collectif, que renvoie à chaque instant le cas des mutilés, veuves et orphelins de guerre. Le deuil est une expérience intime, mais dans le cadre de la Grande Guerre, il ne peut s’accomplir sans lien avec les autres, sans la reconnaissance du sacrifice ultime du proche pour défendre la Patrie. Les commémorations apparaissent donc comme une étape dans la reconstruction personnelle et dans le deuil collectif. Le monument aux morts se situe à la jonction de la sphère individuelle et de la sphère collective, sujet a de vastes débats dont St Saturnin n’a pas échappé.
Enfin, précisons qu’il aura fallu attendre un décret du 24 octobre 1922 pour que le 11 novembre, date de l’Armistice, devienne un jour de fête nationale.
récapitulatif

Poilus de St Saturnin lès Avignon

Pour en savoir plus :
– le site de M. Perdiguier, http://village.saintsaturninlesavignon.com/monument.html
Comment sortir de la Guerre ? Deuil, mémoire et traumatisme (1870-1940) Stéphane TISON, PUR Rennes 2011

 

 

Les papeteries de Gromelle

Vue générale de l’usine

batiments gromelle sans continentale noms

Dimanche dernier, j’ai enfin pris le prétexte d’une balade à vélo pour aller photographier l’ancienne usine de Gromelle, à quelques kilomètres de mon domicile.

Le site de Gromelle, situé à cheval sur les communes de Vedène et de St Saturnin-lès-Avignon, est considéré comme l’un des sites industriels les plus anciens de Vaucluse. En effet, la proximité du cours d’eau de la Sorgue, via le canal de Vaucluse, a permis très tôt l’installation d’une activité industrielle sur le site de Gromelle, patronyme connu dès le XIIe siècle. Plusieurs activités se sont succédées sur ce site : moulin à blanchir les toiles au XIVe siècle, papeterie au XVIIe siècle, moulin à blé, et fabrique de poudre de garance de la fin du XVIIIe siècle à 1865. En 1835, une ordonnance royale (sous le règne de Louis Philippe) autorise les sieurs Poncet à convertir le moulin à farine faisant partie de leur usine de Gromelle, situé sur le canal de Vaucluse et à remplacer les deux roues horizontales de ce moulin par deux roues à aubes verticales (source : bulletin des lois 1er semestre 1835). Les recensements entre 1836 et 1851 ne font pas mention d’activités industrielles. La population est largement composée de cultivateurs et de journaliers. Pourtant l’ère industrielle pénètre les campagnes françaises et le recensement de St Saturnin pour l’année 1856 (et uniquement dans celui-ci) mentionne de nombreux garanciers. La production de garance, trop chère, est rapidement abandonnée. en 1865, une reconversion industrielle des moulins s’opère et le site de Gromelle, racheté par les industriels marseillais Chancel père et fils, redevient une usine de papeterie. D’ailleurs le Vaucluse compte 13 papeteries en 1867. Les Chancel sont déjà propriétaires de la papeterie d’Albergaty sur la commune voisine d’Entraigues. Les industriels placent à sa direction Louis Antoine Frian FAVIER (1823-1888) puis son fils Louis François (1846-). Ce dernier dépose en mai 1885 un brevet pour 15 ans concernant un système de raffineur méthodique pour pâtes à papier.

Cadastre napoléonien

Ailleurs en France, les employés des papeteries sont très largement fournis par les campagnes environnantes de l’usine. Dans le Vaucluse, département agricole, la plupart des ruraux gagnent suffisamment et estiment avoir assez à faire de s’occuper de leurs terres pour ne pas aller compléter leurs revenus à l’usine. Aussi, bien que disséminées en pleine campagne à l’écart des agglomérations, les fabriques de papier des bords de la Sorgue ont embauché beaucoup d’étrangers à partir des années 1910 (¼ d’italiens dans le cas de Gromelle en 1911). La main-d’œuvre rurale tient encore la première place. Cela signifie que la plus grande partie du personnel est formée de paysans, presque tous propriétaires, qui continuent de s’occuper très activement des travaux de la terre. L’influence de la loi de huit heures a encore accentué cette tendance, puisque les paysans peuvent disposer à leur gré des deux tiers de la journée, surtout lorsque leur faction ne les immobilise à l’usine qu’entre 20h et 4 heures. L’ouvrier papetier reste un propriétaire exploitant. Et lorsque l’on a affaire à de véritables salariés industriels, on voit souvent les patrons essayer de créer en eux cet état d’esprit paysan, et de leur donner cette situation de petit propriétaire, en leur cédant des maisons, des jardins, de vrais champs. Ainsi est créé le hameau de Gromelle, réunissant des maisons d’ouvriers et une école libre mixte dès 1867.

Les graphiques ci-dessous mettent en lumière une partie des effectifs de l’usine résidant sur les communes de St Saturnin et de Vedène pour les années 1906-1911.

Certains des employés de l’usine reçoivent des médailles d’honneur en récompense de leur ancienneté et de la qualité de leur travail.

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Lors de la première guerre mondiale, en me basant sur les recensements de 1911, l’usine a vu 19 de ses ouvriers mobilisés. 5 ont été gravement blessé et 4 ont été tué au Front.

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Le site de Gromelle n’est pas épargné par les accidents. Un incendie se déclare dans la nuit du 17 mai 1878 et détruit une partie de la fabrique de papiers peints de Gromelle. Les secours n’ont pu être portés immédiatement, par crainte de l’explosion de l’usine à gaz. Les tuyaux ont pu être heureusement coupés et le sinistre circonscrit.

L’Ouest éclair – 4 aout 1933

L’usine est également le théâtre d’un terrible accident le 3 aout 1933.

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En février 1983, les employés rachètent leur usine et créent une coopérative. La papeterie cesse définitivement son activité en juillet 2013.

Pour en savoir plus:

  • L’industrie de la papeterie dans le Sud-Est de la France article de Raoul Blanchard, 1926 dans la revue de Géographie Alpine
  • Vidéo du site postée par Guifeme en mars 2016 https://www.youtube.com/watch?v=IaScImfl1Wk

Kléber CONSTANTIN ou « l’Homme à la barbe d’abeilles »

Champs de lavandes à St Christol

Ce billet est né d’une ballade sur la trace de mes ancêtres Joseph PEYRON et Mélanie VIAL, originaires de St Christol, dans le Vaucluse.

St Christol d’Albion, situé sur le plateau du même nom, à 11km de Sault, possède une économie essentiellement tournée vers le tourisme et l’agriculture (lavande, épeautre, production de miel…). En 1965, ce petit village isolé devint un des endroits les plus secrets de France en accueillant sur ses terres une base de Force Aérienne Stratégique et l’implantation de missiles stratégiques à fusées nucléaires, base fermée en juin 1999.

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carte

 

Au détour d’un champ de lavande familial, mon père m’apprend que lorsque son père était adolescent, après la seconde guerre mondiale, il venait travailler avec un apiculteur prénommé Kléber et qu’il a toujours eu pour lui une admiration profonde. Imaginez-vous que ce Kléber avait sa photo dans le dictionnaire…

Comme beaucoup de familles d’agriculteurs de Vaucluse, les PEYRON diversifiaient leurs activités. Propriétaires de terres et de vergers sur St Saturnin lès Apt, la famille s’occupaient également de la récolte de lavandes sur les terres de St Christol héritées du côté paternel.

La promenade continue et nous arrivons au petit cimetière communal. A la recherche de tombes familiales, je suis surprise par la photo d’un disparu : il s’agit de Kléber CONSTANTIN.

Tombe de Kléber CONSTANTIN

 

Acte de naissance – AD Vaucluse – St Christol

Kléber Alexis Bertin CONSTANTIN nait à St Christol d’Albion le 29 mars 1901.

Ses parents, Alexis Fortuné et Julia Célesta ESCOFFIER tiennent la boulangerie du village. Son père, un homme grand par sa taille pour l’époque (1.79m sur sa fiche matricule), était un homme respecté puisqu’il   deviendra Maire du village. 

Kléber a une sœur, Fernande, née en mars 1904, qui sera institutrice, et un frère, Marceau, né en 1918, qui deviendra un peintre reconnu.

Contrairement à ce que j’ai pu lire sur internet, Kléber n’est pas issue d’une famille d’immigrés grecs.

Ascendants de Kléber CONSTANTIN

 

Famille CONSTANTIN – Document du Musée Marceau CONSTANTIN

Ses parents décèdent peu de temps après la naissance de Marceau. Kléber et Fernande prennent en charge leur jeune frère et décèlent rapidement le potentiel artistique du jeune homme. Kléber lui présente des artistes régionaux de renom, tel Eugène MARTEL et les frères AMBROGIANI. Marceau s’installe à Paris afin de se perfectionner dans les Arts Plastiques. 

Kléber, de son côté, choisi de rester au village et s’installe comme apiculteur. Il obtient un diplôme de l’École supérieure d’apiculture de Paris. Apiculteur breveté, une correspondance entre Kléber et la direction de son école ainsi que divers documents le concernant sont archivés aux AD du Val de Marne (côte 172J2), documents que n’ai pas pas pu consulter. Kléber a mis au point de nombreux outils utiles à l’apiculture.

 

 

 

 

 

fiche matricule

Fiche matricule de Kléber – Classe 1921 matricule 1550 – Bureau d’Avignon

Comme tous les jeunes hommes de sa génération, Kléber est appelé sous les drapeaux pour effectuer son service militaire. D’abord ajourné en 1921 puis en 1922 pour musculature insuffisante, Kléber est jugé apte au service armé en mai 1923 et intègre le 6e groupe cycliste de Lyon. Démobilisé le 7 mai 1924, il rejoint son domicile à St Christol.

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Rappelé à l’activité militaire le 3 septembre 1939 à l’âge de 38 ans, Kléber est brièvement intégré au 203e régiment d’infanterie avant que la commission de réforme de Troyes l’affecte aux services auxiliaires de la 15e section COA (commis et ouvriers d’administrations) en décembre 1939 à cause de ses bronchites chroniques avec asthme. Il est ensuite affecté à la station des magasins de Châtres (Aube) dépendant de la 8e section COA en février 1940.

 

 

L’Allemagne commence l’invasion du territoire français le 10 juin. Ensuite tout va très vite. Sous la menace, le 11 juin le gouvernement français fuit de Paris. Le 13 juin, les allemands entrent dans l’Aube où est stationné Kléber, après avoir franchi la Seine. Le 14 juin, les troupes allemandes défilent à Paris sur les Champs-Élysées. Ce même jour, Kléber est fait prisonnier avec sa section.

Liste officielle des prisonniers français au 7 décembre 1940

Entrée du Stalag IV B – Wikipédia

Kléber est envoyé au Stalag VI B, situé à Mühlberg, à 48 km de Dresde, sous le matricule 61 492. Il y reste n an avant d’être rapatrié le 29 juillet 1941 en vertu d’un accord libérant les hommes malades, invalides ou âgés de plus de 41 ans. Kléber est démobilisé le 30 septembre et se retire à St Christol.

 

 

 

 

De retour à la vie civile, Kléber retrouve ses activités dans sa miellerie. La guerre n’est pas loin. St Christol est une place forte du Maquis du Ventoux à partir de l’hiver 1942-1943. Les Habitants aident de nombreux réfugiés d’Alsace-Lorraine et fournissent de faux papiers et une aide matérielle aux jeunes hommes réfractaires au STO. De nombreux résistants périrent pour leurs actes de bravoure.

Atelier de Kléber

Une fois la guerre finie, la vie reprend son rythme. Dans son atelier boutique, Kléber est un des premiers à produire de la gelée royale dans la région. Les souvenirs de mon grand père datent de cette période. Voisins de terres de Kléber, chemin de Brouville, lorsque mes arrières grands parents allaient cueillir les lavandes avec leurs fils sur une période s’étendant de début juillet à mi-aout, la famille s’installait dans leur maison de village, Grand Rue, voisine également de celle de Kléber

Amis, les longues soirées d’été se terminaient autour d’un verre d’hydromel, boisson à base d’eau et de miel fermenté, produite par Kléber. Lors de ces réunions amicales, sous les yeux ébahis des enfants, Kléber plaçait délicatement la reine des abeilles dans une petite cage sous sa gorge. L’essaim suivait sa reine et donnait l’illusion d’une barbe.

Le reste de sa vie reste plus mystérieuse pour moi étant donné que les liens entre Kléber et ma famille se sont un peu distendus. Une fois mes arrières arrières grands-parents décédés, au début des années 60, les terres de St Christol seront délaissées. Kléber restera célibataire toute sa vie et décédera au village en 1986.

Le frère de Kléber, Marceau, reviendra à St Christol  en 1981 après une belle carrière parisienne et y décèdera en janvier 2017. Un musée dédié à son œuvre  voit le jour en 2009. 

Réclame pour la gelée royale KLEBER toujours « visible » à St Christol

Merci à Didier, Jean Pierre et Bérangère pour leurs souvenirs et leurs participations.

Pour en savoir plus:

 

L’oubli, la mémoire et le souvenir : Joseph COTTAREL

Il y a peu de temps encore, je pensais que ma famille avait été épargné par la Première Guerre Mondiale.

Mes arrière-grand-pères ont bien combattu sur le Front mais ils en sont revenus. Les différentes branches de ma famille avaient-elles donc été épargné par les deuils? En apparence oui. En apparence seulement.

Des recherches généalogiques plus poussées ont mis en lumière des prénoms omis, comme si le souvenir de ces êtres chers devait être effacé pour ne plus souffrir d’un deuil trop difficile, sans corps à honorer, sans tombe à aller fleurir.

C’est le cas de la branche Cottarel, originaire de Loisieux, en Savoie.

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Avant mes recherches, François et Marie Louise GACHE avaient à ma connaissance 4 enfants. Catherine, née en 1872, cuisinière chez son cousin à Lyon et décédée en 1902, mon arrière grand père Nizier (1874-1927) cocher au château de l’Isle d’Allex (Drôme),  Antoine (1876-1955) valet de chambre tantôt sur la Côte d’Azur, tantôt sur la Côte Atlantique et Louise (1880-1963), épouse d’Auguste COURRIER, ouvrier papetier à Renage (Isère) .

Monument aux morts de Loisieux

 

 

 

En me rendant sur place en janvier 2017, le monument aux morts du village m’interpelle. Bien entendu, il n’est pas surprenant que le patronyme COTTAREL soit inscrit sur la pierre, tant il est lié au village depuis les années 1600. Poussée par la curiosité, j’entreprends de rechercher les fiches matricules des soldats nommés.

 

 

 

 

AD Savoie – Registres d’État Civil de Loisieux

Et sans nul doute possible, Joseph COTTAREL est le frère de mon arrière grand père. Une rapide recherche dans les registres de la commune me le confirme. Pourquoi son souvenir a t’il disparu de la mémoire familiale? Il ne me semble pas improbable que même mon grand père, né en 1935, n’ait jamais entendu parlé de lui. Je choisi donc aujourd’hui de rendre hommage à ce grand oncle, décédé à l’âge de 26 ans.

 

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Joseph COTTAREL est donc le dernier d’une fratrie de 5 enfants. A sa naissance, le 7 juin 1887, ses parents, cultivateurs, sont déjà âgés puisque son père a 46 ans et sa mère 37. Apprenti boucher puis boucher à Grenoble, il effectue son service militaire au sein du 158e régiment d’infanterie de Lyon du 7 octobre 1908 au 25 septembre 1910 (classe 1907). Libéré du service, il retourne exercer son métier à Grenoble puis à la Motte-Saint-Martin (1911) et Saint-Georges-de-Commiers (1913). En juillet 1914, Joseph s’installe à Renage, où vit sa soeur Louise. Les registres d’État civil n’ayant pas encore été numérisés pour cette période, je ne peux confirmer l’hypothèse hautement probable d’un mariage à cette période ni celle d’un changement d’activité, Joseph ayant pu travailler à la papeterie avec son beau frère.

Fiche matricule de Joseph COTTAREL – AD Savoie, 1R185 classe 1907

François, son père, décède en 1912 à l’âge de 70 ans. Marie Louise, sa mère, reste  à Loisieux.

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A la mobilisation générale, Joseph est incorporé au 223e Régiment d’Infanterie de Bourg en Bresse. Issu du 23e RI, chaque régiment crée un régiment de réserve de l’Armée active (hommes âgés de 24 à 34 ans ) dont le numéro est le sien plus 200.

Joseph est blessé dès les premiers jours du conflit, le 25 aout 1914, lors des combats de Méhoncourt (Meurthe et Moselle). Son régiment est en première ligne lors de l’offensive. Le feu violent des mitrailleuses ennemies stoppe leur avancée. Ce jour là, le 223e RI compte 18 tués, 327 blessés et 104 disparus. Joseph a probablement été blessé « légèrement » et repart au Front immédiatement  puisque aucune période de convalescence n’est notée sur sa fiche matricule. Toutefois, comme beaucoup de soldats suite à une blessure, Joseph change de régiment et intègre le 23e RI.

A l’occasion de l’anniversaire du Kaiser le 27 janvier 1915, l’État Major français décide d’une série d’attaques. Le secteur de la Fontenelle, dans les Vosges, est l’un des sites choisi. L’attaque commence à 15h30 entre le village de Ban de Sapt et le bois de Laîne. La bataille est relatée par deux journaux de marche, assez succinctement par le JM  du 23e RI  et plus en détails par celui du 133e RI, qui a combattu à leurs cotés.   Les français, malgré avoir effectué le repérage des lieux dans la matinée, tombent dans un piège. Les allemands ont creusé une « fausse » tranchée, ajoutant des fils barbelés et de la tôle au fond du trou. Ensuite, postés en hauteur, ils mitraillent les soldats français. C’est l’hécatombe. Les soldats du 23e RI et du 133e RI sont pris au piège.  On compte 130 tués, 70 blessés et 30 disparus pour le 23e RI. Joseph fait parti de ces derniers.

Mercredi 27 Janvier
Le 2e bataillon (commandent Roullet) qui a cantonné dans la nuit du 26 au 27 janvier à Denipaire est monté à la Fontenelle pour exécuter une opération prescrite par le Colonel Commandant la 82e Brigade. Il avait l’ordre de prononcer 2 attaques, l’une sur le petit bois de Laître, et l’autre sur le grand saillant des ouvrages allemands, en face de la tranchée Daubard.
Les hommes se sont portés brillamment à l’attaque, mais une fois arrivés à ces objectifs, ils sont tombés sous le feu croisé de mitrailleuses qui les ont hachés, de plus les tranchées étaient recouvertes de tôles et on n’a pu y pénétrer. Les pertes s’élèvent à 230 hommes environ, dont 130 tués, 70 blessés et 30 disparus.
Pendant la nuit, les tranchées et le blockaus ont été  bouleversés de fond en comble par l’artillerie ennemie.
Les hommes travaillent à les réparer, mais le froid gène beaucoup les travailleurs, et la gelée a rendu la terre tellement dure qu’il est indispensable de la creuser (…)

Secteur du décès de Joseph COTTAREL

Archives du Comité International de la Croix Rouge

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je ne sais pas dans quelle mesure la famille a été informée. Ont-ils entretenu l’espoir d’une captivité en Allemagne et un retour prochain? Ont-ils été convaincu du décès dès l’annonce de sa disparition? Les archives de la Croix Rouge conservent une fiche de demande de renseignements émanant de Mme Joseph COTTAREL domiciliée à Renage, ce qui confirmerait l’hypothèse d’un mariage.

Un jugement du tribunal de Grenoble en date du 8 avril 1921 fixe son décès au 27 janvier 1915. Reconnu Mort pour la France, son nom est inscrit sur les monuments aux morts de Loisieux, de Grenoble et de Renage.

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Son corps n’a jamais été retrouvé et repose probablement dans l’ossuaire de la nécropole de la Fontenelle. Ses frères et sœurs, neveux et nièces, sont-ils allés se recueillir sur ces lieux? Mystère. J’espère un jour pouvoir y mener ma famille afin de lui rendre un dernier hommage.

Bois de laitre

Bois de Laitre – cote 627

 

EDIT du 9 novembre 2018 : Grâce à cet article, un descendant d’Antoine, frère de Joseph, a pu retrouver notre branche (issue de Nizier, frère de Joseph également). Ainsi, il a pu m’apporter des précisions, notamment que la branche COTTAREL d’Antoine vit toujours à Loisieux et qu’effectivement le corps de Joseph n’a jamais pu être retrouvé.

La magie d’internet!

 

Pour en savoir plus:

#Généalogie30 Jour 6 – la supplique de Charles COTTAREL

Ma famille a la chance extraordinaire de posséder une collection de cartes postales de la Grande Guerre, à la fois correspondance classique et témoignage de ce qu’était la vie sur le front.  J’aurais pu choisir une des ces nombreuses lettres et pourtant…

Les plus émouvants courriers que j’ai pu lire concerne effectivement un poilu, un ex-poilu précisément. Il s’agit de Charles COTTAREL (1884-1960), un cousin à la vie exceptionnelle qui fera l’objet d’un article prochain. Militaire de carrière, gazé à l’ypérite en 1918, il est ensuite envoyé en Indochine.

J’ai choisi de vous présenter deux de ses lettres, retrouvées dans son dossier pour l’obtention de la Légion d’Honneur, consultable sur la base LEONORE.

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La première, écrite en 1932 après que plusieurs médecins l’aient déclaré condamné, est adressée à M. Archimbaud, député de Die, son canton de naissance, afin qu’il intercède auprès du chancelier pour un envoi rapide de sa Croix de la Légion d’Honneur.

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La seconde est rédigée en 1948 et adressée directement au chancelier afin de hâter sa promotion au grade d’Officier de la Légion d’Honneur. Il est domicilié en France, depuis son récent rapatriement.  Après trois pages de données administratives, il ajoute un nota bene très personnel dans lequel on ressent toute la lassitude de cet homme.

charles lettre p10